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Les Documents de travail
Atelier 2

STRATÉGIES POUR L’APPROVISIONNEMENT EN EAU ET L’ASSAINISSEMENT DANS LES ZONES URBAINES DEFAVORISEES DES PAYS EN DEVELOPPEMENT

ENDA TIERS MONDE

 

Introduction - Contexte global :

L’eau est une ressource indispensable au maintien de la vie. Au delà de sa fonction biologique, l’eau potable et l’assainissement, un corollaire indissociable de l’usage du liquide, constituent des éléments majeurs participant à la sauvegarde de la dignité humaine. Vue sous cet angle, la problématique globale de l’eau et celle du développement forment deux facettes d’une même réalité pour les pays du tiers monde. Elles renvoient aux conditions socio-économiques des populations, à la démographie galopante, à la pollution des nappes phréatiques, aux aléas climatiques, à la détérioration de la santé publique, à l’impossibilité des pouvoirs publics de fournir les services et infrastructures de base nécessaires.

En 1994, les services urbains d’eau et de sanitaires ont atteint différents niveaux de performances dans les pays en développement. Le pourcentage de populations desservies en eau courante à domicile était de 65 pour l’Afrique, 48 pour l’Asie et le Pacifique, 89,7 pour le Moyen Orient et 92 pour l’Amérique Latine.

Concernant l’assainissement, à la même époque, le pourcentage de populations desservies à domicile au réseau d’égouts/système septique était de 53 en Afrique, 69,8 en Asie Pacifique, 100 au Moyen Orient et 91,2 en Amérique Latine.

L’insuffisance des service et infrastructure d’approvisionnement en eau et d’assainissement a été décriée en 1996, lors de la Première Consultation Régionale sur l’initiative Africa 2000. Les représentants de 46 pays africains plus des organisations non gouvernementales et des agences de développement ont établi une situation claire des nouvelles directions que l’Afrique doit suivre pour étendre les services d’assainissement et d’approvisionnement en aux 100 000 000 de personnes qui ne sont pas desservies de ces deux composantes essentielles des droits de l’homme.

Les problèmes liés à l’approvisionnement en eau et à l’assainissement conserve des dimensions alarmantes dans les grandes villes des pays en développement qui explosent sous le poids des hautes pressions démographiques. Quoique d’importantes avancées aient été enregistrées pendant la décennie internationale de l’eau, un cinquième (1/5) des citadins des pays en développement demeure toujours sans adduction d’eau potable. Un tiers (1/3) de cette même catégorie de population reste démuni de services d’assainissement. Ces chiffres cachent des disparités énormes entre les pays, cela, en étroite liaison avec leur niveau de développement socio-économique, socio-environnemental et leur contexte géo-écologique .

En Afrique sahélienne, moins de 50% des populations ont accès au système d’adduction d’eau potable. A dakar, métropole ouest africaine de deux million d’habitant, seuls 16,7% des ménages disposent d’eau courante à domicile. A Nouakchott le taux d’accès direct à l’eau potable est de 25%. Ce taux tombe à 15% pour les villes de Bissau et Conakry et de 10 pour Bamako.

La situation de l’assainissement pour le nombre de ménages branchés au réseau pubic des taux de 30% pour la ville d’Abidjan et de 29% pour celle de Dakar. Ce s statistiques montrent de manière claire que la courbe des investissements publics relatifs aux infrastructures urbaines ne rencontre qu’à un faible niveau celle grandissante de la demande émanant des populations.

Cetableau brièvement brossé témoigne - s’il en est besoin- de la taile de l’enjeu qui va se défendre lors de la Conférence Internationale "Eau et Développement Durable".

Enda Tiers Monde, Organisation Non Gouvernementale Internationale, s’investit de manière plurielle et concertée dans les problématiques eau et assainissement au Sénégal et en dehors et à ce titre, participera à Paris en vue d’y adopter la démarche suivante.

