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Les Documents de travail
Atelier RIOB

PARTICIPATION DES USAGERS A LA GESTION
ET AU FINANCEMENT DES ORGANISMES DE BASSIN

L’expérience française des Comités et des Agences de bassin

Intervention de Monsieur Philippe GUILLARD
Directeur de l’Agence de l’Eau Artois-Picardie à Douai

 

1 – RAPPELS FONDAMENTAUX SUR LA POLITIQUE DE L’EAU EN FRANCE

 

* DEUX TEXTES FONDAMENTAUX

La loi sur l’eau du 16 Décembre 1964 institue le découpage du territoire français en 6 bassins. Elle crée un Comité de bassin dans chacun d’entre eux et une Agence de l’eau. La loi vise la lutte contre la pollution des eaux et leur régénération.

Dès cette époque, la concertation et la participation sont la règle, puisque les usagers et les élus locaux sont représentés (et majoritaires) au sein du Comité de bassin et du Conseil d’Administration de l’Agence. Le Comité de bassin comprend trois collèges (élus locaux, usagers et représentants de l’Etat). Chaque collège élit parmi ses membres les administrateurs de l’Agence.

La loi sur l’eau du 3 Janvier 1992 institue le principe et les outils de gestion intégrée de l’eau par bassin versant.

La loi de 1992 traduit les directives européennes en droit français. Elle affirme la valeur patrimoniale de l’eau et vise une "gestion équilibrée de la ressource en eau".

Elle définit à cet effet de nouveaux outils ayant pour cadre les bassins versants : les SDAGE (Schémas Directeurs d’Aménagement et de Gestion des Eaux) et les SAGE (Schémas d’Aménagement et de Gestion des Eaux).

Les SDAGE sont élaborés par les Comités de bassin. Les SAGE sont élaborés au niveau des sous-bassins versants, dans le cadre d’une Commission locale de l’eau qui réunit 50 % d’élus locaux, 25 % d’usagers et 25 % de représentants de l’Etat.

* LES ACTEURS

L’Etat

Le ministère de l’Environnement anime la politique nationale de l’eau. Il assure la planification, la réglementation et la tutelle des Agences de l’eau.

Les ministères concernés (Agriculture, Equipement, Industrie, …) assurent la police de l’eau sur le terrain par l’intermédiaire des Administrations territoriales dont ils ont la charge.

 

Les Agences de l’eau

Organismes publics sous tutelle du ministère de l’Environnement, elles participent à la définition de la politique de l’eau dans le bassin en assurant notamment le secrétariat du Comité de bassin.

Leur rôle financier est primordial :

elles perçoivent des redevances auprès des usagers pour la détérioration de la qualité de l’eau, selon le principe pollueur-payeur,

elles attribuent des subventions pour la réalisation des travaux qui contribuent à l’amélioration de la qualité de l’eau et à la préservation du milieu naturel,

 elles mettent en œuvre cette politique par l’intermédiaire de programmes quinquennaux d’interventions (le 7ème programme 1997-2001 est en cours).

 

Les Collectivités locales

L’essentiel des responsabilités concernant l’eau repose sur les communes qui financent près de 60 % des investissements. La loi sur l’eau stipule que les collectivités locales sont responsables de la distribution de l’eau potable et de l’assainissement, et fait donc reposer une charge importante sur les maires ou les présidents de structures intercommunales.

 

Les autres usagers (industriels et agriculteurs)

Ils sont tenus de respecter les réglementations concernant les prélèvements d’eau et le rejet des eaux polluées au milieu naturel. Les établissements industriels et les stations d’épuration urbaines font l’objet d’arrêtés spécifiques, compatibles avec les principes et les objectifs de qualité fixés par les SDAGE.

 

Les organismes institutionnels et les milieux associatifs

La protection de l’environnement est largement prise en compte aujourd’hui par des initiatives locales, liées aux milieux associatifs ou à des institutions (Agences de l’environnement, Parcs naturels, Syndicats de riverains de cours d’eau, …) qu’il importe de soutenir et d’accompagner, dans le cadre d’un travail en partenariat.

 

2 – UNE POLITIQUE CONCUE ET MISE EN ŒUVRE PAR LES USAGERS

 Les pouvoirs conférés aux instances de bassin et notamment au Comité de

Bassin, souvent assimilé à un " Parlement de l’eau ", font des usagers les véritables acteurs de la politique de l’eau dès lors :

qu’ils participent à l’élaboration et à l’adoption des programmes quinquennaux d’intervention qui déterminent les grands choix de priorités des politiques d’intervention des Agences,

qu’ils votent l’assiette et le taux des redevances et expriment une solidarité des différents usagers de l’eau en application du principe pollueur-payeur,

 qu’au travers des SDAGE et des commissions locales de l’eau qui élaborent et gèrent les SAGE, les usagers sont les véritables acteurs d’une gestion équilibrée et intégrée de la ressource en eau, visant à concilier les intérêts de protection et les intérêts économiques.

 

Le Comité de bassin

  La composition des Comités de bassin est fonction de l’étendue géographique du bassin (70 à 120 membres).

Rappelons que les représentants de l’Etat y occupent aujourd’hui une place minoritaire (une vingtaine de membres) alors que le nombre des élus locaux dépasse en moyenne le tiers des sièges et que les usagers et les représentants des milieux socioprofessionnels constituent systématiquement le groupe le plus important.

