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Les travaux du séminaire d'experts |
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Thème 2 Les grands transferts nationaux d'eau |
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La nécessité des
grands transferts d'eau potable, depuis des zones très
éloignées, naît avec le développement
des grandes métropoles si densément peuplées
qu'elles nécessitent des quantités d'eau supérieures
à celles que l'on peut trouver dans les régions
proches des villes.
La plus grande métropole
de l'antiquité fut Rome - Caput Mundi - et c'est aux Romains
que l'on doit les premiers grands ouvrages de transport de l'eau,
que l'on retrouve ensuite à la base de notre culture méditerranéenne,
dans le domaine hydraulique.
Quelques-uns de ces aqueducs
sont encore en service,comme par exemple l'aqueduc "Traiano-Paolo",
qui alimentait, entre autre, les fontaines de "San Pietro".
Les Romains avaient hérité
des Etrusques une grande maîtrise en matière de construction
d'ouvrages hydrauliques mais, avant tout, ils avaient élaboré
une "politique" pour l'exploitation de la ressource
hydrique qui se basait sur le rapport correctement établi
entre disponibilité et besoins en eau, et qui ne se laissait
conditionner ni par les barrières géographiques
ou hydrologiques ni par la distance entre les lieux de production
et les lieux de consommation d'eau.
Dans le monde moderne, les problèmes
de surpopulation et de concentration urbaine reposent, en termes
plus importants, le problème du besoin en eau et de sa
compatibilité avec les ressources disponibles; à
ce problème d'ordre quantitatif, s'en ajoute un autre,
celui de la qualité de l'eau potable.
L'Italie moderne est un pays
caractérisé d'une part par une forte concentration
de population, d'activités agricoles et industrielles dans
les régions de plaines et dans les vallées, et d'autre
part par une dégradation progressive du paysage, due à
l'abandon des cultures et surtout à un procédé
séculaire de déboisement des vastes zones de montagnes.
En raison de sa forme étroite
et allongée du nord au sud,on retrouve dans notre pays
des conditions climatiques et environnementales très différentes.
Tandis que le régime hydrologique
de l'Italie du nord est caractérisé par un climat
continental de type européen, avec des fleuves au débit
permanent, des torrents de montagne alimentés régulièrement
par les névés et les glaciers, par un immense réservoir
d'eaux souterraines, au fur et à mesure que l'on descend
le long de la "botte" on pénètre de plus
en plus dans le climat méditerranéen aux régimes
semi-arides qui assimilent des régions comme les Pouilles,
la Basilicate, la Sicile et la Sardaigne aux régimes hydrogéologiques
du Magreb nord-africain.
Pour ces raisons, si l'on peut
dire que le bilan hydrique est globalement satisfaisant, il y
a néanmoins des secteurs fortement déficitaires
et caractérisés par des situations de crise.
Si l'on veut donner quelques
indications très concises sur la situation d'ensemble,
il faut se souvenir que le volume moyen des précipitations
annuelles est estimé à environ 300 milliards de
mètres cubes. L'étendue des ressources naturelles
disponibles est d'environ 110 milliards de mètres carrés,
ce qui représente le double du besoin national total estimé
à environ 52 milliards de mètres carrés.
Cependant une telle disponibilité est sujette à
des variations saisonnières conséquentes qui entraînent
une distribution très différente dans le temps et
surtout souvent inadaptée à la demande en ce qui
concerne les usages agricoles.
Selon le lieu et le moment où
les besoins se manifestent, la véritable disponibilité
en eau superficielle demeure bien inférieure à la
demande générale et on a dû réaliser
des réservoirs et des retenues capables d'équilibrer
le réseau de façon à ce que l'on puisse disposer
aujourd'hui d'environ 40 milliards de mètres cubes d'eau.
En Italie, le recours aux eaux
souterraines est important-selon des estimations difficilement
vérifiables-il s'agit d'environ 12 milliards de mètres
cubes par an qui couvrent 22% des besoins nationaux et qui sont
concentrés dans la plaine du Pô, dans le "Lazio",
en Campanie et en Sicile.
De tels types de prélèvement
posent cependant des problèmes considérables à
cause de la pollution, et de l'exploitation excessive des nappes
qui entraîne souvent la pollution par infiltrations d'eau
de mer dans les nappes côtières et l'abaissement
critique des niveaux des nappes souterraines.