 

Quels objectifs et axes stratégiques va-t-elle promouvoir à la Conférence de Paris?

Un consensus s’est dégagé sur la nécessité de faire valoir en premier lieu un objectif global dans lequel s’inscrirait l’ensemble des actions d’Enda dans le domaine de l’eau et, à un second niveau, les différents types de stratégies spécifiques à mettre en oeuvre pour la réalisation de cet objectif.

L’objectif principal que nous nous proposons de défendre, c’est celui de faciliter l’accès à l’eau potable et à l’assainissement pour tous, notamment dans les zones urbaines défavorisées.

A un second niveau, les axes stratégiques spécifiques dégagés afin de constituer l’outillage nécessaire à la mise en oeuvre de l’objectif global susmentionné s’inspirent non seulement des activités des différentes équipes d’Enda sur le terrain, mais également des réflexions ou axes de recherche définis comme sensibles. Ces axes stratégiques sont les suivants :

Appui aux initiatives populaires et aux stratégies alternatives;

Sensibilisation et engagement politique des pouvoirs publics;

Instauration et/ou renforcement d’un dialogue entre tous les acteurs concernés;

Adoption d’une approche globalisante et intégrée des besoins de base : problématique Eau - Assainissement - Santé;

Lobbying pour une réelle mise en oeuvre de mesures coercitives.

 

1. Appui aux initiatives populaires et aux stratégies alternatives

Cet axe part du constat que les populations s’impliquent de plus en plus dans la recherche de solutions alternatives ingénieuses, en réponse aux nombreux problèmes liés à l’eau dans leur milieu de vie (approvisionnement en eau potable, évacuation et élimination des eaux usées domestiques...). Il convient donc d’appuyer cette dynamique et de valoriser certaines de ces initiatives pour permettre de massifier les actions populaires.

Il semble important de rappeler qu’en tant qu’ONG, Enda oeuvre dans l’optique d’un renforcement des capacités locales, avec pour objectif ultime de passer le relais aux collectivités locales qui devront alimenter et entretenir les dynamiques initiées en commun.

Un des aspects de l’appui que nous pouvons promulguer aux initiatives populaires, c’est de leur donner plus de voix dans les espaces de concertation, qu’ils soient locaux, nationaux ou internationaux, en vue de contribuer à la visibilisation de leurs actions au quotidien.

Un autre des aspects de notre travail, c’est celui d’appuyer ou de promouvoir des alternatives appropriées aux contextes des habitants. A titre illustratif, l’optique du " robinet pour tous " (et de " l’assainissement pour tous ), si on veut le réaliser dans le cadre des structures institutionnelles actuelles, semble non seulement hors de portée des populations compte tenu des coûts de réalisation qui leur sont demandés, mais également tout-à-fait irréaliste compte tenu des difficultés actuelles de l'État à alimenter sa seule population dakaroise : si aujourd’hui on enregistre un déficit quotidien à Dakar de plus de 100.000 m3 d’eau (ce qui correspond au tiers de la consommation actuelle de la capitale ), comment pourrait-on fournir de l’eau à tous, quant bien même on parviendrait à doter toutes les populations de robinets ? C’est donc vers d’autres horizons qu’il faut se tourner pour trouver des solutions et approcher notre objectif. On est d’autant plus tenté de faire ce choix que les populations, dès qu’on sort des " sentiers battus ", du secteur purement formel, nous y encouragent par leur dynamisme et leur ingéniosité.

Par exemple, les expériences d’Enda ont montré que les bornes-fontaines gérées par les populations permettent non seulement d’avoir accès à l’eau à moindre coût, mais en plus de générer des fonds favorisant l’installation d’autres points d’eau pour des populations démunies : c’est la stratégie dite du " faire payer l’eau par l’eau ".

