3. Domaines prioritaires
Des scénarios pour le développement futur, par exemple dans les domaines de l'irrigation, de la sécheresse, de la désalinisation, des besoins urbains et du tourisme, pourraient être élaborés, en mettant en particulier l'accent sur les répercussions au niveau du renforcement des capacités institutionnelles et de la formation, là où de tels scénarios n'existent pas encore.
Ces scénarios pourraient être élaborés avec la coopération des institutions nationales chargées de la gestion des ressources en eau et des organisations appropriées ayant une expérience dans les domaines sélectionnés.
Pour cette action ainsi que pour toutes les autres actions présentées ci-dessous, il est important d'insister sur le fait qu'elles devraient être mises en oeuvre dans le cadre d'une gestion intégrée de l'eau à l'échelle du bassin hydrographique. Le bassin hydrographique est l'aire géographique dans laquelle les eaux de pluie et les autres précipitations ou s'infiltrent dans le sol ou s'écoulent à travers un système de rivières, d'affluents et de lacs, à travers les estuaires et/ou les lagons ou d'autres eaux saumâtres vers la mer. Un bassin hydrographique comprend les aquifères d'eaux souterraines qui lui sont associés. Par conséquent, une action entreprise dans une zone limitée d'un bassin hydrographique sans prendre en compte l'impact global sur le bassin hydrographique peut bouleverser l'écologie et l'équilibre des ressources en amont et en aval et quelquefois même altérer les caractéristiques hydromorphologiques du bassin dans son entier.
A l'intérieur de ce cadre de gestion, des actions de nature sous-régionale ou locale devraient prendre en compte la situation et les conditions particulières, identifiant toute contrainte naturelle pesant sur l'utilisation de l'eau due aux besoins écologiques, la quantité des ressources exploitables disponibles et les besoins de protection et/ou d'amélioration de la qualité de la ressource. De plus, les descriptions des schémas d'utilisation, des demandes et des structures socio-économiques au sein des domaines d'application spécifiques devraient être pris en compte.
Cela s'applique en particulier à la fourniture de l'eau pour l'irrigation qui consomme actuellement environ 65% de l'eau dans la région mais également au traitement des eaux usées et à toutes les autres utilisations sectorielles de l'eau. L'utilisation de l'eau dans ces secteurs ne peut pas être traitée sur la base de la durabilité sans être insérée dans les perspectives générales de gestion de l'eau et de développement.
3.1 Gestion intégrée des services d'eau potable, d'assainissement et de traitement des eaux usées
L'eau est un bien économique, social et environnemental et comme tel doit être géré avec l'objectif de protéger un patrimoine commun dans l'intérêt de toute la collectivité dans son ensemble. Il est donc nécessaire et important d'en garantir la disponibilité dans le temps au moyen de formes d'exploitation durables qui permettent aux pays de faire face aux exigences actuelles sans menacer l'équilibre environnemental et les besoins des générations futures.
La pénurie des ressources en eau dans certaines régions de la Méditerranée ne fait qu'accroître l'importance de tous ces éléments. L'étude du Plan Bleu "L'eau en région Méditerranéenne" a montré que 28 millions de personnes, soit 7% de la population méditerranéenne totale, se trouvent au-dessous du "seuil de pénurie" de 500 m3/an par habitant et 115 millions de personnes , 29% de la population sont au-dessous du seuil de 1000 m3/an par habitant.
La future taille prévue de la population dans la région de la Méditerranée, due à la fois à la croissance démographique et aux déplacements vers les zones urbaines et côtières , augmentera encore la pression sur les ressources en eau. Pour les 30 prochaines années, le Plan bleu prévoit une diminution importante des ressources par habitant: surtout dans les pays méditerranéens du Sud et de l'Est.
Il est urgent de réduire la consommation et de préserver la ressource en eau, à travers une gestion efficace de tout le cycle de l'utilisation de l'eau, à partir de la gestion optimale des réservoirs ou des autres sources d'approvisionnement (puits, sources) à la réhabilitation des réseaux d'adduction, de distribution et de collecte des égouts en passant par la gestion efficace des installations de traitement (potabilisation et épuration).