Après étude de l'ensemble du système hydrique italien, on relève trois zones de crise:
- une zone de crise localisée principalement dans le nord de l'Italie et qui concerne la qualité de l'eau potable qui a tendance à descendre en dessous des limites fixées par la loi;
- une seconde zone de crise localisée en grande partie dans le Sud et dans les îles, est caractérisée par la quantité insuffisante d'eau distribuée, aussi bien pour les besoins en eau potable que pour l'irrigation;
- une troisième résulte
de l'insuffisante efficacité des types de gestion des aqueducs
due aussi bien au manque de clarté des lois qu'à
l'absence d'un vrai système tarifaire pour l'eau consommée.
L'inefficacité sur le plan de la gestion comporte entre
autre, la détérioration rapide des installations
et une forte augmentation des pertes de réseaux à
tous les niveaux.
Quelques-unes de ces difficultés
ont un caractère structurel mais elles proviennent en grande
partie du développement accéléré qui
s'est produit après guerre entraînant une croissance
importante des besoins en même temps qu'une dégradation
du milieu et des ressources.
La situation actuelle de crise,
dans laquelle se trouve le système hydrique italien, a
été accentuée par le retard pris pour mettre
en route une politique moderne de protection et de développement
de la ressource en eau.
La Constitution de la République
Italienne de 1948 changeait le modèle centraliste précédent,
en attribuant aux Régions ( aux Provinces et aux Communes)
compétence en matière de gestion des ressources
en eau; cependant l'organisation régionale a été
réalisée concrètement entre 1972 et 1977
et la première vraie réforme du système hydrique
a été concrétisée par la loi du 18
mai 1989 n.183 "Règles pour la réorganisation
fonctionnelle de la conservation des sols".
Un des principaux aspects novateurs de cette loi est représenté par l'institution du "bassin hydrographique" considéré comme entité physique, technique et administrative, soumise à une autorité unique. A ce sujet, la loi italienne se différencie des expériences étrangères analogues où l'autorité de bassin a aussi une importance financière et économique.
Les bassins sont classés
par la loi en:
- bassins d'importance nationale
- bassins d'importance inter-régionale
- bassins d'importance régionale.
Les bassins d'importance nationale sont,pour le versant adriatique:
- Isonzo (Frioul-Vénétie Julienne)
- Tagliamento (Vénétie, Frioul-Vénétie Julienne);
- Livenza (Vénétie, Frioul-Vénétie Julienne);
- Piave (Vénétie, Frioul-Vénétie Julienne);
- Brenta-Bacchiglione (Vénétie, Trentin-Haut-Adige);
- Adige (Vénétie, Trentin-Haut-Adige);
- Po (Piemont, Val d'Aoste,
Ligurie, Lombardie, Trentin-Haut-Adige, Vénétie,
Toscane, Emilie-Romagne);
pour le versant donnant sur la mer Tyrrhénienne:
- Arno (Toscane,Ombrie);
- Tevere (Emilie-Romagne, Toscane, Ombrie, Marche , Latium, Abruzzes);
- Liri-Garigliano (Latium, Campanie, Abruzzes);
- Volturno (Abruzzes, Latium,
Campanie).
Les bassins d'importance inter-régionale
se trouvent pour la plupart dans le sud .L'objectif est la formation
de plans de bassin, qui ont non seulement valeur de plan territorial,
normatif, technique et opérationnel mais qui ont également
pour but de mettre en place des programmes.
Lorsque les plans de bassin ont
été approuvés, les travaux se réalisent
selon des plans d'intervention triennaux.
Il s'agit ainsi d'une première
tentative pour délimiter des zones homogènes sur
le plan hydrologique, à l'intérieur desquelles il
soit possible de programmer et d'équilibrer les besoins
et les ressources disponibles, en tenant compte également
de l'évolution future de la demande ou, inversement,de
l'éventuelle réduction des disponibilités
à moyen ou long terme.
Cependant, la loi de 1989, mise
en place pour protéger le sol contre les glissements de
terrain,les coulées de boue, les alluvions, a classé
la plupart des bassins, en bassins fluviaux, parmi lesquels, le
tout premier: le bassin national du Pô, avait déjà
dans notre pays des antécédents illustres au sein
de l'Office des Eaux de l'ancienne République de Venise.
Toutefois, il n'existe pas toujours
le juste équilibre que nous retrouvons dans la région
de Padoue, entre bassin fluvial et zone de rendement optimal qui
se suffit à elle-même du point de vue de l'équilibre
entre les ressources et la consommation.
