Les travaux du séminaire d'experts
Ø Thème 2
Les grands transferts nationaux d'eau
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Sujet n°3
L'expérience Italienne

Presentation : Monsieur Pietro Celletti (Italie)


La nécessité des grands transferts d'eau potable, depuis des zones très éloignées, naît avec le développement des grandes métropoles si densément peuplées qu'elles nécessitent des quantités d'eau supérieures à celles que l'on peut trouver dans les régions proches des villes.

La plus grande métropole de l'antiquité fut Rome - Caput Mundi - et c'est aux Romains que l'on doit les premiers grands ouvrages de transport de l'eau, que l'on retrouve ensuite à la base de notre culture méditerranéenne, dans le domaine hydraulique.

Quelques-uns de ces aqueducs sont encore en service,comme par exemple l'aqueduc "Traiano-Paolo", qui alimentait, entre autre, les fontaines de "San Pietro".

Les Romains avaient hérité des Etrusques une grande maîtrise en matière de construction d'ouvrages hydrauliques mais, avant tout, ils avaient élaboré une "politique" pour l'exploitation de la ressource hydrique qui se basait sur le rapport correctement établi entre disponibilité et besoins en eau, et qui ne se laissait conditionner ni par les barrières géographiques ou hydrologiques ni par la distance entre les lieux de production et les lieux de consommation d'eau.

Dans le monde moderne, les problèmes de surpopulation et de concentration urbaine reposent, en termes plus importants, le problème du besoin en eau et de sa compatibilité avec les ressources disponibles; à ce problème d'ordre quantitatif, s'en ajoute un autre, celui de la qualité de l'eau potable.

L'Italie moderne est un pays caractérisé d'une part par une forte concentration de population, d'activités agricoles et industrielles dans les régions de plaines et dans les vallées, et d'autre part par une dégradation progressive du paysage, due à l'abandon des cultures et surtout à un procédé séculaire de déboisement des vastes zones de montagnes.

En raison de sa forme étroite et allongée du nord au sud,on retrouve dans notre pays des conditions climatiques et environnementales très différentes.

Tandis que le régime hydrologique de l'Italie du nord est caractérisé par un climat continental de type européen, avec des fleuves au débit permanent, des torrents de montagne alimentés régulièrement par les névés et les glaciers, par un immense réservoir d'eaux souterraines, au fur et à mesure que l'on descend le long de la "botte" on pénètre de plus en plus dans le climat méditerranéen aux régimes semi-arides qui assimilent des régions comme les Pouilles, la Basilicate, la Sicile et la Sardaigne aux régimes hydrogéologiques du Magreb nord-africain.

Pour ces raisons, si l'on peut dire que le bilan hydrique est globalement satisfaisant, il y a néanmoins des secteurs fortement déficitaires et caractérisés par des situations de crise.

Si l'on veut donner quelques indications très concises sur la situation d'ensemble, il faut se souvenir que le volume moyen des précipitations annuelles est estimé à environ 300 milliards de mètres cubes. L'étendue des ressources naturelles disponibles est d'environ 110 milliards de mètres carrés, ce qui représente le double du besoin national total estimé à environ 52 milliards de mètres carrés. Cependant une telle disponibilité est sujette à des variations saisonnières conséquentes qui entraînent une distribution très différente dans le temps et surtout souvent inadaptée à la demande en ce qui concerne les usages agricoles.

Selon le lieu et le moment où les besoins se manifestent, la véritable disponibilité en eau superficielle demeure bien inférieure à la demande générale et on a dû réaliser des réservoirs et des retenues capables d'équilibrer le réseau de façon à ce que l'on puisse disposer aujourd'hui d'environ 40 milliards de mètres cubes d'eau.

En Italie, le recours aux eaux souterraines est important-selon des estimations difficilement vérifiables-il s'agit d'environ 12 milliards de mètres cubes par an qui couvrent 22% des besoins nationaux et qui sont concentrés dans la plaine du Pô, dans le "Lazio", en Campanie et en Sicile.

De tels types de prélèvement posent cependant des problèmes considérables à cause de la pollution, et de l'exploitation excessive des nappes qui entraîne souvent la pollution par infiltrations d'eau de mer dans les nappes côtières et l'abaissement critique des niveaux des nappes souterraines.

