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Les Documents de travail Atelier 2 |
"FEMMES ET EAU" A OUADANE
Annabelle Boutet
Hydraulique
sans Frontières. (H.S.F.)
20, Route du Sècheron - Jacob - 73.000 Chambéry
Tél. 04.79.69.51.35. Fax. 04.79.69.35.08.
1. Données de base.
Localisation : Oasis de Ouadane - Mauritanie
Le projet a débuté en juin 1997, lexpérience est donc en cours de réalisation. Sa conclusion est prévue pour la fin 1998, mais avec un suivi à long terme si une demande émane de la population.
Action intégrée dans le programme "Les femmes et l'eau", initié par l'UNESCO.
Le financement est assuré par l'Agence de l'eau Seine-Normandie.
HSF assure la maîtrise d'ouvrage déléguée du projet : gestion des fonds, délégation d'experts, supervision de l'exécution des travaux par les entreprises locales, mise en oeuvre des ateliers de formation.
La Fondation Nationale pour la Sauvegarde des Villes Anciennes (Agence gouvernementale mauritanienne qui coordonne les interventions des ministères et des organismes extérieurs en direction des six villes anciennes de Mauritanie) est le maître douvrage du projet et le principal interlocuteur institutionnel mauritanien.
Thèmes principaux et domaines d'intervention :
alimentation en eau potable.
environnement.
gestion intégrée des ressources.
connaissance des ressources en eau et de leurs usages,
outils d'aide à la décision,
outils juridiques et institutionnels,
formation,
Milieu d'intervention : milieu rural isolé.
2. Quelques mots sur Hydraulique sans Frontières (H.S.F.)
LAssociation Hydraulique sans Frontière est essentiellement composée dingénieurs, de techniciens et de quelques sociologues spécialisés dans les aménagements hydrauliques, quils soient destinés à la production dénergie, à lirrigation, à lapprovisionnement en eau potable ou à lassainissement. Leurs interventions recouvrent lensemble des disciplines habituellement concernées : hydrologie, géologie, topographie, génie civil, équipement hydromécanique et électrique, traitement des eaux, etc...
HSF a un double objectif : Elle rassemble et fait travailler en synergie des retraités désireux de transmettre leur savoir et leur expérience, des spécialistes en activités et des jeunes ingénieurs ou techniciens en formation ou en attente dun emploi. Son autre objectif est de mettre les compétences de spécialistes dans le domaine de leau, à la disposition de ceux qui en ont besoin sans avoir les moyens de les rémunérer. Sa mission consiste donc à réunir le potentiel disponible pour soutenir leffort de développement dans les pays démunis, à un coût acceptable.
HSF joue essentiellement un rôle de conseil et de suivi technique de projets et de travaux, souvent en amont des décisions, lorsque les choix sont importants et que les moyens manquent pour les premières études.
identification et recherche de solutions techniques appropriées pour mettre au point les dossiers de demande de financements,
aide à la mobilisation des compétences : mobilisation des expériences passées, confrontation des propositions entre les experts dHSF ou dautres structures, transfert de technologie et aide à la formation des ingénieurs et techniciens des partenaires étrangers,
pilotage et contrôle des travaux de réalisation de « petits » projets.
Peuvent faire appel à HSF : des ressortissants de pays à la recherche de solutions concrètes (populations villageoises ou urbaines, municipalités, ...) ; des associations et organisations de solidarité internationale, à loeuvre sur le terrain et recherchant un appui technique spécialisé ; des organismes publics et para-publics, français ou internationaux ; des bureaux détudes et des entreprises françaises ou étrangères privés ; etc...
Les équipes dHSF sont intervenues dans de nombreux pays et régions du monde : Bolivie, Chine, Himalaya, Madagascar, Mali, Maroc, Mauritanie, Pérou, Roumanie, Viet Nam, etc... .
3. Contexte et enjeux du projet « Femmes et Eau » à Ouadane.
La région sub-saharienne est une des régions les plus démunies en ressources en eau naturelle. Elle présente, en outre, des disparités régionales de répartition et de gestion.