Il s'est avéré
nécessaire de prévoir une évolution de la
loi n.183 de 1989 par une nouvelle proposition, examinée
actuellement par le Parlement, qui puisse d'une part régler
la gestion du système des aqueducs à l'intérieur
des bassins pour faire face au troisième point de crise
cité ci-dessus, et d'autre part prévoir en termes
clairs et explicites le transfert de l'eau entre les bassins et
par conséquent envisager les travaux d'interconnexion nécessaires
et nommer les autorités correspondantes.
Il serait certainement opportun
de prévoir une régulation particulière de
la zone du "Mezzogiorno" continental où a été
réalisé, récemment, un système unitaire
d'interconnexions entre les différentes régions
qui en fait, de par certains aspects, un système unique.
L'expérience menée
en Italie dans le domaine des grands transferts d'eau a précédé
en fait la législation nationale qui a codifié l'existence
de bassins hydriques, leur attribuant une organisation spécifique.
Déjà au lendemain
de l'unité nationale, à la fin du XIXème
siècle les régions méridionales, et en particulier
les Pouilles, souffraient d'une forte carence en eau ce qui conditionnait
le développement de la civilisation et de l'économie;
un premier grand ouvrage a été exécuté
grâce aux nouvelles technologies réalisées
dans le domaine hydraulique et considérablement développées
par la naissance de l'industrie hydro-électrique; ce grand
ouvrage: l'Aqueduc "Pugliese" a permis la régulation
et l'adduction des eaux collectées dans les régions
limitrophes de Malese, de la Campanie" et du Basilicate.
Cette oeuvre a marqué
en Italie la première grande expérience de projet,
de construction, et ensuite de gestion, d'un aqueduc qui reliait
et relie toujours des bassins hydriques différents, en
posant les bases d'un vrai "système" hydrique
artificiel pour le transport et la distribution des eaux destinées
tout d'abord à l'usage domestique et à l'irrigation-puis
à l'industrie-dans une grande région italienne totalement
privée de fleuve et donc de ressources propres.
En 1919, il y eut l'achèvement
du Canal Principal de l'Aqueduc "Pugliese", long de
245 Km, au débit avoisinnant les 4 mètres cubes/seconde
et qui coûta à l'Etat italien plus d'un milliard
de lires de l'époque.
Toujours en 1919 fut constitué
un Organisme public "l'Organisme autonome pour l'Aqueduc
pugliese" chargé de la gestion de l'ouvrage et qui
exploite encore le complexe hydrique qui s'est développé
dans les années suivantes autour du Canal Principal et
qui représentait, à cette époque, un instrument
moderne de gestion, certainement plus souple, sur le plan opérationnel,
que les organismes de l'Etat directement chargés de la
gestion des ressources en eau.
C'est sur la base de cette première
expérience que s'est développé à partir
de 1950 dans le cadre de la politique nationale de développement
du "Mezzogiorno" italien, un programme de très
grande envergure qui se proposait d'assurer d'ici l'an 2000 l'utilisation
de la totalité des ressources en eau des régions
méridionales, à travers un système de grands
conduits et de canaux aboutissant à la régulation
des eaux.
Les actions relatives au programme,
au projet,et à la réalisation, étaient regroupées
dans un Organisme, la Caisse pour le Mezzogiorno, qui avait des
tâches d'ordre plus général concernant l'essor
des zones sous-développées, mais qui, en se joignant,
dans ce cas spécifique, à une "autorité"
moderne du secteur hydrique a réalisé en quarante
ans - en général avec des fonds de l'Etat - un ensemble
d'ouvrages capable d'instaurer pour notre Mezzogiorno un "réseau
artério-veineux" artificiel qui peut représenter
un modèle au niveau international.
Je citerai seulement trois réalisations
de grands ouvrages de transport : l'Aqueduc "Campano"
s'alimentant aux sources de "Torano-Biferno", les travaux
complémentaires effectués aux sources de "Calore"
pour l'Aqueduc "pugliese", et le nouvel Aqueduc de la
Campanie occidentale au débit potentiel de 11 mètres
cubes/seconde et d'une longueur de 160 Km.
Derrière ces grandes réalisations,
on trouve un système de réservoirs artificiels,
88 précisément, dont 22 sont en exercice, 31 sont
terminés et 35 se trouvent à divers stades de la
construction ; leur capacité totale est de 5 milliards
de mètres cubes d'eau.
Cette expérience a démontré
que pour affronter une politique moderne de protection et de développement
de la ressource en eau, qui s'appuie sur le développement
des grands transferts d'eau, une connaissance attentive des ressources
disponibles et des besoins correspondants, même si elle
est nécessaire, est insuffisante, comme le sont d'ailleurs
les moyens en matière de financement et de construction;
il est nécessaire que tout ceci soit considéré
comme un système global et intégré.