La réorganisation des services des eaux s'appuyant sur une approche intégrée devrait distinguer entre les parties chargées de la défense des usagers et les parties chargées de la gestion. Il est également nécessaire de surmonter l'organisation souvent fragmentée de la gestion de l'eau et de rééquilibrer l'écart entre la nature du service et les tarifs et le coût du service par l'intermédiaire d'un organisme de régulation approprié.
L'organisation d'une gestion intégrée du service des eaux implique de repenser les stratégies de gestion dans la plupart des régions de la Méditerranée. La réorganisation devrait assurer à la fois l'efficacité technique et économique et l'éducation et l'utilisation de pratiques appropriées du personnel et des ressources humaines nécessaires pour atteindre l'objectif de satisfaire les besoins des usagers et d'améliorer les conditions de vie ainsi que d'assurer le respect de l'environnement et de l'écosystème aquatique.
Une mobilisation plus importante, en termes à la fois de ressources financières et humaines, est nécessaire pour assurer ces changements, en particulier dans les pays où les ressources en eau sont rares ou en diminution.
Pour la mise en oeuvre de la gestion intégrée des services d'eau potable, d'assainissement, on peut envisager plusieurs actions technologiques et de gestion. Une inspiration importante pour des actions assurant une eau potable salubre et le traitement des eaux usées ainsi que l'engagement des usagers et du grand public peut être trouvée dans le Protocole sur l'eau et la santé de la Convention CE/UN sur les cours d'eau transfrontaliers et les lacs internationaux qui a été signée à Londres en juin 1999. Les actions devraient donner la priorité à des projets de démonstration, à l'assistance technique, à la formation sur les thèmes suivants:
La priorité sera donnée aux aspects suivants:
Dans la présentation ou la promotion de systèmes de gestion déléguée, la formation et de la sensibilisation devraient encourager des actions visant à l'efficacité du service fourni au client: consultations et information des usagers, gestion des conflits.
Sur les aspects économiques, l'application du principe pollueur-payeur sera encouragée, ainsi que la mise en place de structures de tarification appropriées et d'une bonne gestion commerciale (relation clientèle).
3.2 Gestion locale des ressources et des demandes en eau (quantité et qualité) dans le cadre des bassins hydrographiques et des îles;
L'organisation des structures des autorités locales et des gouvernements opérant dans la région dans le secteur de l'eau est souvent peu adaptée à une gestion intégrée des problèmes environnementaux. Les zones d'une région peuvent avoir des problèmes environnementaux communs mais elles sont habituellement administrées par différents organismes, parfois discordants quant aux interventions à effectuer, ce qui entrave considérablement l'élaboration et la mise en oeuvre de plans d'action et de programmes de sauvegarde.
Du point de vue de la gestion des ressources et de la gestion de la demande, l'aire administrative et géographique appropriée est par excellence le bassin hydrographique. Une réorganisation administrative doit reconnaître et prendre en compte cette donnée.
Les structures pour une gestion intégrée de l'eau en bassin concernent au moins les éléments suivants:
Ces activités comprendront:
Les thèmes possibles à prendre en considération dans les activités de planification incluent:
L'organisation de la gestion des ressources en eau à l'échelle du bassin hydrographique, dans les pays de la Méditerranée, présente des différences dues à la variabilité des systèmes administratifs, de la législation, des pratiques de gestion, de capacités techniques et financières, de la distribution de la ressource et, élément non des moindres, à l'extension transnationale de certains bassins hydrographiques importants.
Selon une analyse réalisée par le Plan Bleu/PAM en 1996, les ressources en eaux naturelles des pays du Bassin méditerranéen (c'est-à-dire le volume total moyen annuel, provenant des niveaux normaux de précipitations sur la superficie de la région,) s'élèvent à 985 km3/an, 74% au Nord (Albanie, Espagne, France, Grèce, Italie, Malte, Monaco, Portugal, ex-Yougoslavie), 21% à l'Est (Chypre, Israël, Jordanie, Liban, Autorité Palestinienne, Syrie, Turquie) et seulement pour 5% au Sud (Algérie, Egypte, Libye, Maroc, Tunisie).
