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Les Documents de travail Atelier 3 |
IRRIGATION ET HYDRAULIQUE PASTORALE
Caisse
Française de Développement
http://www.cfd.fr
Dans les pays de la zone d'intervention de la Caisse Française de Développement, l'agriculture et l'élevage représentent une part importante du PIB et font vivre, directement ou indirectement, une majorité de la population. Le développement de ces secteurs vise à accroître les ressources alimentaires globales - dont une partie de plus en plus importante est destinée au marché urbain -, à améliorer les revenus des populations rurales, mais aussi à freiner l'exode vers les grandes villes, en préservant ou en créant des activités dans les campagnes.
Tant pour l'élevage que l'agriculture, l'eau est un facteur de production primordial mais, dans nombre de pays où intervient la CFD, ce n'est pas une ressource abondante et les différents utilisateurs sont vite en concurrence : ainsi l'aménagement en culture irriguée pose souvent des problèmes d'arbitrage entre plusieurs utilisations possibles de l'eau ; les conflits traditionnels entre paysans et éleveurs autour des points d'eau sont une autre illustration de ces difficultés. Cela implique le plus souvent la recherche de l'optimisation des consommations et la réduction des gaspillages. Une gestion rationnelle des ressources en eau, qui permette la satisfaction pérenne des besoins, est le principe directeur des interventions de la CFD dans ce domaine.
Les interventions de la CFD dans ces secteurs
Sur les dix dernières années, les engagements de la CFD se sont élevés à près de 3 MILLIARDS DE FRANCS EN AIDE-PROJET dans le secteur de l'irrigation et de l'hydraulique pastorale. Ce montant correspond à environ 58 concours dans 22 pays, principalement en faveur de l'irrigation. L'hydraulique pastorale représente, quant à elle, 7,5 % de ce total et ne concerne que trois pays.
Lhydraulique pastorale
Pour les populations rurales des régions sahéliennes et soudano-sahéliennes, l'élevage est une activité de toute première importance, qui repose sur la double disponibilité en pâturages et en eau, ces deux "intrants" étant d'ailleurs nécessairement liés. La sécurisation en toutes saisons de l'abreuvement du bétail est donc un axe central de la stratégie des éleveurs.
De ce point de vue, les programmes d'hydraulique pastorale répondent à une demande forte de ces popu-lations. Ils visent généralement un triple objectif :
abreuvement du bétail,
ouverture de nouvelles zones de pâturage, ce qui permet de mieux exploiter, et donc de façon durable, la ressource herbacée,
point d'ancrage d'actions complémentaires, comme la santé animale, la gestion des conflits entre agriculteurs et éleveurs ou l'appui à la commercialisation des produits de l'élevage.
Les principes qui guident le montage et la mise en oeuvre de ces programmes, ne sont pas fondamentalement différents de ceux qui ont été retenus pour l'hydraulique villageoise :
animation préalable des communautés d'éleveurs pour mesurer leur motivation et sélectionner l'emplacement du point d'eau,
participation à la réalisation des ouvrages,
appropriation de la gestion et de l'entretien des pâturages et des points d'eau par les bénéficiaires.
L'installation ou la remise en état de points d'eau pour le bétail, puits, mares, retenues, bénéficie aux éleveurs sédentaires en assurant l'approvisionnement en eau durant toute l'année, en particulier, pendant la saison sèche, ainsi qu'aux éleveurs transhumants en garantissant un certain niveau de sécurité dans l'approvisionnement en eau des pistes de circulation du bétail.
C'est ainsi que la CFD a financé plusieurs projets d'hydraulique pastorale au Tchad, au Cameroun et au Mali. Ces projets comportent à la fois des investissements physiques (ouvrages neufs ou à réhabiliter) et des actions d'accompagnement pour une gestion durable des ressources naturelles, eau et pâturages.
Lirrigation
Dans la plupart des pays de la zone d'intervention de la CFD, en raison du climat et des données hydro-géologiques, l'agriculture intensive ne se conçoit pas sans irrigation. Différentes cultures comme la banane, la canne à sucre, les agrumes, certaines céréales (riz), le maraîchage, demandent un apport important en eau et donc, fréquemment, la mise en place d'un système d'irrigation permanent ou d'appoint.
On estime que, dans le monde, l'agriculture est responsable des deux tiers des prélèvements dans les rivières et les aquifères et que l'efficience de l'eau employée aujourd'hui en irrigation est très médiocre. Dans le contexte actuel de rareté de la ressource en eau, un des objectifs essentiels est donc d'encourager les agriculteurs à rationaliser l'utilisation de l'eau, à valoriser celle dont ils disposent, ceci devant permettre de dégager des quantités excédentaires pour d'autres secteurs d'activités.