En ce qui concerne l'expérience
italienne cela s'est produit dans une certaine région du
Pays, à un moment précis de notre histoire de pays
démocratique, grâce à des mesures qui "fortuitement"
ont permis de réaliser un programme de coordination et
d'essor des ressources techniques, financières et opérationnelles
dont le Pays disposait à ce moment-là.
Cette expérience est certainement
un exemple utile, non seulement dans un contexte plus vaste comme
celui de la région méditerranéenne, mais
aussi dans notre propre pays,dans ces régions du nord de
l'Italie où -à l'exception de situations spécifiques
- il n'y a jamais eu besoin jusqu'à ce jour d'envisager
et/ou de réaliser des grands ouvrages de transfert des
eaux, parce que la nappe souterraine rendait chaque région
pratiquement autonome.
Les exemples ou les modèles
sont néanmoins identiques, soit de par les aspects positifs,
soit de par les lacunes qu'ils peuvent comporter.
A mon avis, dans notre cas, trois lacunes sont évidentes:
- l'organisme qui a émis le projet et réalisé les ouvrages n'était pas spécifiquement adapté au secteur, car lorsque les principales motivations pour lesquelles il avait été crée ont diminué - notamment le soutien au développement économique et productif des zones sous-développées - son action s'est brusquement interrompue, y compris dans le secteur hydrique, et cela sans qu'un système stable de "water management" ait pris sa place pour mener à bien et compléter l'action réalisée .
- le financement de cette action a été entièrement pris en charge par l'Etat, sans prévoir ni constituer à l'avance pour le développement suivant un quelconque mécanisme d'auto-financement, au moins pour l'entretien des ouvrages.
- l'impact de certains grands
ouvrages sur le milieu environnant n'a pas été suffisamment
évalué, de façon positive ou négative.
En ce qui concerne ce dernier
point, il faut garder à l'esprit que la sensibilisation
à ces thèmes est un phénomène récent.
La gestion des grands ouvrages
hydriques, de même que celle des différents types
d'aqueduc, est, en Italie,un sujet difficile et très délicat
parce qu'il est très incomplet - sauf dans des cas bien
précis où son efficacité est particulière.
Il est insuffisant parce que
pendant de nombreuses années, les ouvrages ont été
construits essentiellement avec des capitaux publics et le prix
de l'eau à la consommation a été déterminé
non pas en fonction de la réalité mais sur la base
de critères politiques. Pour cette raison, la gestion de
la distribution finale est encore directement effectuée
par les Organismes locaux, qui, de par leur nature et de par les
normes qui les régissent, ne sont pas aptes à garantir
un service efficace et une dimension opérationnelle suffisante.
Après la cessation d'activité
de la "Caisse pour le Mezzogiorno", les grandes infrastructures
de transfert des eaux réalisées dans le "Mezzogiorno",
sont passées directement sous le contrôle des Régions,
qui ont hérité en plus de la qualification et de
la compétence "politique", de la gestion opérationnelle
pour laquelle elles n'étaient pas préparées.
Quand il existait des Organismes
publics spécifiques, comme l'ancien Organisme pour l'aqueduc
"Pugliese" ou des Organismes régionaux comme
ceux de la Sicile ou de la Sardaigne, il s'agissait toujours
d'organismes publics de type administratif, datant du XIX ème
siècle, dont les difficultés en matière de
gestion se révélaient tout à fait semblables
à celles des Communes ou des Régions .
L'absence de gestion économique
adéquate des systèmes hydriques, rend cependant
très difficile d'une part l'achèvement du projet
hydrique pour le Mezzogiorno et de l'autre l'assurance d'une gestion
efficace et autonome des grands ouvrages de transport et de régulation
des eaux.
L'importance des investissements
qui ont été nécessaires pour réaliser
les grands ouvrages de transfert de l'eau, plus encore quand ces
ouvrages représentent un système, entraîne
aussi un besoin financier important afin d'assurer correctement
leur entretien et de maintenir leur activité.
Ces ressources financières
ne peuvent pas être toujours et seulement prises en charge
par l'Etat, non seulement à cause des éventuelles
difficultés économiques des Etats, mais en termes
de principe.