Dans beaucoup d'îles de la Méditerranée, les eaux superficielles sont souvent rares ou même absentes en raison du climat semi-aride qui y règne alors que les eaux souterraines sont frêles et extrêmement vulnérables aux effets de l'activité humaine. Normalement, il y a une compétition pour l'utilisation des ressources en eau limitées qui conduit à une surexploitation et à court ou long terme à un appauvrissement quantitatif et qualitatif.
L'agriculture et l'industrie consomment des quantités substantielles d'eaux naturelles d'une île tout en les polluant. Des schémas irréguliers de la demande comme résultat de l'afflux saisonnier des touristes dans les îles de la Méditerranée stressent ultérieurement les ressources disponibles et le système d'approvisionnement à une période de l'année où les besoins en eau pour l'irrigation est à leur maximum.
La croissance démographique rapide dans les îles de la Méditerranée au cours de ces dernières décennies a pesé sur les ressources en eau dont elles disposent naturellement. Aujourd'hui, il y a l'urgente nécessité d'adopter une approche plus rationnelle conduisant à une exploitation efficace et intégrée de différentes ressources en eau qui la rendent moins dépendante de l'eau dessalée plus coûteuse.
La plupart des bassins hydrographiques de la région sont plutôt de petites dimensions tandis que 21 bassins ont une superficie supérieure à 10.000 km2. Certains bassins hydrographiques importants sont transfrontaliers et ont donc besoin de traiter l'accès aux ressources en eau partagées et les impacts sur la qualité de l'eau en amont et en aval du bassin.
De plus, la pression exercée sur les masses d'eau par le captage et les rejets crée, dans de nombreux cas, des tensions et des situations de crise en ce qui concerne à la fois les aspects quantitatifs et qualitatifs.
Ces raisons économiques, sociales et écologiques appellent à l'élaboration et à la mise en oeuvre d'une gestion des ressources et demandes en eau au niveau le bassin hydrographique considérée comme une réorientation stratégique cruciale pour les pays de la Méditerranée. La gestion de la demande devrait être l'une de ses composantes importantes.
Il est essentiel que des actions soient entreprises en ce qui concerne l'organisation administrative et la planification pour permettre l'élaboration et la mise en oeuvre d'une gestion intégrée des ressources en eau et de la demande au niveau de bassin. La gestion intégrée a pour objectif d'atteindre des niveaux d'approvisionnement durables, de satisfaire les demandes en eau de façon rentable et de mobiliser tous les acteurs. La définition du statut des ressources en eau et de la protection et de la conservation des ressources en eau est généralement nécessaire mais elle est particulièrement importante pour les îles.
Des interventions possibles peuvent comprendre des projets de démonstration, de l'assistance technique et de la formation sur les thèmes suivants:
Les meilleures techniques disponibles devraient être identifiées et utilisées pour associer l'utilisation rationnelle des ressources en eau naturelles à d'autres sources d'approvisionnement non conventionnelles, notamment le traitement des eaux usées et, là où cela est approprié, la désalinisation. Des projets conduits dans cette perspective donneront une forte démonstration dans le contexte méditerranéen et offriront une occasion intéressante de formation et de transfert d'information et de savoir-faire.
Les actions concernant la planification et ciblées tout particulièrement sur la situation des îles comprennent:
- le traitement le mieux adapté à chaque situation spécifique
- des scénarios d'application pour des sources non conventionnelles (ex: le traitement des eaux usées)
- des procédures de conservation de l'eau
- des normes de qualité à atteindre
- des taux de captage optimisés
Les activités de l'intervention devront comprendre:
Cela devrait inclure une évaluation complète et un inventaire rigoureux de la situation existante. Des données historiques seront recueillies et vérifiées avec la mise en place de banques de données reliées correctement au GIS.