La CFD intervient aussi bien dans des projets d'aménagements complexes à grande échelle que sur des petits périmètres irrigués de conception technique plus simple.
Les objectifs poursuivis sont alors différents car ils dépendent de considérations tant sociales, climatiques, qu'économiques :
dans le premier cas, des équipements lourds visent des rendements élevés sur de vastes surfaces, en généralisant des techniques nouvelles et des productions à haute valeur ajoutée ;
dans le deuxième cas, l'ambition est de sécuriser, dans des régions de fort peuplement, des productions paysannes rendues aléatoires par des conditions climatiques irrégulières ou un contrôle difficile des eaux mobilisables.
La CFD sélectionne les projets d'irrigation selon plusieurs critères : rentabilité économique, motivation des bénéficiaires et qualité du service de l'eau rendu aux agriculteurs. Il s'agit d'assurer la distribution équitable de la ressource en fonction des besoins des cultures, tout en répondant aux contraintes de la maintenance, garante de la pérennité des aménagements.
Les concours de la CFD ont eu comme points d'application :
LA CRÉATION OU LA REMISE EN ÉTAT DE PÉRIMÈTRES IRRIGUÉS pour consolider des investissements antérieurs ou étendre les réseaux : travaux de génie civil pour la construction de barrages, digues ou canaux, réseaux secondaires de répartition et de drainage,
ET LES ACTIONS D'ACCOMPAGNEMENT indispensables : appui aux systèmes de gestion de l'eau, structuration des organisations d'agriculteurs, développement agricole et introduction de nouvelles tech-niques plus économes en eau.
Gestion participative - Tarification et économie de l'eau
| La
gestion à caractère administratif des principaux
périmètres d'irrigation, longtemps confiée par les
Etats à des structures publiques, s'est le plus souvent
soldée par des échecs. L'insuffisante implication des
usagers et la faiblesse corrélative des ressources
dégagées pour l'entretien se sont traduites par la
dégradation progressive des équipements, qu'il a fallu
remettre en état à plusieurs reprises. La politique de désengagement de l'Etat des fonctions de gestion des périmètres irrigués a conduit à la responsabilisation et à la professionnalisation progressive des usagers des réseaux groupés en associations. Aujourd'hui il est admis, en règle générale, que ces associations prennent en charge les coûts d'exploitation et d'entretien des réseaux, hormis les grandes infrastructures de stockage et de distribution pri-maire. Le paiement de l'eau à son prix de revient est aussi l'un des mo y e ns de parvenir à l'utilisation mesurée et progressive d'une ressource rare et d'éviter les gaspillages. Les systèmes de redevance adaptés qui accompagnent les projets de réhabilitation ou les créations de périmètres, s'efforcent de mettre en application ces principes dans le cadre des réglementations auxquelles sont soumises les associations d'usagers qui assurent la collecte et la gestion comptable des redevances. |
STATUT
FONCIER La sécurisation foncière des exploitants est une question importante car elle est souvent la condition de la pérennité des investissements et de l'efficacité de leur exploitation. Les usagers sont plus enclins à participer au financement des aménagements quand ils détiennent un droit définitif d'exploitation du solution, autrement dit, un droit de propriété ou, à tout le moins un droit d'usage cessible, comme c'est le cas au Maroc. Quand les terres aménagées par l'Etat appartiennent au domaine national et que les exploitants n'ont qu'un droit d'usage précaire, il est plus difficile de les responsabiliser. La délivrance aux agriculteurs, qui ont montré après quelques années d'installation provisoire leur motivation pour la valorisation des terres qui leur sont attribuées, d'un titre foncier permanent, transmissible aux ayant-droits et éventuellement cessible, apparaît souhaitable. C'est cette perspective qui caractérise les politiques menées par différents Etats en Afrique de l'Ouest. La CFD favorise donc la mise en place des législations et des techniques de suivi et de gestion foncière correspondantes, comme par exemple en Mauritanie. |
L'adoption des techniques d'irrigation économes en eau, comme le "goutte à goutte" ou l'irrigation localisée, se développent lorsque le revenu agricole le permet. Les cultures fruitières, le maraîchage utilisent ces équipements sur la plupart des périmètres du Maghreb, notamment là où la ressource est rare.
