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Les Documents de travail
Atelier 2

LE PLAN NATIONAL DE L’EAU : UN PLAN DIRECTEUR POUR LA GESTION
DES RESSOURCES HYDRAULIQUES DE L'ALGERIE DU NORD

 

PREAMBULE.

Il ne peut y avoir de développement durable sans contrôle des ressources et en particulier de l’eau. Depuis des décennies, les plans directeurs concernant la gestion, l’affectation et la protection des ressources hydrauliques se sont succédés à travers le monde. Force est de constater que la majorité n’ont été que partiellement mis en oeuvre.

Pourquoi ?

Plusieurs ont été élaborés de l’« extérieur » sans la participation active du maître d’ouvrage et de son personnel.

Parfois, la prise en compte multidisciplinaire de l’ensemble des facteurs techniques, économiques et sociaux qui conditionnent la mise en valeur de la ressource a été insuffisante

D’autres encore conçus, sur la base du contexte technique et économique du moment et d’extrapolations de cet environnement ne sont pas susceptibles de s’adapter à de nouvelles conditions.

Trois conditions, au moins, sont donc nécessaires pour assurer le succès et la poursuite d’un plan directeur dans le temps.

Participation - Pluridisciplinarité - Flexibilité

1. CONTEXTE ET ENJEUX

Les ressources hydriques de l’Algérie du Nord, où réside l’essentiel de la population, sont limitées (13 milliards de m3, dont 85 % d’eaux de surface). En raison du relief et du climat méditerranéen, une fraction seulement de cette ressources est régularisable. La situation est aggravée par une sécheresse qui perdure depuis une vingtaine d’années. En face, dès maintenant, la demande dépasse les ressources mobilisées.

La production d’eau potable à destination des populations urbaine est aujourd’hui de 1,2 milliards de m3 ce qui équivaut à une disponibilité moyenne par habitant,(y compris services publics, commerces et artisanat), de seulement 100 l/j, et encore de nombreuses agglomérations et une grande partie de la population rurale doivent se contenter de la moitié. Or à l’horizon 2020 la population va pratiquement doubler.

La demande industrielle est relativement mal connue, elle serait de 110 millions de m3, et son évolution est difficile à prévoir.

La demande de l’agriculture irriguée est considérable; rien que pour les grands périmètres équipés, elle est de l’ordre de 600 millions de m3 actuellement et n’est satisfaite que très imparfaitement. A l’horizon 2020, si les plans de développement sont appliqués, elle serait triplée. La demande existante et future de la petite et moyenne irrigation est mal connue mais est en tout état de cause encore beaucoup plus importante..

La planification de l’affectation, de la gestion et de la protection de la ressource est donc indispensable dès maintenant.

3. OBJECTIFS DE L’ACTION

3.1 Résumé

Le Plan National de l’Eau est un projet d’assistance technique qui, en étroite association avec le Maître d’Ouvrage et son personnel, vise à créer un outil de décision à moyen terme, actualisable ultérieurement sans intervention extérieure, pour le développement et la gestion des ressources hydriques de l’Algérie du Nord.

Pour ce faire, une équipe pluridisciplinaire d’une vingtaine de spécialistes, épaulée par les ingénieurs du Maître d’Ouvrage, ont eu pour objectif de :

préciser l’étendue et la qualité des ressources hydrauliques, y compris les ressources non-conventionnelles,

évaluer les demandes en eau, (eau potable, agriculture irriguée, eau industrielle), aujourd’hui et à l’avenir,

dresser l’inventaire des infrastructures existantes et projetées et identifier de nouveaux sites d’ouvrages de retenue et de transfert,

confronter ressources et besoins en eau jusqu’à l’an 2020 et chiffrer les coûts et les bénéfices de chaque variante ainsi que leur impact sur l’économie nationale,

examiner le cadre institutionnel et son adéquation pour la gestion et la protection de la ressource.

3.2 Description de l’action

Pour atteindre les objectifs de ce type de projet, outre les études proprement dites qui sont communes à tout projet de développement hydraulique, les actions spécifiques suivantes ont été entreprises :

préparation de guides méthodologiques adaptés détaillés qui permettront aux ingénieurs du Maître d’Ouvrage de reproduire toutes les phases d’une étude technique ou économique sans aide extérieure, actualiser le plan au gré des changements de l’environnement technique, économique ou de répondre à des situations particulières,

mise à disposition de logiciels modernes et performants adaptés à la nature et aux objectifs du Projet.(Logiciels de modélisation de la ressource, de simulation de la qualité de l’eau, de simulation de systèmes de ressource - demande, d’analyse multicritère ... et autres).

Conception et mise en place d’une banque de données informatisée évolutive contenant toutes les informations concernant le secteur de l’eau, (ressources, centres de consommation, sources de pollution, infrastructures). A cette banque est intégrée à un système d’information géographique.

Formation des ingénieurs de la contrepartie. Pour pérenniser l’action des spécialistes et permettre la poursuite du Projet sans assistance technique, ce volet est d’une importance capitale. Pour illustrer ce point, on notera que les sessions d’action/formation totalisent près de 60 homme/mois, et représentent plus de la moitié du temps d’intervention des spécialistes.

3.2 Dates

Le projet a débuté en juin 1992. Il devait s’achever 3 ans plus tard. Pour des raisons indépendantes des intervenants il ne sera conclu qu’en avril 1998.