Cela devrait comprendre les calculs d'équilibre de l'eau, des simulations de modèles de différents scénarios de captage, l'évaluation des bassins hydrographiques (bassins) avec une modélisation volumétrique, une analyse statistique des tendances de la consommation, l'évaluation de la qualité de l'eau, la construction de modèles-réseaux, l'analyse des régimes de flux de réseau, l'identification des pertes, l'évaluation des accidents causés par la pollution et l'évaluation de la capacité de traitement des eaux usées des égouts.
Sur la base de l'évaluation des ressources en eau, les méthodes les plus appropriées d'approvisionnement et de traitement des eaux devraient être identifiées pour satisfaire la demande de façon rentable, une structure intégrée des tarifs devrait être proposée et une politique future de gestion définie. Un plan directeur cohérent et complet sera finalement complété avec une politique actualisée de gestion des ressources en eau et accompagné d'un ensemble d'actions avec des projets opérationnels et leur coût, nécessaires pour atteindre les normes d'efficacité désirée et les améliorations nécessaires.
3.3 Gestion des ressources en cas de pénurie et lutte contre la sécheresse
La sécheresse peut être définie comme une baisse importante des précipitations en dessous de la moyenne sur une période qui varie selon les zones géographiques. La sécheresse est un des phénomènes naturels les plus complexes et les moins compris. La sécheresse récurrente se développe et constitue une préoccupation particulière dans les pays et les régions caractérisés par la rareté des ressources en eau et la forte variabilité des pluies.
Il est très difficile de prévoir le début et la fin d'une période de sécheresse. La sécheresse tend à avoir un impact plus fort dans les régions semi-arides et arides.
Il faut s'attendre à ce que le changement de climat aggrave ultérieurement la situation avec des périodes récurrentes de sécheresse plus longues dans certaines régions.
Selon sa durée, son intensité et son extension géographique, la sécheresse peut avoir de graves conséquences sur la qualité de la vie des populations touchées et sur toutes les activités économiques, en particulier celle de l'agriculture d'irrigation. Cela est aggravé en particulier dans les régions sans gestion intégrée de l'eau. Ses effets peuvent concerner la qualité et la quantité de l'eau stockée dans les réservoirs, le débit de l'eau dans les cours d'eau et les eaux souterraines, les écosystèmes aquatiques ou terrestres.
Le contrôle des épisodes de sécheresse est d'un grand intérêt pour permettre à la fois l'adoption de politiques de réaction appropriée au phénomène de la sécheresse et pour étudier les causes et son évolution possible dans l'optique d'élaborer des méthodes de prévision de la sécheresse, y compris les effets d'un changement possible du climat.
Une réponse précoce adéquate à des périodes de sécheresse prolongées est souvent absente de la gestion de l'eau. Les phénomènes de sécheresse sont souvent traités comme des situations d'urgence sans les ajustements d'ensemble adéquats des systèmes de base de gestion de l'eau. Trop d'importance a été accordée à la construction de réservoirs et de capacités de stockage excessivement grands. Il est important de changer cette pratique et d'assurer que les systèmes de gestion de l'eau, dans les régions où la sécheresse est récurrente, intègrent totalement des mesures à long terme et d'urgence dans le système et les pratiques de gestion. Une action importante à mener consiste donc à élaborer une gestion adéquate des réservoirs et des capacités de stockage en vue de périodes de plus grande pénurie et de sécheresse.
La particulière vulnérabilité de la région méditerranéenne à de longues périodes de sécheresse doit être prise en compte dans le cadre de la politique de l'eau régionale. La Méditerranée présente une faible disponibilité en eau par habitant, disponibilité en eau qui est inégalement répartie dans l'espace et dans le temps, à la fois au niveau régional et à l'intérieur d'un même pays. Huit pays dont la population totale est de 120 millions d'habitants ont une disponibilité inférieure à 1000 m3 par an et par habitant et dans cette situation, la gestion de la demande et l'utilisation de ressources non conventionnelles sont pratiquement les seules actions possibles.