Après étude de l'ensemble du système hydrique italien, on relève trois zones de crise:

- une zone de crise localisée principalement dans le nord de l'Italie et qui concerne la qualité de l'eau potable qui a tendance à descendre en dessous des limites fixées par la loi;

- une seconde zone de crise localisée en grande partie dans le Sud et dans les îles, est caractérisée par la quantité insuffisante d'eau distribuée, aussi bien pour les besoins en eau potable que pour l'irrigation;

- une troisième résulte de l'insuffisante efficacité des types de gestion des aqueducs due aussi bien au manque de clarté des lois qu'à l'absence d'un vrai système tarifaire pour l'eau consommée. L'inefficacité sur le plan de la gestion comporte entre autre, la détérioration rapide des installations et une forte augmentation des pertes de réseaux à tous les niveaux.

Quelques-unes de ces difficultés ont un caractère structurel mais elles proviennent en grande partie du développement accéléré qui s'est produit après guerre entraînant une croissance importante des besoins en même temps qu'une dégradation du milieu et des ressources.

La situation actuelle de crise, dans laquelle se trouve le système hydrique italien, a été accentuée par le retard pris pour mettre en route une politique moderne de protection et de développement de la ressource en eau.

La Constitution de la République Italienne de 1948 changeait le modèle centraliste précédent, en attribuant aux Régions ( aux Provinces et aux Communes) compétence en matière de gestion des ressources en eau; cependant l'organisation régionale a été réalisée concrètement entre 1972 et 1977 et la première vraie réforme du système hydrique a été concrétisée par la loi du 18 mai 1989 n.183 "Règles pour la réorganisation fonctionnelle de la conservation des sols".

Un des principaux aspects novateurs de cette loi est représenté par l'institution du "bassin hydrographique" considéré comme entité physique, technique et administrative, soumise à une autorité unique. A ce sujet, la loi italienne se différencie des expériences étrangères analogues où l'autorité de bassin a aussi une importance financière et économique.

Les bassins sont classés par la loi en:

- bassins d'importance nationale

- bassins d'importance inter-régionale

- bassins d'importance régionale.

Les bassins d'importance nationale sont,pour le versant adriatique:

- Isonzo (Frioul-Vénétie Julienne)

- Tagliamento (Vénétie, Frioul-Vénétie Julienne);

- Livenza (Vénétie, Frioul-Vénétie Julienne);

- Piave (Vénétie, Frioul-Vénétie Julienne);

- Brenta-Bacchiglione (Vénétie, Trentin-Haut-Adige);

- Adige (Vénétie, Trentin-Haut-Adige);

- Po (Piemont, Val d'Aoste, Ligurie, Lombardie, Trentin-Haut-Adige, Vénétie, Toscane, Emilie-Romagne);

pour le versant donnant sur la mer Tyrrhénienne:

- Arno (Toscane,Ombrie);

- Tevere (Emilie-Romagne, Toscane, Ombrie, Marche , Latium, Abruzzes);

- Liri-Garigliano (Latium, Campanie, Abruzzes);

- Volturno (Abruzzes, Latium, Campanie).

Les bassins d'importance inter-régionale se trouvent pour la plupart dans le sud .L'objectif est la formation de plans de bassin, qui ont non seulement valeur de plan territorial, normatif, technique et opérationnel mais qui ont également pour but de mettre en place des programmes.

Lorsque les plans de bassin ont été approuvés, les travaux se réalisent selon des plans d'intervention triennaux.

Il s'agit ainsi d'une première tentative pour délimiter des zones homogènes sur le plan hydrologique, à l'intérieur desquelles il soit possible de programmer et d'équilibrer les besoins et les ressources disponibles, en tenant compte également de l'évolution future de la demande ou, inversement,de l'éventuelle réduction des disponibilités à moyen ou long terme.

Cependant, la loi de 1989, mise en place pour protéger le sol contre les glissements de terrain,les coulées de boue, les alluvions, a classé la plupart des bassins, en bassins fluviaux, parmi lesquels, le tout premier: le bassin national du Pô, avait déjà dans notre pays des antécédents illustres au sein de l'Office des Eaux de l'ancienne République de Venise.

Toutefois, il n'existe pas toujours le juste équilibre que nous retrouvons dans la région de Padoue, entre bassin fluvial et zone de rendement optimal qui se suffit à elle-même du point de vue de l'équilibre entre les ressources et la consommation.