3.3 Acteurs du Projet

La Commission des Communautés Européenne est à l’origine du projet et le finance à hauteur de 3 817 000 Ecus

La Direction des Grands Aménagements et Infrastructures Hydrauliques en est le Maître d’Ouvrage. Il en précise les orientations et, avec les spécialistes extérieurs, en défini le contenu technique. Son personnel, encadré par les spécialistes, recueille les données nécessaires et traite les informations. L’implication de la DGAIH a été totale à tous les stades du Projet.

Le Groupement de Bureaux d’Etudes Associés, mené par BETURE CEREC, comprend Carl Bro (Danemark), BCEOM (France), CES Salzgitter (Allemagne), aux quels ont été adjoint en sous-traitance pour des prestations spécialisées DHI (Danemark) et BDPA ( France). Il met à disposition les spécialistes nécessaires aux études.

La Coordination fait la liaison entre la DGAIH, les bureaux d’études et les spécialistes. Elle veille à la cohérence du résultat des études et assure un contrôle qualité du travail.

4. RESULTATS OBTENUS

A ce jour, les résultats acquis sont notamment les suivants :

les études hydrologiques permettent maintenant une vision cohérente à l’échelle de l’aire du projet des ressources disponibles tant superficielles que souterraines,

la demande en eau potable de tous les centres de consommation et son évolution jusqu’à l’horizon 2020 est définie dans la limite de la fiabilité des projections démographiques. Les investissements nécessaires au traitement, à la distribution et à l’épuration des eaux usés ont été calculés,

la demande en eau de l’agriculture irriguée et le potentiel de tous les grands périmètres et de la petite et moyenne hydraulique ont été quantifiés,

le diagnostic accompagné d’un schéma directeur d’assainissement de chacune des 4 régions du Projet a été élaboré,

un inventaire complet de toutes les infrastructures existantes ou projetées sous un format unique a été réalisé,

la confrontation ressources - besoins, l’analyse des systèmes hydrauliques qui sont nécessaires à la satisfaction des demandes et les investissements correspondants et leur phasage ont été chiffrés sur deux régions sur quatre pour les horizons du Projet,

l’ensemble des données de base est introduit dans une seule banque de données ce qui permettra un accès aisé pour toute manipulation ou actualisation ultérieure.

4.1 Points forts du Projet

Les acquis du Projet permettront au Maître d’Ouvrage, s’il le souhaite, de prolonger par lui-même les études réalisées, en vue de les compléter ou de les réactualiser.

En premier lieu il y a lieu de se féliciter de la collaboration de tous les membres des deux équipes, celle des spécialistes qui ont transmis leur savoir-faire dans ce type d’exercice, et celle des ingénieurs du Maître d’Ouvrage qui ont su les adapter aux réalités Algériennes pour aboutir à des schémas de développement cohérents. Nous considérons que cette participation active du Maître d’Ouvrage constitue la condition sine qua non de la mise en oeuvre du Projet et de sa poursuite dans le temps.

L’approche pluridisciplinaire, où des spécialistes dans plusieurs domaines ont confronté les objectifs et les besoins, qui sont propre à leur secteur aux réalités économiques, et aux impératifs de développement nationaux, permet de bâtir un schéma directeur réaliste qui prend en compte les intérêts de la nation et de l’ensemble de la communauté.

Les changements économiques et sociaux que connaît l’Algérie depuis la conception du projet au début des années 90 soulignent l’importance d’une planification qui ne soit pas figée dans une cadre rigide, mais qui peut être ajustée en fonction d’un environnement en constante évolution. Le Projet, par son soucis de partage de savoir-faire et l’implication de ceux qui auront à l’appliquer ensuite, répond à cet impératif. Les moyens techniques, (banque de donnée centralisée et logiciels de modélisation, de simulation et d’analyse), sont le complément qui permettra la mise en oeuvre du plan directeur et son évolution en fonction de nouvelles opportunités ou contraintes.

4.2 Problèmes rencontrés

Les événements tragiques que connaît l’Algérie ont obligé le Projet à se délocaliser en partie : les équipes du Maître d’Ouvrage travaillant tantôt en Europe, tantôt en Algérie, (sans l’encadrement des spécialistes). Ceci a rendu la coordination des activités et des études délicate, et a été en outre source de retards.

Ces retards successifs ont alors nécessité la négociation de plusieurs avenants, (sans augmentation de l’enveloppe de départ), eux-mêmes parfois sources de nouveaux retards. La mobilisation des spécialistes et la reprise des activités à la suite de ces arrêts se sont ensuite parfois avérées laborieuses ...

Ces problèmes imprévisibles au départ n’ont pas tous reçu de solution immédiatement satisfaisante. Cependant la volonté de tous les intervenants de poursuivre le Projet malgré des conditions difficiles a permis de le mener à terme. Ceci est peut être l’enseignement le plus important à tirer de cette expérience.

5. PERSPECTIVES ET IMPACT

A l’achèvement du Projet, le Maître d’Ouvrage aura acquis une meilleure connaissance de tous les paramètres nécessaires à une utilisation juste, économe et efficace des ressources hydrauliques de l’Algérie du Nord et disposera d’une base de planification que ses ingénieurs pourront compléter et faire évoluer en fonction de nouvelles données, nouvelles techniques ou nouvelles contraintes.

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