Six d'entre eux, avec une population totale de 30 millions d'habitants, se trouvent maintenant sous le niveau minimum de subsistance des 500 m3 par an et par habitant. Dans ces pays, la totalité des ressources en eau est exploitée ou gravement surexploitée.
La demande en eau a subi, au cours de ces dernières décennies, un accroissement considérable dû principalement à trois facteurs: la population, le tourisme et le secteur irrigué. L'augmentation de la population s'est concentrée dans de grandes zones urbaines, ce qui a rendu nécessaire la déviation de l'approvisionnement en eau vers ces zones. Cette tendance est moins marquée dans les pays du nord que dans le reste du Bassin méditerranéen.
Le secteur du tourisme se développe et la région méditerranéenne attire plus de touristes qu'aucune autre région au monde. Le tourisme présente une composante saisonnière très forte qui culmine durant l'été quand les ressources sont particulièrement limitées. L'accroissement de la demande, quant à elle, se concentre sur le littoral.
La demande en eau de cette façon est amenée à satisfaire les besoins de l'industrie touristique et inclut les changements dans le choix des types de cultures agricoles.
En Méditerranée, l'irrigation, activité séculaire et caractéristique des civilisations méditerranéennes, consomme une part écrasante (80%) du total de la consommation totale. Sauf dans les Pays du Nord où l'irrigation constitue un complément aux pluies, dans le Sud , il s'agit du principal apport en eau destiné aux cultures. De plus, l'eau pour l'irrigation est exploitée non seulement pour les besoins alimentaires de la consommation nationale mais aussi pour les cultures destinées à l'exportation.
Cette augmentation de la demande a conduit à la construction d'ouvrages de régulation des eaux, de barrages, à l'exploitation extensive des ressources en eau souterraines, aux transferts à grande échelle entre bassins.
La surexploitation des ressources en eau associée à l'érosion du sol due à des pratiques agricoles non viables, à la déforestation et à une mauvaise gestion de l'utilisation des sols a conduit, au cours de ces dernières décennies, à une grave dégradation de la nature et de la végétation et par conséquent à une perte de la capacité de rétention de l'eau augmentant ainsi le risque d'une vaste désertification, en particulier dans la région de la Méditerranée. Les effets de longues périodes de sécheresse récurrentes ne feront qu'aggraver la situation.
La gestion des périodes de sécheresse a été traitée au niveau méditerranéen par des organisations comme la Water Initiative, le Réseau Méditerranéen de l'Eau, la Commission Méditerranéenne pour le Développement Durable, le CEDARE et l'ACSAD, et au niveau national par la presque totalité des pays méditerranéens.
Les lignes suivantes pour des travaux futurs devraient être suivies:
Il s'agit de recueillir les informations et les données hydrologiques, météorologiques et écologiques disponibles comme, par exemple, les informations et les données recueillies dans le cadre des projets importants financés par la Commission Européenne (DGXII) y compris le projet MEDHYCOS afin d'évaluer correctement ce phénomène.
Cela implique la réalisation d'un systèmes d'indices et de paramètres communs qui permettront d'établir des critères et des méthodes comparables pour la caractérisation et le suivi de l'évolution de la sécheresse. Cela pourrait impliquer l'élaboration de méthodes, pour évaluer le risque de sécheresse pour de vastes régions homogènes de la Méditerranée, et de lignes directrices pour une planification à long terme et des plans d'urgence.
Cette étude devrait s'occuper des mesures de gestion des ressources et surtout de l'utilisation à des fins stratégiques des eaux souterraines, de l'interconnexion entre les différents systèmes d'approvisionnement en eau, de l'utilisation de ressources non conventionnelles ainsi que d'éléments stratégiques de gestion de la demande y compris l'adoption d'un système tarifaire.
Il s'agit de recueillir des informations et des expériences nationales dans le domaine du contrôle des situations de crise, les mesures de prévention adoptées et leur efficacité, l'impact social et économique et environnemental qui peut en découler.