Il s'est avéré nécessaire de prévoir une évolution de la loi n.183 de 1989 par une nouvelle proposition, examinée actuellement par le Parlement, qui puisse d'une part régler la gestion du système des aqueducs à l'intérieur des bassins pour faire face au troisième point de crise cité ci-dessus, et d'autre part prévoir en termes clairs et explicites le transfert de l'eau entre les bassins et par conséquent envisager les travaux d'interconnexion nécessaires et nommer les autorités correspondantes.

Il serait certainement opportun de prévoir une régulation particulière de la zone du "Mezzogiorno" continental où a été réalisé, récemment, un système unitaire d'interconnexions entre les différentes régions qui en fait, de par certains aspects, un système unique.

L'expérience menée en Italie dans le domaine des grands transferts d'eau a précédé en fait la législation nationale qui a codifié l'existence de bassins hydriques, leur attribuant une organisation spécifique.

Déjà au lendemain de l'unité nationale, à la fin du XIXème siècle les régions méridionales, et en particulier les Pouilles, souffraient d'une forte carence en eau ce qui conditionnait le développement de la civilisation et de l'économie; un premier grand ouvrage a été exécuté grâce aux nouvelles technologies réalisées dans le domaine hydraulique et considérablement développées par la naissance de l'industrie hydro-électrique; ce grand ouvrage: l'Aqueduc "Pugliese" a permis la régulation et l'adduction des eaux collectées dans les régions limitrophes de Malese, de la Campanie" et du Basilicate.

Cette oeuvre a marqué en Italie la première grande expérience de projet, de construction, et ensuite de gestion, d'un aqueduc qui reliait et relie toujours des bassins hydriques différents, en posant les bases d'un vrai "système" hydrique artificiel pour le transport et la distribution des eaux destinées tout d'abord à l'usage domestique et à l'irrigation-puis à l'industrie-dans une grande région italienne totalement privée de fleuve et donc de ressources propres.

En 1919, il y eut l'achèvement du Canal Principal de l'Aqueduc "Pugliese", long de 245 Km, au débit avoisinnant les 4 mètres cubes/seconde et qui coûta à l'Etat italien plus d'un milliard de lires de l'époque.

Toujours en 1919 fut constitué un Organisme public "l'Organisme autonome pour l'Aqueduc pugliese" chargé de la gestion de l'ouvrage et qui exploite encore le complexe hydrique qui s'est développé dans les années suivantes autour du Canal Principal et qui représentait, à cette époque, un instrument moderne de gestion, certainement plus souple, sur le plan opérationnel, que les organismes de l'Etat directement chargés de la gestion des ressources en eau.

C'est sur la base de cette première expérience que s'est développé à partir de 1950 dans le cadre de la politique nationale de développement du "Mezzogiorno" italien, un programme de très grande envergure qui se proposait d'assurer d'ici l'an 2000 l'utilisation de la totalité des ressources en eau des régions méridionales, à travers un système de grands conduits et de canaux aboutissant à la régulation des eaux.

Les actions relatives au programme, au projet,et à la réalisation, étaient regroupées dans un Organisme, la Caisse pour le Mezzogiorno, qui avait des tâches d'ordre plus général concernant l'essor des zones sous-développées, mais qui, en se joignant, dans ce cas spécifique, à une "autorité" moderne du secteur hydrique a réalisé en quarante ans - en général avec des fonds de l'Etat - un ensemble d'ouvrages capable d'instaurer pour notre Mezzogiorno un "réseau artério-veineux" artificiel qui peut représenter un modèle au niveau international.

Je citerai seulement trois réalisations de grands ouvrages de transport : l'Aqueduc "Campano" s'alimentant aux sources de "Torano-Biferno", les travaux complémentaires effectués aux sources de "Calore" pour l'Aqueduc "pugliese", et le nouvel Aqueduc de la Campanie occidentale au débit potentiel de 11 mètres cubes/seconde et d'une longueur de 160 Km.

Derrière ces grandes réalisations, on trouve un système de réservoirs artificiels, 88 précisément, dont 22 sont en exercice, 31 sont terminés et 35 se trouvent à divers stades de la construction ; leur capacité totale est de 5 milliards de mètres cubes d'eau.