Dans le cas du Mezzogiorno italien,on
a voulu et on a dû surmonter, très rapidement la
grave différence qui divisait le nord et le sud du pays,
en matière de disponibilités en eau: ceci étant
fait, il était nécessaire d'envisager une possibilité
d'autofinancement progressive du système, comme cela se
passe généralement, dans tous les domaines de l'économie
et de la production.
La capacité d'autofinancement
est liée à son tour, non seulement à un système
de prix et de tarifs de l'eau proportionnés à sa
valeur mais surtout à l'efficacité de la gestion.
Ces principes, comme nous le
montre aujourd'hui l'expérience italienne, sont valables,
en réalité partout où l'on veut aborder ce
problème; on ne doit pas avoir peur de la dimension économique
des investissements nécessaires parce que ce qui s'est
passé de 1974 à nos jours dans le secteur de l'énergie,
démontre que les dépenses nécessaires pour
produire ou transporter une matière essentielle - hier
le pétrole et le méthane, demain certainement l'eau-
n'ont pas de valeur par elles-mêmes mais par rapport aux
solutions successives sur lesquelles on peut compter, en ce qui
concerne la disponibilité des ressources, et les conditions
de production, de transport et de distribution.
En se référant
toujours au domaine de l'énergie, nous avons également
appris que le coût réel de recherche, d'exploitation
et de transport de ce type de matière doit toujours tenir
compte des dépenses prévisionnelles nécessaires
à la reconstitution des ressources utilisées et
du coût prévu pour la création d'un "système
avec valeurs stratégiques" qui garantisse l'approvisionnement
même dans des conditions de crises soudaines et imprévues.
Dans cette optique, il faut évaluer
les coûts de construction et de gestion des grands ouvrages
de transfert de l'eau; par exemple dans notre pays, nous sommes
en train de tenir compte des dépenses déjà
effectuées et de celles à venir, dans les zones
du nord de l'Italie, comme la Plaine du Pô, où, continuant
à puiser de manière importante dans la nappe souterraine,
il se produit des dommages qui pourraient être incalculables
et qui en tous cas nécessitent des investissements importants
pour la protection et la réalimentation des nappes.
Dans la zone du bassin de Padoue
comprise entre les fleuves "Lambro", "Olona",
"Seveso", une forme grave et croissante de pollution
des nappes s'est manifestée dans les dernières années
et a nécessité le lancement d'un plan national spécial
d'intervention.
A l'heure actuelle, il est clair
qu'à deux ans de l'approbation du Plan, le problème
ne peut être envisagé - à moyen terme- que
par le transfert des eaux superficielles ou des eaux prélevées
dans différents bassins, au moyen d'un ou plusieurs grands
canaux qui donnent en même temps une plus grande souplesse
et des garanties de continuité dans l'approvisionnement
du bassin.
Dernier point: comme nous l'avons
noté, l'impact sur le milieu environnant peut être
considérable, parce qu'il s'agit d'ouvrages de grandes
dimensions souvent associés à de grandes digues,
et qui, dans plusieurs régions du Mezzogiorno italien,
ont effectivement transformé le paysage. Cet aspect est
examiné avec beaucoup d'attention en prévoyant et
en planifiant des investissements additionnels (de type environnement)
comme par exemple le reboisement autour des réservoirs
(qui peuvent devenir également le centre de petites zones
protégées ).
D'autre part, l'eau transportée
par ces grands ouvrages est, à l'origine, d'excellente
qualité et le reste théoriquement dans les réservoirs
de montagne d'où elle provient, dans certains cas.
Il est certainement possible
de mettre en valeur un tel aspect, d'une part à travers
une protection rigoureuse des zones montagneuses de prélèvement
et des canaux, et d'autre part en agissant sur la qualité
constructive des ouvrages de transport et sur le développement
technologique des équipements de surveillance et de contrôle
de la qualité de l'eau tout au long de son parcours.
Nous avons, en Italie, un exemple
intéressant qui est la digue de "Lidracoli",
dans l'Appenin d'Emilie Romagne, ainsi que l'ouvrage de transport
qui en a résulté et qui alimente une vaste zone
dans les deux provinces de "Forli" et Ravenne.
Une politique attentive, menée
depuis la construction de la digue par l'Organisme chargé
de la réalisation et de la gestion, a permis de garantir
une eau potable et de qualité remarquable, destinée
à l'usage domestique.
Ceci est particulièrement
significatif, si l'on considère que la région de
Ravenne est la seule région italienne où il a été
nécessaire d'établir une loi pour bloquer l'exploitation
de l'aquifère qui provoquait un affaissement de terrain.