Ce cadre devrait permettre aux autorités et aux gestionnaires de prendre des décisions pour anticiper et pour atténuer les effets de la sécheresse, en rationalisant les utilisations de l'eau et mettant à disposition des outils financiers pour la réalisation des interventions nécessaires à une gestion efficace en situation de crise et en situation de normalité.
3.4 Gestion de l'eau pour l'irrigation
L'irrigation est un outil fondamental pour encourager le développement des populations rurales et pour augmenter la production alimentaire. Dans certaines zones géographiques, telles que la Méditerranée, l'irrigation est une condition essentielle pour le développement. L'irrigation est aussi le plus grand consommateur de ressources en eau dans la région et les procédés d'utilisation actuels ainsi que tout changement à venir ont un besoin urgent d'une approche globale de la gestion intégrée de l'eau.
Les problèmes principaux sont la diminution de la disponibilité en eau et l'augmentation de l'impact négatif sur les écosystèmes aquatiques et les ressources souterraines, dues à des prélèvements d'eau excessifs. La modernisation des schémas d'irrigation actuels et la gestion de la demande visent à optimiser l'efficacité physique et économique de l'utilisation des ressources en eau naturelles et le traitement des eaux est essentiel pour une nouvelle politique de l'irrigation. Les politiques d'investissements publics visant à améliorer l'accès aux ressources en eau disponibles devraient reposer sur une gestion intégrée de l'eau, le respect de l'environnement et devraient – il s'agit là d'un élément important - promouvoir de meilleures pratiques pour une utilisation avisée de l'eau en agriculture, y compris la réutilisation des eaux usées.
Par conséquent, le secteur irrigué dans la région méditerranéenne se trouve au bord de défis potentiels dramatiques et d'une restructuration radicale qui ne sont pas seulement dus aux graves conséquences environnementales du schéma d'utilisation actuel mais aussi, et dans une même mesure, aux impacts prévisibles de la zone euro-méditerranéenne de libre-échange, notamment si celle-ci devait être étendue aux produits agricoles. Il est urgent d'en définir la future stratégie quant à ce que l'agriculture devrait produire et comment elle devrait le produire.
La production agricole irriguée devra être adaptée pour permettre une allocation planifiée et gérée de la consommation de l'eau pour l'irrigation. Les priorités de nature sociale et environnementale devraient aussi être prises en compte.
De plus, une nouvelle politique d'irrigation devrait être élaborée dans la double perspective d'un développement rural et des politiques environnementales intégrés et non comme un secteur économique à part.
Dans les pays méditerranéens, la superficie irriguée est de 16 millions d'hectares et, au cours de ces dernières années, elle s'est accrue au rythme d'environ 200.000 ha par an. Cet accroissement de la superficie irriguée entraîne une consommation d'eau pour l'irrigation de 2.000 Hm3 soit environ 70% de la consommation totale en eau de la région si l'on ne considère pas les pays du Nord.
Face à cette rapide expansion, de nombreux systèmes d'irrigation présentent une efficacité très faible à cause des techniques d'irrigation utilisées, de systèmes de gestions inadéquats et de politiques mal structurées.
L'approvisionnement des quantités nécessaires d'eau pour l'agriculture irriguée en Méditerranée est l'intérêt dominant tandis que l'importance du déclin rapide de la qualité de l'eau est sous-estimée. Une grande attention devrait être prêtée au besoin de créer des mécanismes pour une gestion intégrée de la qualité et de la quantité de l'eau.
A l'avenir, l'agriculture irriguée en Méditerranée devra affronter le problème de l'utilisation durable de l'eau, y compris celui de produire davantage avec moins d'eau. Cela demande une gestion efficace, des systèmes d'approvisionnement adéquats, une maintenance correcte des infrastructures d'irrigation, et l'examen des schémas de cultures.
L'accroissement de la surface irriguée diffère d'un pays à l'autre. Dans les pays où le pourcentage d'eau utilisée dans l'agriculture est élevé, l'accroissement de la superficie irriguée devrait être accompagné d'une utilisation efficace de la ressource et/ou de l'utilisation des eaux usées traitées.