Cette expérience a démontré que pour affronter une politique moderne de protection et de développement de la ressource en eau, qui s'appuie sur le développement des grands transferts d'eau, une connaissance attentive des ressources disponibles et des besoins correspondants, même si elle est nécessaire, est insuffisante, comme le sont d'ailleurs les moyens en matière de financement et de construction; il est nécessaire que tout ceci soit considéré comme un système global et intégré.

En ce qui concerne l'expérience italienne cela s'est produit dans une certaine région du Pays, à un moment précis de notre histoire de pays démocratique, grâce à des mesures qui "fortuitement" ont permis de réaliser un programme de coordination et d'essor des ressources techniques, financières et opérationnelles dont le Pays disposait à ce moment-là.

Cette expérience est certainement un exemple utile, non seulement dans un contexte plus vaste comme celui de la région méditerranéenne, mais aussi dans notre propre pays,dans ces régions du nord de l'Italie où -à l'exception de situations spécifiques - il n'y a jamais eu besoin jusqu'à ce jour d'envisager et/ou de réaliser des grands ouvrages de transfert des eaux, parce que la nappe souterraine rendait chaque région pratiquement autonome.

Les exemples ou les modèles sont néanmoins identiques, soit de par les aspects positifs, soit de par les lacunes qu'ils peuvent comporter.

A mon avis, dans notre cas, trois lacunes sont évidentes:

- l'organisme qui a émis le projet et réalisé les ouvrages n'était pas spécifiquement adapté au secteur, car lorsque les principales motivations pour lesquelles il avait été crée ont diminué - notamment le soutien au développement économique et productif des zones sous-développées - son action s'est brusquement interrompue, y compris dans le secteur hydrique, et cela sans qu'un système stable de "water management" ait pris sa place pour mener à bien et compléter l'action réalisée .

- le financement de cette action a été entièrement pris en charge par l'Etat, sans prévoir ni constituer à l'avance pour le développement suivant un quelconque mécanisme d'auto-financement, au moins pour l'entretien des ouvrages.

- l'impact de certains grands ouvrages sur le milieu environnant n'a pas été suffisamment évalué, de façon positive ou négative.

En ce qui concerne ce dernier point, il faut garder à l'esprit que la sensibilisation à ces thèmes est un phénomène récent.

La gestion des grands ouvrages hydriques, de même que celle des différents types d'aqueduc, est, en Italie,un sujet difficile et très délicat parce qu'il est très incomplet - sauf dans des cas bien précis où son efficacité est particulière.

Il est insuffisant parce que pendant de nombreuses années, les ouvrages ont été construits essentiellement avec des capitaux publics et le prix de l'eau à la consommation a été déterminé non pas en fonction de la réalité mais sur la base de critères politiques. Pour cette raison, la gestion de la distribution finale est encore directement effectuée par les Organismes locaux, qui, de par leur nature et de par les normes qui les régissent, ne sont pas aptes à garantir un service efficace et une dimension opérationnelle suffisante.

Après la cessation d'activité de la "Caisse pour le Mezzogiorno", les grandes infrastructures de transfert des eaux réalisées dans le "Mezzogiorno", sont passées directement sous le contrôle des Régions, qui ont hérité en plus de la qualification et de la compétence "politique", de la gestion opérationnelle pour laquelle elles n'étaient pas préparées.

Quand il existait des Organismes publics spécifiques, comme l'ancien Organisme pour l'aqueduc "Pugliese" ou des Organismes régionaux comme ceux de la Sicile ou de la Sardaigne, il s'agissait toujours d'organismes publics de type administratif, datant du XIX ème siècle, dont les difficultés en matière de gestion se révélaient tout à fait semblables à celles des Communes ou des Régions .

L'absence de gestion économique adéquate des systèmes hydriques, rend cependant très difficile d'une part l'achèvement du projet hydrique pour le Mezzogiorno et de l'autre l'assurance d'une gestion efficace et autonome des grands ouvrages de transport et de régulation des eaux.

L'importance des investissements qui ont été nécessaires pour réaliser les grands ouvrages de transfert de l'eau, plus encore quand ces ouvrages représentent un système, entraîne aussi un besoin financier important afin d'assurer correctement leur entretien et de maintenir leur activité.

Ces ressources financières ne peuvent pas être toujours et seulement prises en charge par l'Etat, non seulement à cause des éventuelles difficultés économiques des Etats, mais en termes de principe.