 

Encadré 1: de l’eau populaire à la création d’emplois

Consciente des problèmes socio-économiques et sanitaires posés par la distribution de ‘eau aux populations défavorisées, Enda a lancé le Programme "Eau Populaire" pour faciliter l’accès à l’eau potable au plus démunis. Ce programme finance l’installation de bornes fontaines dans les zones défavorisées avec la participation des populations bénéficiaires, du montage à l’exécution des ouvrages. Après une formation en gestion et en hygiène, l’exploitation de la borne fontaine est confiée à un fontainier. Par ce type d’action, Enda vise ainsi à mettre à la disposition des populations pauvres de l’eau potable en quantité suffisante à un prix aussi bas que possible. L’action permet aussi de générer des emplois (les fontainiers) et également de résoudre des problèmes sanitaires d’origine hydrique

 

De même, dans le domaine de l’assainissement, se développent des micro-entreprises qui se spécialisent dans l’exploitation et l’entretien des infrastructures, contribuant ainsi à lutter contre le chômage.

 

Encadré 1: Des processus d’assainissement productifs

Enda anime le Programme PADE (Processus d’Amélioration Durable de l’Environnement), depuis 1991. Ce programme assure l’assainissement de quartiers urbains et périurbains défavorisés par le biais de technologies alternatives de première ligne.

Le PADE promeut une approche de privatisation communautaire — c’est-à-dire au profit de micro-entreprises localesde certains services publics tels que la gestion des eaux usées domestiques.

Il s’agit d’un processus d’assainissement productif qui contribue à renforcer le tissu socio-économique local :

le PADE a engendré un fonds rotatif exclusivement constitué par l’épargne populaire ( d’une assiette de crédit de 38 millions de Fcfa, avec un taux de recouvrement qui atteint 69%) contribue dans une large mesure à l’extension du processus dans d’autres quartiers et d’autres villes

l’évacuation, le traitement et le recyclage des eaux usées et ordures ménagères sont générateurs d’emplois durables (7 emplois créés à chaque fois que 20 concessions supplémentaires sont branchées au réseau d’assainissement semi-collectif à faible coût)

L’action du PADE a révélé la nécessité de promouvoir l’entreprenariat populaire à travers la création de micro-entreprises (en développant leurs capacités), mais aussi en facilitant l’accès au micro-crédit dans ce secteur.

 

2. Sensibilisation et engagement politique des pouvoirs publics

On ne le dira jamais assez, une gestion cohérente et efficace de la ressource eau (protection de la qualité des ressources hydriques souterraines, accès à l’assainissement, approvisionnement adéquat des populations en eau potable etc...) ne saurait se réaliser sans une implication multidimensionnelle et concertée des pouvoirs publics. Aussi devrions-nous militer pour un véritable plaidoyer en direction des pouvoirs publics. Il s'agirait, par une stratégie de lobbying et de sensibilisation puissante, d'amener les pouvoirs publics à se prononcer pour un réel engagement politique de leur part, étayé sur des faits, projets, budgets et échéances concrets (si possible dégagés d'enjeux électoraux quelconques) dans le domaine de l'eau et de l'assainissement.

 

3. Instauration et/ou renforcement d’un dialogue entre tous les acteurs concernés

Malgré les nombreux efforts déployés par les groupes populaires, il est évident - l’expérience de terrain nous l‘a souvent prouvé - que sans une reconnaissance et un appui conséquent de la part des pouvoirs publics, il semble difficile d’aboutir à des résultats significatifs dans le domaine de l’eau et de l’assainissement. Aussi, pour aboutir à un changement d’échelle et/ou à une prise en compte des initiatives populaires dans les politiques publiques, il est nécessaire d’instaurer et de promouvoir davantage de dialogue entre les autorités et les acteurs locaux du développement.

Mais au delà des pouvoirs publics, la communication - prise au sens large du terme - doit être établie, renforcée et/ou promulguée au niveau de tous les acteurs concernés.