La CFD s'efforce de privilégier les projets qui favorisent l'organisation décentralisée de l'exploitation et de l'entretien des périmètres, confiant aux usagers la responsabilité de la distribution d'eau, l'entretien des réseaux et le recouvrement des charges correspondantes. Cette politique, nécessitant un cadre juri-dique adapté, présente le plus souvent un caractère contractuel entre l'Etat et les associations d'usagers qui auront besoin, pendant les premières années, d'un appui technique adapté.
Ainsi, la CFD a financé de petits périmètres irrigués dont la gestion est entièrement décentralisée comme, par exemple, les périmètres de Butare au Rwanda, des Hauts-Plateaux à Madagascar ou de l'Arcahaie en Haïti. Elle a également contribué à la mise en place de telles organisations d'usagers sur des périmètres de moyenne hydraulique comme dans les vallées du Sud-Est de l'Alaotra à Madagascar ou dans le Moyen Sebou au Maroc.
Implication des usagers dans la définition et le financement des aménagements
Afin d'impliquer les bénéficiaires et pour que ceux-ci s'approprient les aménagements, les projets sont précédés d'une démarche participative et itérative destinée à identifier les besoins des paysans et à les convaincre de l'intérêt de l'investissement. La motivation des usagers est matérialisée, dès l'origine, par une contribution financière aux investissements, qui peut varier de 5 % du montant total pour les gros travaux d'aménagements à 20 % pour les petits travaux. Dans certains pays, où l'irrigation est déjà développée et reconnue, l'Etat parvient à réduire sa participation dans le financement de l'investissement : ainsi les usagers du périmètre d'El Guerdane au Maroc prennent en charge 60 % du coût du projet.
Commercialisation des produits
Une politique favorable à la commercialisation des produits doit accompagner le développement de cul -tures irriguées et les augmentations de production qui en découlent. C'est la raison pour laquelle la CFD soutient les réformes qui contribuent à la libéralisation des filières et à la privatisation des unités de transformation et de conditionnement. La disparition totale des protections douanières et l'ouverture sur les marchés internationaux ne sauraient toutefois être que progressives. Elles impliquent que la compé-titivité des productions nationales -en voie d'amélioration- puisse être assurée sur le long terme.
L'OFFICE DU NIGER AU MALI
CONTEXTE
L'Office du Niger, situé au Mali, créé en 1932, avait pour vocation l'aménagement et la mise en valeur du delta intérieur du fleuve Niger. Un vaste réseau d'irrigation a été réalisé et mis en exploitation pendant la période coloniale.
L'Office du Niger constitue aujourd'hui un support essentiel de la stratégie alimentaire de l'Etat malien. Les terres sont allouées aux paysans par l'Etat. En échange d'une redevance payée par les associations paysannes, l'Office fournit le service d'irrigation.
Au début des années 80, faute d'une politique favorable à la riziculture nationale, la situation était devenue catastrophique :
les aménagements hydro-agricoles s'étaient fortement dégradés et ne permettaient plus d'assurer un ser-vice de l'eau minimum aux agriculteurs,
les paysans étaient démotivés à cause de la médiocrité des résultats, des difficultés de la transformation et de la commercialisation.
De plus, l'absence d'entretien des endiguements pendant des années avait entraîné des risques de rupture et donc d'inondation des zones habitées ou cultivées, avec l'interruption de l'alimentation hydraulique des rizières.
FINANCEMENT
Les premiers programmes de réhabilitation ont été alors lancés (programmes RETAIL I et II financés par la CFD pour un montant total de 135 millions de francs et programme ARPON financé par les Pays-Bas). Ils ont permis :
UNE RÉNOVATION DES RÉSEAUX,
UNE AMÉLIORATION SENSIBLE DES RENDEMENTS qui sont passés de 2 à près de 5 tonnes de paddy par hectare en moyenne grâce à l'introduction de nouvelles variétés, des techniques de repiquage et de fertilisation,
L'ÉVOLUTION VERS UNE GESTION PARITAIRE DÉCENTRALISÉE des périmètres par l'Office du Niger et les Associations Villageoises.
Néanmoins, l'Office du Niger demeurait lourdement déficitaire. Il avait encore, jusqu'en 1985, l'exclusivité de la collecte du paddy et connaissait des difficultés de commercialisation. A la fin de 1992, à la suite d'une concertation avec les principaux bailleurs de fonds parmi lesquels la CFD, l'Office du Niger a donc été restruc-turé et recentré sur ses missions fondamentales de gestion de l'eau et d'entretien lourd. L'Etat s'est égale-ment désengagé des activités en aval de la filière. Le commerce et les prix intérieurs du riz ont été libérali-sés. L'Office du Niger a retrouvé les conditions de son équilibre d'exploitation en relevant le niveau des rede-vances permettant l'entretien des aménagements.