Les informations sur les besoins de la population et les disponibilités sont à manier avec précautions et demandent à être complétées.
Ouadane, dans l'Adrar, est une palmeraie d'une centaine d'hectares abritant environ 5000 habitants dont 60 % ont moins de 25 ans. Le village de Ouadane compte guère plus de 1000 habitants permanents. La population se compose d'agriculteurs pratiquant le maraîchage et la culture des dattes. Malgré leur rôle économique, les femmes participent très peu aux décisions collectives notamment dans la gestion de l'eau.
L'eau d'irrigation est fournie par 70 puits artisanaux puisant dans la nappe alluviale qui a beaucoup souffert de la sécheresse de ces dernières années.
L'eau potable provient d'un forage datant de 1985, réalisé dans un affluent de l'oued principal, et dont le débit est estimé à 7 m3 / h. Le réservoir actuel est dune capacité de 15 m3 que lon remplit quotidiennement. Ce qui permet dévaluer une consommation effective denviron 20 l / j / hab.
La nappe alluviale semble surexploitée mais il y a des potentialités suffisantes en eau souterraine, à condition d'être mises en valeur et exploitées convenablement.
Au niveau individuel, chaque foyer possède un bassin fermé, alimenté par tuyau souple, servant à tous les besoins domestiques.
4. Objectifs de l'action.
Soutenir les efforts locaux et nationaux de développement et de valorisation des ressources en eau, grâce à une aide technique pour la création et l'équipement d'un nouveau réservoir.
Favoriser la participation de la collectivité à la gestion de l'eau.
Identifier la situation et les structures locales déjà existantes ainsi que les besoins des acteurs locaux, notamment des femmes, et poursuivre tout au long de l'exécution du projet un dialogue permanent avec la communauté villageoise.
Améliorer le niveau de formation et d'information des femmes de Ouadane. Organisation d'ateliers d'hygiène, de gestion, etc.
Faire de Ouadane une expérience-pilote à plusieurs échelles pour d'autres villages de la zone.
En amont, le projet vise à développer de nouvelles formes de partenariat et à rapprocher différents types d'institutions impliquées dans des actions d'aide au développement durable des ressources en eau : organisations internationales, O.N.G., bailleurs de fonds, structures et populations locales des pays bénéficiaires des aides, pour une meilleure flexibilité, une plus grande rapidité d'exécution et une meilleure rentabilité des projets.
5. Description de l'action.
Lors du séminaire "la Femme et l'eau", en 1996 à Nouakchott, l'UNESCO a décidé de lancer des actions dans 9 pays africains, dont la Mauritanie, sur le développement des ressources en eau et la formation des femmes à la gestion de l'eau et à l'hygiène.
Le site de Ouadane a été choisi à cause de son déficit en eau. Mais également, parce que l'UNESCO a déjà mené des actions de réhabilitation de cette cité du Moyen-Age. En outre, une structure d'animation locale est implantée dans le cadre d'associations féminines intervenant dans les domaines du maraîchage, de l'artisanat et de l'alphabétisation.
L'UNESCO ayant choisi de réorienter ses modes d'intervention en faisant appel à des ONG, s'est adressé à HSF pour l'exécution du projet, après avoir trouvé les fonds auprès de l'Agence de l'eau Seine-Normandie.
Le projet comporte un volet technique et un volet humain.
Le volet technique consiste à implanter et à équiper un forage de 60 mètres dans la nappe profonde, pour lapprovisionnement en eau potable de la ville : installation de la pompe et du groupe électrogène, construction d'un abri de groupe, de la tête de forage, de l'ouvrage de distribution, des canalisations.