La problématique de la ressource Eau est globale et transversale par excellence. Elle interpelle plusieurs catégories d’acteurs (l'État, les industries, les populations, les agriculteurs, etc...) et touche à diverses dimensions de la vie (politique, socio-économique, culturelle, psychologique, etc). Elle doit donc faire l’objet d’une vision holistique , difficilement réalisable sans la prise en compte et le dialogue de tous les acteurs.

En effet, cette complexité de la situation pousse à remettre en cause l’approche réglementaire classique - qui a d’ailleurs montré ses limites - et à réfléchir sur l’idée de responsabilisation des différents acteurs concernés, dans le cadre d’une approche négociée. La négociation comme stratégie de résolution des problèmes semble présenter plus de facilité dans son opérationalisation qu’une approche réglementaire.

 

4. Adoption d’une approche globalisante et intégrée des besoins de base : problématique eau/assainissement/santé

S’il est judicieux de porter un regard holistique sur la problématique eau (en tenant compte de tous ses acteurs et dimensions propres), il est dans le même ordre d’idée souhaitable d’intégrer cette problématique dans le contexte plus global des besoins de base. De fait, les secteurs sociaux de base - dont l’eau, l’assainissement, et la santé constituent des domaines-clés  - souffrent d’une approche souvent trop segmentarisée, sectorialisée et finalement aveugle aux liens de cause-à-effet évidents qui, dans la réalité, déterminent ces domaines. En cela, la problématique eau/assainissement/santé paraît d’une importance capitale et détermine certaines stratégies spécifiques :

à court terme, une stratégie institutionnelle et juridique à mettre en place

La faiblesse de l’accès aux services de base dont il est ici question tient, en partie du moins, à un certain nombre de contraintes d’ordre institutionnel et juridique. Une stratégie à promouvoir dans l’immédiat serait la révision et/ou la réécriture (le cas échéant) des textes régissant ces secteurs, ainsi que l'allégement des procédures et structures institutionnelles qui peuvent en affecter le bon fonctionnement

à moyen et long termes, une stratégie politique intégrée à instaurer

Le rapprochement eau/assainissement/santé en une sorte de " trinôme " indissociable et complémentaire vise à mettre en exergue les relations directes et indirectes qui les lient les uns aux autres : en fait, il s’agit dans un premier temps, de démontrer combien et comment le coût d’un mauvais accès à l’eau induit un coût collectif démesuré, la question de l’eau étant prise comme porte d’entrée de l’ensemble eau/assainissement/santé.

Par la suite, la stratégie à faire valoir consiste à montrer que l’investissement en aval - aux niveaux de la santé ou de l’assainissement - engage des coûts et pertes inévitablement très lourds, si on ne peut investir qu’insuffisamment en amont - c’est-à-dire dans le domaine de l’eau. Il y a donc tout intérêt à mettre en place une démarche établissant de manière systématique le lien entre l’eau, l’assainissement et la santé et visant à déterminer les investissements à cibler aux niveaux les plus stratégiques.

 

5. Lobbying pour une réelle mise en oeuvre de mesures coercitives

La préservation de la qualité de l’environnement (dont l’eau est une composante) s’oppose très souvent aux exigences de la croissance économique. C’est ainsi que les pouvoirs publics " ferment l’oeil " quant aux manquements de certaines industries par rapport à la législation - et notamment celle régissant la protection de l’environnement - parce qu’elles contribuent au PNB du pays et assurent des revenus aux populations. Il s’agit donc là de se donner un outillage performant en vue de faire appliquer la législation lorsqu’elle existe ou de la créer le cas échéant.

Cette perspective, en mettant en évidence la nécessité de faire appliquer les réglementations en vigueur dans le domaine de l’eau et de l’assainissement par tous les acteurs concernés et en premier lieu par les industriels (qui contribuent plus que largement, il faut le reconnaître, à la pollution des eaux fluviales, maritimes et souterraine), ne doit pas être considérée en contradiction avec l’objectif de dialogue et de négociation cité ci-dessus (en point 3). L’un et l’autre s’avèrent complémentaires et nécessaires au bon fonctionnement d’une société de droit.

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