CONTENU DU PROJET
La dernière subvention de 100 MF accordée par la CFD fin 1995 pour la rénovation du périmètre irrigué de Molodo comprend trois composantes distinctes :
&127 DES TRAVAUX DE PREMIÈRE URGENCE VISANT À RÉHABILITER L'ADDUCTEUR PRIMAIRE DU FALA DE MOLODO. Ces travaux répondent, d'abord, à un objectif de sécurité des populations menacées en contrebas de l'endiguement, ensuite, à la volonté de préserver le patrimoine représenté par l'ouvrage et les 40 000 hectares aménagés qu'il dessert ;
&127 LA RÉHABILITATION PAR TRANCHES SUCCESSIVES DES 8 200 HECTARES DU SECTEUR DU MOLODO, qui n'avait connu aucun investissement nouveau depuis sa création dans les années 40 ;
&127 DES
ACTIONS D'ACCOMPAGNEMENT, comprenant la construction
d'équipements collectifs (ouvrages de franchisse-ment,
abreuvoirs, lavoirs mais aussi forages et latrines), la mise en
place de structures d'appui à la mise en valeur du périmètre
réhabilité, l'établissement d'un schéma directeur de drainage
et la mise en place d'un Fonds d'Appui et de Suivi de la filière
rizicole.
L'enjeu de ces différents programmes est d'assurer une croissance forte de la filière riz au Mali permettant de répondre non seulement à la croissance prévisible de la demande nationale mais aussi au marché des pays voisins.
REMISE EN ÉTAT DES PÉRIMÈTRES DE LA PLAINE DE L'ARCAHAIE (HAÏTI)
CONTEXTE
Commencé en 1989,
ce projet vise à la remise en état d'un ensemble de
périmètres irrigués sur une surface
totale de 6 500 ha da ns la plaine de l'Arc a h a ie. Cette
plaine est traversée par qua t re rivières qui ont donné
leur nom à quatre périmètres irrigués : Bretelle (500 ha) ;
Torcelle (1 500 ha) ; Courjolle (2 500 ha) ;
Matheux (2 000 ha). La culture principale est la banane plantain
.
Ce projet de
réhabilitation va accroître les disponibilités en eau grâce
à la rénovation des ouvrages régulateurs
et des canaux et il en assurera une meilleure distribution pour
optimiser l'irrigation, au niveau de la parcelle,
par la mise en place d'une structure autonome de gestion.
Il bénéficie à
une population de 100 000 habitants environ (70 000 en zone
irriguée et 30 000 sur les bassins
versants).
Outre d'importants
travaux de génie civil (construction et réhabilitation de 3
barrages et d'un réseau de
canaux d'irrigation en ciment), le projet, dans une approche
intégrée, prend en charge d'importantes actions
d'accompagnement :
&127 appui à la gestion de l'eau,
&127 intensification des cultures,
&127 aménagements des bassins versants des différentes rivières alimentant les périmètres.
FINANCEMENT
Le coût total du
projet se monte à 144 MFF dont 112 MFF apportés par la Caisse
Française de Développement
(en deux financements de 52 et 60 MFF successivement accordés en
1988 et 1990).
CONTENU DU PROJET
La suspension de
l'aide internationale, intervenue fin 1991, alors que les
aménagements n'étaient réalisés
qu'à moitié et que les actions d'appui à l'organisation des
usagers de l'eau étaient à peine amorcées, n'a pas
eu sur le projet les conséquences dramatiques qu'on aurait pu
attendre, démontrant en cela la bonne appropriation
des investissements par la population et la forte motivation de
l'équipe de direction. Les ouvrages,
bien que non terminés, ont été entretenus correctement et
contribuent déjà sensiblement à l'efficacité de l'ir-rigation
dans la plaine.
Des comités
d'usagers ont été constitués au niveau des quartiers
d'irrigation : 45 ha environ constituent un
maillage de base de l'organisation de chaque périmètre. Ces
comités sont fédérés sur deux étages successifs
au niveau des deux rives du canal principal et de la plaine toute
entière. Une structure technique d'exploitation,
financée au moyen des redevances collectées par les usagers,
doit assurer l'entretien des canaux et la
gestion de la distribution de l'eau.
Le renforcement
des comités d'usagers de l'eau est prioritaire. Pour cela, une
mission d'appui à l'animation et
à la gestion de l'eau devrait permettre de les sécuriser et
d'assurer leur formation en matière technique et
organisationnelle.