Dans le cas du Mezzogiorno italien,on a voulu et on a dû surmonter, très rapidement la grave différence qui divisait le nord et le sud du pays, en matière de disponibilités en eau: ceci étant fait, il était nécessaire d'envisager une possibilité d'autofinancement progressive du système, comme cela se passe généralement, dans tous les domaines de l'économie et de la production.

La capacité d'autofinancement est liée à son tour, non seulement à un système de prix et de tarifs de l'eau proportionnés à sa valeur mais surtout à l'efficacité de la gestion.

Ces principes, comme nous le montre aujourd'hui l'expérience italienne, sont valables, en réalité partout où l'on veut aborder ce problème; on ne doit pas avoir peur de la dimension économique des investissements nécessaires parce que ce qui s'est passé de 1974 à nos jours dans le secteur de l'énergie, démontre que les dépenses nécessaires pour produire ou transporter une matière essentielle - hier le pétrole et le méthane, demain certainement l'eau- n'ont pas de valeur par elles-mêmes mais par rapport aux solutions successives sur lesquelles on peut compter, en ce qui concerne la disponibilité des ressources, et les conditions de production, de transport et de distribution.

En se référant toujours au domaine de l'énergie, nous avons également appris que le coût réel de recherche, d'exploitation et de transport de ce type de matière doit toujours tenir compte des dépenses prévisionnelles nécessaires à la reconstitution des ressources utilisées et du coût prévu pour la création d'un "système avec valeurs stratégiques" qui garantisse l'approvisionnement même dans des conditions de crises soudaines et imprévues.

Dans cette optique, il faut évaluer les coûts de construction et de gestion des grands ouvrages de transfert de l'eau; par exemple dans notre pays, nous sommes en train de tenir compte des dépenses déjà effectuées et de celles à venir, dans les zones du nord de l'Italie, comme la Plaine du Pô, où, continuant à puiser de manière importante dans la nappe souterraine, il se produit des dommages qui pourraient être incalculables et qui en tous cas nécessitent des investissements importants pour la protection et la réalimentation des nappes.

Dans la zone du bassin de Padoue comprise entre les fleuves "Lambro", "Olona", "Seveso", une forme grave et croissante de pollution des nappes s'est manifestée dans les dernières années et a nécessité le lancement d'un plan national spécial d'intervention.

A l'heure actuelle, il est clair qu'à deux ans de l'approbation du Plan, le problème ne peut être envisagé - à moyen terme- que par le transfert des eaux superficielles ou des eaux prélevées dans différents bassins, au moyen d'un ou plusieurs grands canaux qui donnent en même temps une plus grande souplesse et des garanties de continuité dans l'approvisionnement du bassin.

Dernier point: comme nous l'avons noté, l'impact sur le milieu environnant peut être considérable, parce qu'il s'agit d'ouvrages de grandes dimensions souvent associés à de grandes digues, et qui, dans plusieurs régions du Mezzogiorno italien, ont effectivement transformé le paysage. Cet aspect est examiné avec beaucoup d'attention en prévoyant et en planifiant des investissements additionnels (de type environnement) comme par exemple le reboisement autour des réservoirs (qui peuvent devenir également le centre de petites zones protégées ).

D'autre part, l'eau transportée par ces grands ouvrages est, à l'origine, d'excellente qualité et le reste théoriquement dans les réservoirs de montagne d'où elle provient, dans certains cas.

Il est certainement possible de mettre en valeur un tel aspect, d'une part à travers une protection rigoureuse des zones montagneuses de prélèvement et des canaux, et d'autre part en agissant sur la qualité constructive des ouvrages de transport et sur le développement technologique des équipements de surveillance et de contrôle de la qualité de l'eau tout au long de son parcours.

Nous avons, en Italie, un exemple intéressant qui est la digue de "Lidracoli", dans l'Appenin d'Emilie Romagne, ainsi que l'ouvrage de transport qui en a résulté et qui alimente une vaste zone dans les deux provinces de "Forli" et Ravenne.

Une politique attentive, menée depuis la construction de la digue par l'Organisme chargé de la réalisation et de la gestion, a permis de garantir une eau potable et de qualité remarquable, destinée à l'usage domestique.

Ceci est particulièrement significatif, si l'on considère que la région de Ravenne est la seule région italienne où il a été nécessaire d'établir une loi pour bloquer l'exploitation de l'aquifère qui provoquait un affaissement de terrain.

