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Les Documents de travail Atelier 3 |
ENJEUX ET MARGES DE PROGRES POUR L'AGRICULTURE IRRIGUEE
Thierry
Rieu
Chef de la division irrigation de
Montpellier
CEMAGREF
361 rue JF Breton, BP 5095
34033 Montpellier Cedex 1
Tél. : (33) 4 67 04 63 00 - Fax : (33) 4 67 63 57 95
Dans un contexte général de concurrence de plus en plus vive sur les différents usages de leau, lirrigation, technique aujourdhui indispensable à la sécurité alimentaire de nombreux pays, est un secteur extrêmement consommateur. Néanmoins, dans la perspective actuelle de raréfaction de leau douce disponible, cette contribution de lirrigation à la sécurité alimentaire ne doit pas faire oublier que cest dans ce domaine que les économies deau les plus considérables seront réalisées dans les années à venir.
Il est également probable que cest sur ce terrain que certaines tensions (nationales et/ou internationales) liées à lusage de leau pourront être atténuées. Ainsi, la bataille de leau, notamment dans lensemble du pourtour méditerranéen, ne se gagnera pas sans un effort important déconomie deau en agriculture.
Enfin, limpact négatif sur lenvironnement dune irrigation mal maîtrisée nest plus acceptable par les institutions nationales (gouvernements) et internationales. En effet, certaines pratiques compromettent à plus ou moins court terme la durabilité des systèmes de productions tout en détériorant, parfois de façon irréversible, le milieu naturel.
Sur ces thèmes, de part son expérience en France (Cf. note Enjeux et marges de progrès pour lagriculture irriguée) et à létranger (Cf. note actions internationales du Cemagref dans le domaine de lirrigation) notamment dans le bassin méditerranéen, le Cemagref a développé des compétences particulières qui permettent à létablissement :
Pour ces différents thèmes, le Cemagref peut mobiliser, aussi bien en interne quà travers ses différents réseaux nationaux (IME, AFEID, CIO Eau) et partenariats internationaux (CME, GWP, IIMI), plusieurs intervenants susceptibles de participer à des groupes de travail et/ou ateliers pour la préparation du volet eau agricole du prochain sommet mondial de leau.
1-Les enjeux de lagriculture irriguée
Contribution de lagriculture irriguée à la sécurité alimentaire
En 1990, on compte 235 millions dhectares irrigués (16 % des terres agricoles) et 150 millions dhectares drainés. Lagriculture irriguée pourvoie à la moitié des bases alimentaires mondiales (Sommet mondial de lalimentation, Rome, novembre 1996).
La première fonction de lirrigation est ainsi de remédier aux aléas climatiques et de garantir la sécurité alimentaire. En France, elle est aussi vécue par les agriculteurs comme une réponse à un contexte économique difficile et changeant du fait de lévolution des marchés et des réglementations communautaires et internationales
Perspectives de raréfaction de leau douce disponible
Lexploitation des ressources en eau est lun des enjeux majeurs du 21ème siècle. La raréfaction des ressources mobilisables à faible coût et leur dégradation croissante aiguisent les tensions entre les différents usages de leau, aujourdhui plus nombreux.. A léchelon régional, là où les ressources sont dores et déjà surexploitées, leau pourrait être au centre dimportants conflits dans les années à venir.
Ces déséquilibres entre ressources en eau limitées et demandes croissantes sont moins bien supportés socialement et représentent une perte importante pour la collectivité. Les réponses apportées ont souvent consisté à mobiliser de nouvelles ressources. Mais aujourdhui, il devient indispensable demprunter des voies visant à maîtriser la demande en eau.
Changements institutionnels
Un effort financier considérable a permis de mettre en valeur 135 millions dhectares irrigués de plus quen 1950, fondé sur de vastes projets daménagement hydro-agricoles, le plus souvent gérés par des offices publics dirrigation.
Ce modèle de développement est aujourdhui mis en cause. Le désengagement de lEtat et le renouvellement du cadre juridique de gestion de leau prônent une plus grande participation des usagers et une plus grande flexibilité de son utilisation par la décentralisation de sa gestion.