Cependant, dans beaucoup de ces pays, la plupart des terres les plus appropriées à l'agriculture a déjà été équipée en irrigation et donc tout nouveau projet d'irrigation aura nécessairement des coûts de réalisation plus élevés.
Le prix de l'eau devrait être considéré comme un élément constitutif de la gestion intégrée de l'eau. La plupart des pays subventionne l'irrigation en fournissant l'eau à bas prix en mettant principalement à la charge du secteur public le financement des infrastructures d'irrigation. Il est donc nécessaire d'étudier de nouveaux systèmes tarifaires qui mettent à la charge de l'usager la majeure partie du coût réel de l'eau. En outre, les tarifs devraient être calculés par rapport au système d'irrigation utilisé et basés sur la mesure de l'eau effectivement consommée par l'usager.
Toutefois, dans un système marqué par la rareté de la ressource en eau, les seules mesures économiques ne suffisent pas à garantir une utilisation efficace de l'eau. Il est nécessaire d'améliorer les installations de distribution de l'eau et de réglementer correctement les droits d'usage.
En raison de son importance dans le Bassin méditerranéen, le thème de l'eau pour l'irrigation a été traité par de nombreuses institutions et sous de multiples aspects et la charte de Rome le considère comme prioritaire. Ces institutions comprennent: la Water Initiative, la conférence de Marseille, CIEHAM, Le Réseau Méditerranéen de l'Eau, ACSAD, la Commission Méditerranéenne pour le Développement Durable et le SMAP. Les travaux réalisés jusqu'ici indiquent quelques hypothèses d'intervention futures:
3.5 Utilisation des ressources en eau non conventionnelles
Par ressources en eau "non conventionnelles", on entend les eaux usées traitées et les eaux de mer dessalées ou les eaux saumâtres.
La réutilisation des eaux usées urbaines en agriculture est une pratique désormais courante dans beaucoup de pays du Bassin méditerranéen. Il faut toutefois encourager la réutilisation contrôlée des eaux correctement traitées (par exemple pour la réalimentation des nappes souterraines) puisque, dans certains pays, nombreux sont les cas de réutilisation des eaux usées non traitées ce qui comporte de gros risques d'un point de vue sanitaire.
Il s'agit clairement d'une situation présentant un double avantage puisque le traitement des eaux usées doit être mis en oeuvre à grande échelle pour éviter une détérioration ultérieure des ressources en eau et que l'environnement et toute utilisation produisant des eaux usées traitées aideront à atténuer la pression sur les ressources en eau et les coûts d'exploitation des usines de traitement.
La désalinisation des eaux de mer ou des eaux saumâtres à des fins industrielles et potables présente des problèmes de nature fondamentalement économique, la technologie étant déjà disponible et utilisable. Le principal obstacle à l'utilisation de cette ressource est constitué par le coût du produit.
La désalinisation semble donc plus réalisable et économiquement compétitive pour les régions insulaires ou côtières souffrant de graves pénuries d'eau et de préférence là où de l'énergie à bas prix est disponible.
La réutilisation des eaux usées est d'un intérêt majeur pour le Bassin méditerranéen. De cette façon, on rendrait disponibles des ressources de meilleure qualité pour les utilisations qualitativement plus exigeantes.
L'impact écologique possible sur l'écosystème aquatique d'une diminution importante des eaux usées déversées dans les fleuves, les lacs et le littoral doit être analysé pour assurer la mise en oeuvre d'une politique sensible à la protection de l'environnement et à la défense de l'eau contre la pollution.
Dans les régions insulaires ou dans les zones côtières souffrant de sécheresse chronique, la désalinisation de l'eau de mer ou de l'eau saumâtre, pourrait constituer un outil important pour garantir l'approvisionnement en eau, en particulier parce que cette technologie devient économiquement compétitive par rapport à d'autres sources d'approvisionnement possibles (telles que les conduites sous-marines et les bateaux-citernes).
Par exemple, à Malte, plus de 60% des ressources en eau disponibles proviennent de la désalinisation de l'eau de mer.