Sur la base des expériences vécues, on a donc décidé, comme je vous l'ai dit précédemment, de promouvoir une nouvelle loi qui régisse mieux et de façon plus détaillée, le système hydrique italien en exécution de la loi n.183 de 1989. Cette disposition est justement soumise en ce moment à l'examen du Parlement.

Dans une telle loi, on règle "la gestion" du système des aqueducs en prévoyant une dimension optimale pour les activités de gestion (qui doit évidemment dépasser la dimension de chaque Commune); une vision unifiée du cycle de l'eau, y compris la dépuration et la réutilisation; la création d'un système national de détermination des prix de vente de l'eau qui tienne compte également des investissements; la distinction conceptuelle entre "gouvernement du système hydrique", à différents niveaux, et la gestion opérationnelle des installations et du service, expliquant que les opérateurs de gestion doivent avoir un tempérament d'entreprise, et qu'ils doivent émaner directement des Organismes publics ou d'opérateurs privés spécialisés.

En ce qui concerne le sujet que nous sommes en train de traiter, nous prévoyons la nécessité, et donc la réalisation au cas où il le faudrait, d'ouvrages d' interconnexions entre les différents bassins hydriques en contrôlant leur compétence, qui reviendrait à l'Etat national; le financement, par le placement des bénéfices réalisés grâce aux contributions de dérivation en raison de leur nature stratégique; et l'on émet ensuite explicitement l'hypothèse de confier leur gestion à des techniciens de type entrepreneurs,ayant une expérience adéquate et spécifique et une compétence technico-financière.

Cela ne veut pas dire, naturellement, que l'on pense à un système intégré au niveau national, comme celui, cité dans cet exposé, et qui a été réalisé dans le "Mezzogiorno" continental italien, mais on tient certainement compte de la nécessité croissante d'ouvrages qui donnent au système hydrique italien une meilleure flexibilité et un meilleur équilibre.

D'autre part, on est toujours plus attentif aux expériences de nos voisins en matière de transport des fluides, comme le méthane, étant donné que dans ce secteur l'Italie dispose d'un réseau de distribution interne parmi les plus importants ( environ 23 000 km), de grands adducteurs d'approvisionnement extérieur et de stockage, réalisés par l'ENI (Office National des Hydrocarbures) et gérés selon un modèle hautement intégré et fonctionnel qui mérite d'être mieux connu même par les spécialistes du secteur hydrique.

Sous l'impulsion de la crise du système hydrique italien, et avant même l'approbation de la proposition de loi citée plus haut,se manifeste un désir de modifier quelques-unes des lignes suivies jusque là: c'est par exemple la volonté de confier à des organismes privés la gestion des aqueducs ou des grands ouvrages de transfert de l'eau.

Je voudrais citer à ce propos la récente confiance accordée au Consortium EniAcqua pour la gestion de l'Aqueduc de la Campanie Occidentale, qui fait partie des grands ouvrages cités précédemment et réalisés au cours de ces dernières années dans le sud.

Face à une telle confiance l'entrepreneur s'est engagé à réaliser des investissements importants pour le développement de l'Aqueduc dans les prochaines années.

Pour terminer, je voudrais vous rappeler que toutes les considérations énoncées ci-dessus amènent inévitablement à envisager, dans le temps, la possibilité et parfois l'opportunité de réaliser des transferts d'eau entre les Etats.

Il y a cinquante ans, personne n'aurait pensé que l'on puisse construire un méthanoduc à travers la mer entre l'Algérie, la Tunisie et l'Italie, mais aujourd'hui ce "cordon ombilical" entre l'Afrique et l'Europe existe et il est normal d'en prévoir d'autres.

Il y a des situations en attente comme celle du bassin de l'Isonzo à cheval entre l'Italie et la Slovénie; il y a des projets en cours, comme celui d'un aqueduc sous-marin entre l'Albanie et l'Italie; il y a des projets encore hypothétiques comme celui d'un aqueduc entre la Corse et la Sardaigne.

Dans certains cas, il s'agit pour le moment d'hypothèses futures mais la logique du développement des ressources hydriques va dans cette direction, surtout dans une région comme celle de la Méditerranée, où, à côté d'une croissance constante des besoins, quelques phénomènes de mutations climatiques laissent envisager, dans de nombreuses régions, une réduction des disponibilités en eau.


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