Face à des tentations de libéralisation trop rapides, le modèle français de gestion de leau en agriculture - notamment lexpérience accumulée par les sociétés daménagement régional et les ASA dirrigation - constitue une référence solide.
Les impacts de lirrigation sur lenvironnement
Insuffisamment pris en compte dans la conception et la gestion des projets, ils sont nombreux :
- Lorsque la ressource en eau devient rare, le recours à des eaux marginales, couplé à un mauvais drainage affecte les sols des périmètres irrigués, puis le rendement des cultures et les milieux aquatiques ;
- Les débits détiage des cours deau sont affectés par les prélèvements, qui induisent des problèmes de qualité et menacent les hydrosystèmes ;
- Lutilisation de ressources non renouvelables posent la question de leur durabilité ;
- Les pratiques agricoles sont sources de pollutions, diffuses ou non.
Crises de renouvellement des systèmes irrigués
Faiblesse des productivités, eau plus rare, évolution parfois radicale de lenvironnement des périmètres irrigués et problèmes économiques et sociaux ont été sous-estimés dans la gestion actuelle de leau. Ils saccompagnent de grandes difficultés de maintien des infrastructures créées. La dégradation des ouvrages, des terres et des eaux, impliquent une réhabilitation coûteuse : sous quelles conditions lagriculture irriguée est-elle durable ?
2- Les marges de progrès
2.1- Economiser leau
Des économies deau sont identifiées et à généraliser à lensemble des bassins versants
Les expériences vécues au cours des sécheresses et les pratiques actuelles des agriculteurs, en Charente par exemple, montrent que des économies deau significatives sont possibles. Elles dépendent autant de la modernisation des ouvrages damenée et des réseaux de distribution, dune meilleure gestion de leau dans les exploitations agricoles que de la mise en uvre dinstruments économiques incitatifs.
Les économies par la modernisation des transports deau
Une meilleure gestion des transports deau permet des économies importantes estimées de 20 à 30% des volumes considérés. Un effort de recherche-développement devrait permettre de généraliser les savoir-faire existant (gestion du canal de la Neste et des rivières de Gascogne), et de développer des méthodes de gestion en temps réel utilisant les techniques modernes de la régulation et de lautomatique
Les économies deau dans les exploitations agricoles
Des économies sont possibles dans les exploitations agricoles (10 à 30 % déconomie observée lors des sécheresses dans des bassins versants où les ressources en eau sont contraignantes). Le maintien et la généralisation de ces comportements supposent une technicité accrue des irriguants et des actions de recherche et de développement. Ils doivent être confortés par la mise en oeuvre dinstruments économiques incitant à éviter les gaspillages
Leffort de recherche dans ce domaine concerne essentiellement :
2.2-Les moyens de gestion et de planification
En France, la loi sur leau de 1992 et lorganisation de la gestion de leau autour des SDAGE et des SAGE définissent les objectifs, les priorités et les moyens nécessaires à léchelle des bassins versants. Dans ce cadre, les Commissions Locales de lEau sont un lieu de concertation entre les différents usagers. lLunicité de la ressource est affirmée et les dispositifs de comptage des consommations deviennent obligatoires et se généralisent.
Ce dernier point est aussi important pour la mise oeuvre dinstruments économiques incitant à léconomie deau et facilitant la négociation entre les acteurs. Ceux-ci, dont la tarification de leau agricole, reflètent les choix de la collectivité vis à vis de la gestion de la ressource en eau et ne peuvent être conçus isolément des autres usages présents dans le bassin versant.
2.3-Durabilité des ressources en eau et des aménagements hydro-agricoles :
Problèmes environnementaux
Dans un contexte daccroissement des aléas et des perturbations climatiques, et daugmentation de la pression démographique, léquilibre entre offre et demande de produits agricoles sera plus difficile à satisfaire chaque année. Les systèmes dirrigation sils sont bien pensés et bien gérés, sont un élément de réponse à ce besoin de régulation, et à une meilleure valorisation des ressources, tout en respectant mieux la nature.