Sur la base des expériences
vécues, on a donc décidé, comme je vous l'ai
dit précédemment, de promouvoir une nouvelle loi
qui régisse mieux et de façon plus détaillée,
le système hydrique italien en exécution de la loi
n.183 de 1989. Cette disposition est justement soumise en ce moment
à l'examen du Parlement.
Dans une telle loi, on règle
"la gestion" du système des aqueducs en prévoyant
une dimension optimale pour les activités de gestion (qui
doit évidemment dépasser la dimension de chaque
Commune); une vision unifiée du cycle de l'eau, y compris
la dépuration et la réutilisation; la création
d'un système national de détermination des prix
de vente de l'eau qui tienne compte également des investissements;
la distinction conceptuelle entre "gouvernement du système
hydrique", à différents niveaux, et la gestion
opérationnelle des installations et du service, expliquant
que les opérateurs de gestion doivent avoir un tempérament
d'entreprise, et qu'ils doivent émaner directement des
Organismes publics ou d'opérateurs privés spécialisés.
En ce qui concerne le sujet que
nous sommes en train de traiter, nous prévoyons la nécessité,
et donc la réalisation au cas où il le faudrait,
d'ouvrages d' interconnexions entre les différents bassins
hydriques en contrôlant leur compétence, qui reviendrait
à l'Etat national; le financement, par le placement des
bénéfices réalisés grâce aux
contributions de dérivation en raison de leur nature stratégique;
et l'on émet ensuite explicitement l'hypothèse de
confier leur gestion à des techniciens de type entrepreneurs,ayant
une expérience adéquate et spécifique et
une compétence technico-financière.
Cela ne veut pas dire, naturellement,
que l'on pense à un système intégré
au niveau national, comme celui, cité dans cet exposé,
et qui a été réalisé dans le "Mezzogiorno"
continental italien, mais on tient certainement compte de la nécessité
croissante d'ouvrages qui donnent au système hydrique italien
une meilleure flexibilité et un meilleur équilibre.
D'autre part, on est toujours
plus attentif aux expériences de nos voisins en matière
de transport des fluides, comme le méthane, étant
donné que dans ce secteur l'Italie dispose d'un réseau
de distribution interne parmi les plus importants ( environ 23
000 km), de grands adducteurs d'approvisionnement extérieur
et de stockage, réalisés par l'ENI (Office National
des Hydrocarbures) et gérés selon un modèle
hautement intégré et fonctionnel qui mérite
d'être mieux connu même par les spécialistes
du secteur hydrique.
Sous l'impulsion de la crise
du système hydrique italien, et avant même l'approbation
de la proposition de loi citée plus haut,se manifeste un
désir de modifier quelques-unes des lignes suivies jusque
là: c'est par exemple la volonté de confier à
des organismes privés la gestion des aqueducs ou des grands
ouvrages de transfert de l'eau.
Je voudrais citer à ce
propos la récente confiance accordée au Consortium
EniAcqua pour la gestion de l'Aqueduc de la Campanie Occidentale,
qui fait partie des grands ouvrages cités précédemment
et réalisés au cours de ces dernières années
dans le sud.
Face à une telle confiance
l'entrepreneur s'est engagé à réaliser des
investissements importants pour le développement de l'Aqueduc
dans les prochaines années.
Pour terminer, je voudrais vous
rappeler que toutes les considérations énoncées
ci-dessus amènent inévitablement à envisager,
dans le temps, la possibilité et parfois l'opportunité
de réaliser des transferts d'eau entre les Etats.
Il y a cinquante ans, personne
n'aurait pensé que l'on puisse construire un méthanoduc
à travers la mer entre l'Algérie, la Tunisie et
l'Italie, mais aujourd'hui ce "cordon ombilical" entre
l'Afrique et l'Europe existe et il est normal d'en prévoir
d'autres.
Il y a des situations en attente
comme celle du bassin de l'Isonzo à cheval entre l'Italie
et la Slovénie; il y a des projets en cours, comme celui
d'un aqueduc sous-marin entre l'Albanie et l'Italie; il y a des
projets encore hypothétiques comme celui d'un aqueduc entre
la Corse et la Sardaigne.
Dans certains cas, il s'agit
pour le moment d'hypothèses futures mais la logique du
développement des ressources hydriques va dans cette direction,
surtout dans une région comme celle de la Méditerranée,
où, à côté d'une croissance constante
des besoins, quelques phénomènes de mutations climatiques
laissent envisager, dans de nombreuses régions, une réduction
des disponibilités en eau.
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