|
Les Documents de travail Atelier 3 |
LES
BANQUES COMMERCIALES ET LE FINANCEMENT DE L'EAU
OPPORTUNITES ET CONTRAINTES
Intervention de
Monsieur VAN TETS
Membre du Board ABN AMRO Bank
Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les Délégués,
Au nom des 70 000 collaborateurs dABN-AMRO Bank, permettez-moi de vous remercier du grand honneur qui mest fait de participer aux travaux de votre conférence sur « leau et le développement durable ».
Au cours de ces journées, de nombreux conférenciers ont attiré lattention de votre assemblée sur les enjeux que représentent, pour notre planète et ses habitants, une gestion globale et raisonnée des ressources en eau et les besoins importants en infrastructures que cela représente pour lavenir.
Je ne reviendrai donc pas sur ce constat, si ce nest pour rappeler quelques chiffres clés :
Selon la Banque Mondiale, plus dun milliard de personnes souffre dun manque deau potable, 2 milliards dun système dassainissement défaillant dont les conséquences sur lenvironnement sont préoccupantes.
La Banque Mondiale estime les investissements à réaliser, dans leau potable et lassainissement, y compris les travaux de canalisation, pour les 10 prochaines années, à 700 milliards de dollars US dont 90% dans les pays émergents et les plus pauvres.
Traditionnellement gérés par le secteur public, les métiers de leau à la recherche de productivité et de nouvelles sources de financement souvrent désormais au secteur privé. Pour la seule année 1997, les services dABN-AMRO BANK ont évalué la part des financements privés dans le secteur de leau à plus de 10 milliards de dollars US dans des pays aussi divers que : Les Philippines, le Brésil, la Chine, le Chili, le Maroc, ...
Tous les ans, 10 à 15 grandes villes dans le monde étudient le recours à des opérateurs privés pour la distribution deau et lassainissement. Les investissements liés à ces projets se situent, par projet, autour de 200 millions de dollars.
Cette tendance devrait se maintenir car elle répond à un souci mondial daugmentation des conditions dhygiène et à une demande des populations à disposer chez eux dune eau de qualité.
Sur le plan financier, ces nouveaux besoins sexpriment alors que les Aides Publiques au Développement diminuent, que les pays confrontés à ces demandes ont des capacités dinvestissement dans les infrastructures limitées, enfin que leau est en concurrence avec dautres grands projets déquipements tout aussi indispensables comme par exemple les transports ou lénergie.
Par notre vocation mondiale -nous sommes présents dans plus de 70 pays- et nos relations de travail avec les industriels du secteur de leau, notre banque est bien entendu soucieuse de trouver des solutions nouvelles et originales au financement des projets dans le secteur de leau.
Si les besoins financiers sont considérables, les difficultés sont aussi nombreuses. Jaimerais, au regard de nos expériences, vous les communiquer afin que, lors de la synthèse des travaux de cette conférence, la Communauté Internationale puisse en tenir compte et mettre à létude des outils pour y faire face.
Parmi les principales difficultés, jen évoquerai quelques unes qui mapparaissent importantes :
Les projets dans le secteur de leau sont très capitalistiques. Face à des investissements élevés, les banques doivent proposer des financements sur de longues périodes, tout en restant exposées à lextrême sensibilité des gouvernements ou des autorités municipales aux tarifs de leau. De plus, au poids de la dette viennent sajouter des coûts dexploitation nouveaux alors que les populations ne sont pas toujours habituées à payer le vrai prix de leau. Des subventions publiques sont donc souvent nécessaires pour obtenir un prix de leau soutenable pour les populations, ce qui est un critère essentiel de léconomie dun projet dans ce secteur.
Les pays dans lesquels les besoins en infrastructures dans le secteur de leau sont les plus urgents sont les pays émergents dont les économies ne sont pas encore stabilisées et les investissements sur de longues périodes exposés à des risques politiques et financiers multiples : crises financières, dévaluation, inflation, changement de réglementation, expropriation, etc.
Aux risques pays sajoutent labsence de marchés financiers locaux à long terme pour faire face à ce type dinvestissements. En conséquence, il est aujourdhui pratiquement impossible aux banques de proposer, dans ces pays où les besoins sont les plus urgents, des financements en monnaie locale à taux fixes sur des périodes longues, ce qui est indispensable pour stabiliser le prix de leau.
Enfin très souvent, les autorités en charge de la distribution de leau ou de lassainissement sont des villes ou des collectivités locales dont les investissements dans ce secteur nobtiennent pas toujours des garanties gouvernementales susceptibles de limiter les risques politiques et de permettre lintervention dinstitutions financières internationales. De plus, lendettement à long terme de ces collectivités locales est peu maîtrisable et mal contrôlé.
Lensemble de ces difficultés, surtout lorsquelles se cumulent, limitent lintervention des banques commerciales et des investisseurs internationaux. Toutefois, il ne faudrait pas, pour lavenir de notre environnement planétaire, que faute doutils financiers adaptés, la communauté bancaire internationale ne puisse sintéresser quaux projets développés dans les pays les plus riches et les plus sûrs.
Aussi, et puisque cest le rôle de votre conférence de réfléchir et de proposer des orientations nouvelles, il serait souhaitable de rassurer les banques prêtes à sinvestir dans ce secteur tant sur des aspects financiers que juridiques.
Sur le plan financier, deux points majeurs méritent attention :
Pour être finançables, les projets doivent être économiquement soutenables, cest à dire que le prix de leau doit être acceptable pour les consommateurs. De nombreux projets, y compris dans un contexte de privatisation, ne seront pas viables sans une part substantielle de subventions publiques.
Les financements des équipements du secteur de leau, se montent en devises alors que le paiement du service par les consommateurs seffectue en devise locale. Ces financements sont donc très exposés aux risques de taux de change, de convertibilité et de transferts. Pour limiter ces risques, il conviendrait de favoriser lémergence doutils financiers régionaux permettant de rendre disponible des financements à long terme en monnaies locales. Cest ici une question complexe, mais compte-tenu des problèmes de santé et denvironnement mondiaux posés par ce secteur, la communauté financière devrait considérer la mise en place de ces outils comme prioritaire.
Sur le plan juridique, les banquiers sont soucieux dune stabilité des règles du jeu, tant en terme de réglementation quen terme de respect des engagements contractuels entre les villes et leurs opérateurs privés. Ce respect des règles du jeu devrait faire lobjet daccords gouvernementaux permettant lintervention des institutions financières internationales et lapplication de programmes de garanties adaptées au secteur de leau. Cette stabilité juridique du cadre contractuel pourrait se résoudre dans un programme de garantie mutualisant les risques de nombreux projets dans plusieurs pays.
Monsieur le Président de la République, Mesdames et Messieurs les Ministres, sachez que la banque ABN-AMRO, -et ma présence en témoigne-, a la volonté dêtre un partenaire efficace et engagé du financement des infrastructures du secteur de leau.
Dans toutes les régions du monde où notre banque est présente, nous souhaitons pouvoir contribuer à apporter des solutions très concrètes aux problèmes rencontrés par ce secteur.
ABN-AMRO BANK sera donc très heureuse de participer à vos réflexions et dêtre un acteur des outils nouveaux qui pourraient être créés à la suite des travaux de votre conférence.
Je vous remercie pour votre
attention.