Systèmes gouvernables, ils permettent une régularisation de la production (par une dépendance moindre vis à vis des aléas climatiques), une adaptation rapide (en quelques années) à une évolution de la demande, le maintien dun tissu rural plus dense, grâce à une meilleure valorisation des ressources, ce qui permet de répondre à dautres nécessités que la seule production agricole.
Il est néanmoins nécessaire de tirer les enseignements dexpériences malheureuses du passé, sur des échelles plus ou moins grandes, concernant par exemple, la salinisation des sols (Mésopotamie), ou lassèchement de cours deau en période détiage. Les connaissances techniques, et surtout une utilisation plus raisonnée de leau, nous permettent de comprendre ces échecs et de les éviter. Mais surtout, les progrès en économie de la gestion des ressources (théorie des contrats, gestion des risques) autorisent maintenant, si lon sen donne les moyens, une conception et une gestion des systèmes irrigués conduisant à une meilleure valorisation de leau, sous contrainte, cest à dire sous condition de respect de milieux aquatiques et de la nature des sols, nécessaires à la viabilité à long terme des aménagements mis en place.
Problèmes économiques
Toutefois, jusqu'à un passé récent, certains périmètres irrigués ont conduit à une valorisation éphémère de la ressource en eau, avec toutes les conséquences économiques, sociales et environnementales qui en découlent. Ainsi on observe presque partout dans le monde des phases successives de création de dun système irrigué, de gestion à court ou moyen terme omettant à la fois la prise en compte de la maintenance et de la dégradation des aménagements, des terres et des eaux, impliquant par la suite une réhabilitation coûteuse des réseaux.
Désormais, et notamment dans le contexte national, on sattache à trouver des solutions impliquant au mieux les acteurs impliqués dans la conception, le financement et la gestion de ces aménagements.
Pour les systèmes actuellement opérationnels, mais peu efficaces, ou non durables, une phase transitoire est plus délicate à trouver, car les solutions les plus rationnelles ne sont pas nécessairement acceptables socialement ou financièrement par les agriculteurs.
Actions internationales du Cemagref dans le domaine de lirrigation
Le Cemagref sattache à inscrire ses travaux de recherche en agriculture irriguée en choisissant des cas dapplications à la fois en France et à létranger.
Pour ces actions de coopération internationale, une forte priorité est donnée au pourtour méditerranéen avec, depuis plusieurs années, des actions de transfert ou des projets de recherche conjoints au Maroc, en Tunisie, en Turquie. Ces actions sont menées en étroite concertation avec plusieurs ministères français : agriculture, affaires étrangères. Actuellement, de nouvelles actions sont en émergence en Egypte et en Jordanie.
Le Cemagref intervient également au Sri Lanka et au Pakistan où deux chercheurs sont actuellement mis à disposition de lIIMI par le Ministère de lagriculture dans le cadre dune convention de collaboration focalisée sur le thème de la gestion de lirrigation.
Une deuxième priorité est daccroître la participation du Cemagref à la recherche européenne. En particulier, linstitut simplique fortement dans la préparation du 5ième PCRD, à travers différents réseaux européens - dont EURAQUA - ou via les instances nationales.
Dans le domaine de lagriculture irriguée, les thèmes défendus sont :
En outre, le Cemagref est présent dans plusieurs réseaux internationaux. Il est membre de la CIID, du CME et entretient des contacts étroits avec le GWP. Toutes ces instances placent lagriculture irriguée comme enjeu prioritaire vis à vis de léconomie deau et dune meilleure gestion des ressources.
Au plan institutionnel français, le Cemagref assure la présidence du CIO Eau qui a pour objectif de coordonner loffre française de recherche sur leau en agriculture pour le développement. Dans ce cadre le Cemagref, lOrstom et le Cirad préparent activement un programme de recherche conjoint et pluridisciplinaire " Systèmes irrigués durables " confronté aux diverses situations techniques, économiques, sociales et institutionnelles de part le monde.