Là où la carence en eau est moindre, la désalinisation est d'un intérêt marginal, limité à des situations locales ou à des situations d'urgence.
Les hypothèses d'intervention pour l'utilisation des ressources en eau non conventionnelles comprennent des études d'application, des projets de démonstration, l'assistance technique et la formation sur les sujets suivants:
3.6 Préparation de scénarios nationaux et locaux pour la période allant jusqu'en 2025 permettant de fixer des objectifs précis et d'engager des actions pour une gestion durable de l'eau
Dans le secteur de l'eau, les études de prospective constituent un outil de base qui permet de mieux prendre conscience des évolutions possibles et de leurs impacts et qui aide à anticiper et réduire les difficultés à venir.
L'élaboration de plusieurs scénarios permet de présenter les grands types d'évolution possibles et de montrer, le cas échéant, la nécessité de rechercher des futurs plus acceptables que ceux qui découleraient de la simple projection des tendances constatées.
Ce travail de prospective a d'autant plus de valeur qu'il s'appuie sur une large participation des différents acteurs concernés. Il peut alors se dégager de véritables "visions" partagées sur les futurs à éviter ou rechercher, en tenant compte des enjeux, des contraintes et des impacts économiques, sociaux et environnementaux.
Cela facilite l'élaboration de stratégies de gestion intégrée de l'eau se fixant des objectifs spécifiques à réaliser dans des délais bien définis et précisant le rôle respectif des différents acteurs concernés.
L'élaboration de scénarios sur l'eau doit s'attacher à donner une plus grande importance à la gestion des demandes en eau, ainsi qu'à la prise en compte intégrée des aspects économiques, sociaux et environnementaux. En effet, la gestion des demandes en eau, notamment la lutte contre les gaspillages, la recherche d'une meilleure efficience et la régulation des demandes entre les usages, constitue un des principaux domaines possibles et souhaitables de progrès pour une politique intégrée de l'eau. La sélection d'indicateurs de performance dans les scénarios permet de préciser les objectifs de résultat.
Dans beaucoup de pays méditerranéens, les prélèvements en eau approchent aujourd'hui l'ordre de grandeur des ressources disponibles. Les pénuries d'eau, conjoncturelles ou structurelles, sont donc appelées à s'étendre et à s'aggraver au cours des prochaines décennies. Or, ces pénuries sont imputables à la forte croissance des demandes en eau qui va se poursuivre.
Ainsi l'accroissement de l'offre, qui a constitué la réponse traditionnelle à ces situations, atteint aujourd'hui ou va atteindre ses limites, alors qu'une meilleure gestion de la demande (réduction simultanée des inutilisations d'eau et des mauvaises utilisations) représente un gisement inexploité important. Une gestion plus économe de l'eau en Méditerranée devrait en effet permettre de récupérer des quantités non négligeables d'eau (75,5 km3/an), si on les compare aux accroissements projetés des demandes à 2010 et 2025.
C'est pourquoi la Commission Méditerranéenne du Développement Durable (CMDD) et les Parties Contractantes à la Convention de Barcelone ont estimé que la gestion des demandes en eau permet d'escompter les progrès les plus significatifs des politiques de l'eau dans le Bassin méditerranéen et qu'il convient notamment de favoriser une réelle intégration des objectifs de régulation des demandes dans les politiques de planification de l'eau et de s'efforcer de se fixer des horizons de temps pour de tels objectifs.
De plus, la demande en eau pourrait subir des changements importants à la suite de la mise en place de la zone de libre-échange euro-méditerranéenne, surtout si elle doit couvrir les productions agricoles. Ce type d'hypothèse doit par conséquent être pris en compte dans les scénarios méditerranéens.
L'élaboration des exercices de prospective aux échelles nationales et locales pourront notamment comporter :
Ces actions pourront donner lieu à des formations, échanges d'informations, transferts de savoir-faire et actions de sensibilisation et de mobilisation des acteurs et usagers concernés, avec comme objectif le renforcement de la prise de conscience sur la nécessité d'anticiper les évolutions et le renforcement des capacités institutionnelles.