Le volet humain consiste à mettre en place plusieurs ateliers de formation :
Une formation en gestion technique et comptable pour pérenniser la ressource en eau, une formation sanitaire pour révéler tous les dangers d'une eau insalubre. Lutilisation plus rationnelle en vue de laccroissement des activités où l'eau a une importance fondamentale. Enfin, la mise en place, notamment auprès des femmes, de groupes de gestion des ressources en eau doit tenir compte de l'identité socioculturelle des communautés villageoises.
La formation sanitaire est techniquement un défi à résoudre, dans les conditions locales dutilisation de leau à partir des citernes familiales. En effet, sil est possible dassurer la qualité de leau jusquau réservoir principal ou jusquaux bornes - fontaines en impliquant le fontainier et les usagers, la mobilisation des usagers est a priori plus aléatoire au niveau des citernes familiales, où les conditions dutilisations de leau se font au « petit-bonheur la chance ». Cest donc sur ce dernier point que la formation devra insister.
6. Points forts de l'expérience.
La philosophie d'HSF est de mettre ses équipes en symbiose avec les populations pour lesquelles elle intervient. Le cas de Ouadane est symptomatique de cette philosophie. Les membres de l'équipe d'HSF ont effectué plusieurs missions sur place leur permettant de tracer un contour assez précis de la situation et des besoins en eau de la population.
Ils ont établi des contacts importants et durables avec les acteurs mauritaniens : personnalités locales (Préfet, Maire et commandant de gendarmerie), population, coopératives de femmes, entreprise chargée d'effectuer les différents travaux techniques (le Bureau de Prospection hydraulique - PHY).
Ces interlocuteurs ont permis aux équipes d'HSF de mettre en oeuvre le projet en s'appuyant pleinement sur les compétences locales, ce qui demeure l'objectif primordial de la mission.
Les contacts pris permettront l'implantation des ateliers de formation dès que le réservoir aura été équipé, dans les mois à venir.
En outre, HSF fait également confiance aux compétences locales pour l'exécution des travaux.
L'originalité de la démarche est d'associer les aspects techniques du développement des ressources en eau aux aspects humains de sa valorisation.
À ce titre, l'équipe d'HSF est pluridisciplinaire et comprend des ingénieurs, hydrauliciens ou hydrogéologues et des sociologues, chacun riche d'expériences diverses, leur permettant d'embrasser au mieux les différents aspects et facteurs locaux de la gestion de l'eau.
En définitive, le plus gros écueil pour une "petite" ONG comme HSF est de faire face au poids des structures et des institutions.
Néanmoins, s'il est aisé de trouver des interlocuteurs disponibles jouant les intermédiaires avec les populations, les autorités locales, les entrepreneurs, il est beaucoup plus difficile de se frayer un chemin dans l'univers des organisations internationales.
C'est pourquoi, ce projet doit être exemplaire car il met en relation des entités (ONG, organisations internationales, entreprises et bailleurs de fonds publics ou privés) qui n'ont pas toujours eu l'habitude de travailler ensemble.
7. Perspectives et impacts.
Au sein du projet même, l'action d'HSF se poursuivra par la mise en oeuvre des ateliers de formation thématique, dans le courant 1998 mais également par un accompagnement, technique et humain, du projet jusqu'à sa prise en charge pleine et entière par la population de Ouadane. Ce qui devrait nous mener au-delà de 1998.
En outre, le projet Ouadane s'inscrit dans un programme plus vaste de l'UNESCO, "Les femmes et l'eau", et sert d'action pilote pour de nouvelles formes de partenariat entre l'UNESCO, les bailleurs de fonds privés et les ONG.
Il peut donc servir d'exemple aux ONG qui souhaitent travailler en collaboration avec des organisations internationales et des mécènes ; aux organisations internationales qui souhaitent alléger leurs modes d'intervention et aux mécènes potentiels qui souhaitent s'investir dans l'aide au développement.
Ainsi, HSF a pu lier des relations durables avec les institutions mauritaniennes.
De tels projets permettent donc de mettre en contact et de créer des réseaux de compétences efficaces, disponibles pour une meilleure rentabilité d'exécution des projets au profit des populations concernées.