Concernant la catégorie des usagers et les personnes compétentes, on retrouve dans tous les Comités de bassin des représentants de l’agriculture, de la pêche, des producteurs d’électricité, des distributeurs d’eau, des associations de consommateurs, des syndicats d’aménagement, des associations pour la défense de l’environnement et la protection de la nature. Les industriels sont également représentés, par secteur. On ne retrouve pas tous les secteurs dans tous les bassins : par exemple l’industrie houillère n’est représentée qu’au Comité de bassin Artois-Picardie, l’industrie d’extraction de carrières uniquement dans les Comités de bassin Rhône-Méditerrannée-Corse et Adour-Garonne.

Cette répartition par secteur industriel est elle aussi fixée par arrêté. Elle est représentative des intérêts économiques existants au sein du bassin. Les industriels comptent au total entre neuf et seize membres à chaque comité.

Chacune des autres catégories d’usagers est représentée en nombre inférieur.

Les consommateurs d’eau comme les associations d’environnement comptent trois représentants au maximum (Artois-Picardie) et représentent au mieux 8 % des représentants des usagers.

 

* Le Conseil d’Administration de l’Agence

Le nombre des membres du Conseil d’Administration est le même pour les six Agences. Initialement fixé à seize par le décret de 1966 (dont moitié pour l’Etat), il est passé à vingt cinq (plus le Président) par le décret du 15 Septembre 1986 en donnant aux collectivités territoriales et aux usagers la même représentation que l’Etat.

Les administrateurs de l’Agence sont élus par les membres du Comité de bassin, au sein de chacun des collèges qui le compose.

Des Commissions reçoivent délégation du Conseil d’administration pour examiner les projets importants. Il convient de citer notamment la Commission des aides (généralement présidée par un industriel) et la Commission du Programme (généralement présidée par un élu local).

 

* Les Commissions locales de l’eau

La loi du 3 Janvier 1992 est venue confirmer la nécessité de concertation décentralisée en reproduisant le processus de représentation au niveau des Commissions locales de l’eau. Ces commissions rassemblent les riverains et les usagers sur un sous-bassin versant dont la superficie réduite doit permettre un travail opérationnel et la résolution des problèmes au plus près du terrain.

Il est intéressant de noter que l’équilibre des collèges évolue par rapport au Comité de bassin, puisque la Commission locale de l’eau est composée d’une moitié de membres représentant des élus, d’un quart d’usagers et associations et d’un quart de représentants de l’Etat.

 

A N N E X E

 

 

 

Composition

 

 

Missions

 

COMITE

DE BASSIN

 

Sont élus pour six ans :

i des représentants des régions, des départements et

des communes du bassin, désignés respectivement par les conseils régionaux, les conseils généraux et l’Association des Maires de France,

 

i des représentants des usagers, nommés par le Préfet sur proposition des groupements d’usagers,

 

i des représentants de l’Etat,

 

i des représentants des milieux socioprofessionnels,

désignés par le ministre de l’Environnement sur proposition des conseils économiques et sociaux régionaux,

 

i des personnes compétentes agréées par le ministère de

l’Environnement sur proposition du Préfet de la région, siège de l’Agence,

Le nombre de représentants pour chacune des catégories diffère selon les agences.

 

Les Comités de bassin comprennent de 68 à 116 membres selon la superficie du bassin.

 

 

i élit les membres du conseil d’administration de l’Agence (sauf les représentants de l’Etat )

 

i donne un avis conforme sur le taux et l’assiette des redevances fixés par le conseil d’administration de l’Agence,

 

i fixe les grandes orientations d’une gestion équilibrée de la ressource en eau et les objectifs de qualité,

 

i élabore et adopte les SDAGE,

 

i donne un avis sur le périmètre des SAGE.

 

CONSEIL

D’ADMINISTRATION

 

i Un président nommé par le Premier Ministre pour trois ans,

 

i huit représentants des collectivités locales,

 

i huit représentants des usagers,

 

i huit représentants de l’Etat,

 

i un représentant du personnel de l’agence.

 

Tous les membres, le président excepté, sont nommés ou élus pour six ans.

Les représentants des collectivités, des usagers et de l’Etat sont choisis par leurs représentants respectifs au Comité de bassin et en leur sein.

 

i règle par des délibérations les affaires de l’agence (notamment le budget et le compte financier)

 

i délibère sur les programmes pluriannuels d’intervention (Commission programme),

 

i délibère sur le taux et l’assiette des redevances,

 

i délibère sur les conditions générales d’attribution des aides,

 

i délibère sur l’attribution des aides (commission des aides).

 

 

 

COMMISSION LOCALE

DE L’EAU

 

 

 

 

 

 

i une moitié de représentants des collectivités territoriales et établissements publics locaux, qui élisent le Président,

 

i un quart de représentants des usagers, riverains, organisations professionnelles et associations,

 

i un quart de représentants de l’Etat et de ses établissements publics.

 

Les membres sont désignés ou élus pour six ans.

 

La composition minimum est de 20 membres (40 à 50 semblent un optimum).

 

i la CLE élabore le SAGE et donc :

 

i définit les actions visant à atteindre les objectifs de qualité dans un délai donné,

 

i répartit l’eau entre les différentes catégories d’usagers,

 

i identifie et protège les milieux aquatiques sensibles,

 

i définit des actions de développement et de protection des ressources en eau et de lutte contre les inondations.

 

 

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