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Les
Documents de travail Atelier 2 |
LE PROGRAMME
D'APPROVISIONNEMENT EN EAU POTABLE
DANS L'ANCIEN ROYAUME DU "BANDIAL"
Daniel MANÉ
Responsable des études et de la
capitalisation p.i,
Enda-Acas - Bp 224 Ziguinchor Sénégal
Tél.: 221 991 14 07 - Fax: 221 991 24 94
E. mail: acas@enda.sn
I - Contexte et enjeux
Les déficits pluviométriques enregistrés pendant ces deux décennies, ont eu au Sénégal des conséquences néfastes sur l'environnement naturel. La crise économique due à une production agricole tributaire des aléas climatiques, ont exposé les populations rurales à la disette.
La Basse Casamance (Région administrative de Ziguinchor) qui était la plus arrosée du Sénégal avec une pluviométrie moyenne annuelle de 1800 mm n'enregistre plus aujourd'hui qu'entre 800 à 1150 mm. Les nombreuses années de sécheresse ont ébranlé l'écosystème de la mangrove casamançaise en rendant excessives la salinité et l'acidité de l'eau et des terres.
Dans la zone continentale de la région de Ziguinchor, la réduction des terres rizicultivables due à la salinisation, est compensée par la culture d'autres céréales dites de plateau: mil, maïs, sorgho, ect. Alors que pour la zone insulaire, dont il est question pour ce projet, ces cultures ne peuvent s'y développer à cause de la situation marécageuse du terroir.
L'ancien royaume du "Bandial" situé à l'ouest de Ziguinchor, dans l'espace communautaire d'Énampor, comporte un certain nombre de villages insulaires dans lesquels l'accès à l'eau potable pose problèmes. En effet dans cette partie, la nappe phréatique est fortement influencée par les eaux fluvio-marines.
La seule source d'eau douce était les mares naturelles et les casiers rizicoles qui se remplissaient en hivernage. Ces mares gardaient d'antan l'eau douce jusqu'en avril et aussitôt s'enchainaient les premières pluies de mai. Depuis l'installation de la sécheresse, celles-ci tarissent dès le mois de décembre ou alors leurs eaux deviennent salées juste à la fin des pluies.
Comme la division sexuelle du travail dans ce milieu attribue la fonction de puisage de l'eau aux femmes, celles-ci sont pour ce fait, soumises à une corvée à partir de villages très lointains (7 à 10 km en moyenne) en pirogue, avec des risques fréquents de noyade.
Les populations des îles du "Bandial" vivaient une situation difficile en matière d'hygiène et de santé. Celle-ci se caractérisait par le manque d'eau potable, la fréquence de maladies épidemiques, une mortalité infantile relativement élevée. Les agents de santé (infirmiers de l'État) affectés dans les quelques Postes existants fuyaient à cause des conditions de vie très difficile des îles.
La population des îles touchées par cette calamité est de 3490 habitants. Il s'agit principale-ment des villages d'Éloubalir, d'Étama, de Batinghère I et II, de Bandial, de Séléki, de Niomoune et Djilapao. Séléki un village de 994 habitants disposait encore d'une mince nappe phréatique d'eau douce et n'était pas pris en compte par ce programme.
II - Objectifs de l'action
Les objectifs du programme visaient à assurer un approvisionnement en eau potable aux populations pendant toute la saison sèche dans les meilleures conditions d'hygiène et de sécurité, et à contribuer à l'équilibre sanitaire des populations des îles du "Bandial".
III - Description de l'action
3.1. Résumé historique
En mars 1988, une mission composée d'agents de Enda et ceux de l'AFVP s'étant rendu à Bandial, dénonça les difficultés d'approvisionnement en eau douce, que rencontrent les populations pendant la saison sèche, à cause de la salinité de la nappe phréatique. Pourtant dans ce village, une citerne en élévation a été construite en 1974, à l'initiative du Gouverneur de l'époque. Celle-ci avec une contenance voisine de 120 m3, ne se remplissait qu'au 3/5 à cause de l'étroitesse de son impluvium (15 m2).
L'eau se distribuait à partir d'un tuyau incorporé au bas de la cuve, à raison de deux bassines de 30 litres chacune, par semaine et par famille. La réserve s'épuisait en Décembre.
Les populations de Bandial, ont tenté en vain l'aménagement de deux mares situées à deux kilomètres du village dans un endroit où elles pensaient trouver une nappe douce.(rap. réf. ZIG/EAUX/AV./09 - Xavier Boulanger)..
La mission poursuivant sa recherche dans les autres îles, se rendit compte que ces insulaires étaient souvent réduits à consommer l'eau stagnante contenue dans des excavations à ciel ouvert, servant également d'abreuvoir pour les animaux domestiques et de piscine pour les enfants.
3.2. Phase expérimentale
Face à cette situation alarmante et à la demande empressante des populations, un programme de construction d'infrastructures de récupération et de stockage des eaux de pluies (citernes) est élaboré par Enda-Acas et financé par GE.TM/Suisse. Ce programme comprenait une phase expérimentale et une phase de réalisation.
Trois systèmes de récupération et de stockage des eaux de pluies sont expérimentés durant l'hivernage (1988-89) au niveau des villages. Ces 3 systèmes sont les suivants:
- la mare bâchée,
- la citerne individuelle en béton,
- la citerne collective en béton et à impluvium.
a) La mare bâchée
On creuse une grande excavation sur une aire libre, qu'on entoure d'une digue faite de terre et de coquilles d'huîtres. Cette digue est renforcée par des crintings soutenus par des piquets robustes où une bâche équipée d'illets, est solidement attachée. Les bords de la bâche sont recouverts d'un faible béton au sommet de la digue. La surface de réception est de 20 m2. Une pluviométrie de 750 mm suffit pour assurer le remplissage de cette mare. L'adduction se fait à partir d'une vanne en PVC de 32 mm de diamètre.
Ce système présente des inconvénients dus à la défectuosité de l'étanchéité, à l'hétérogénéité de la pente et à la non durabilité des matériaux utilisés. La mare étant à ciel ouvert, ne présente aucune garantie en matière d'hygiène.
b) Les citernes en béton
la citerne individuelle de 5 m3 de volume
Cette citerne de forme circulaire de 2,20 m de diamètre sur 2,00 m de hauteur, pour une surface de réception de 19 m2, est construite juste à côté de la maison en tôles ondulées et alimentée en eau de pluies par des gouttières accrochées au toit. Elle est recouverte d'une dalle en béton équipée d'une trappe par où elle reçoit l'eau qui coule des gouttières. Un robinet en laiton placé au bas de la citerne permet le puisage.
La quantité d'eau stockée (5 m3) est souvent jugée insuffisante pour boucler la période de saison sèche et par rapport à la population de la famille africaine. Aussi, celle-ci exige la présence d'un toit en tôles dans une zone où tout fer s'oxyde en peu de temps. Elle a été quand même développée dans la zone.
La citerne collective de 350 m3
Elle comprend deux parties:
- une cuve de forme circulaire d'un diamètre intérieur de 14,70 m et d'une
hauteur de 2 m;
- un impluvium de 425 m2 en tôle ondulée.
Cet impluvium est conçu de manière à empêcher l'entrée des saletés et à diminuer l'évaporation de l'eau stockée.
Une dalle en béton de propreté d'un mètre et demi de large est aménagé tout au tour de l'ouvrage. Un système d'adduction muni de robinets en laiton est installé au bas de la citerne, dans un endroit bien aménagé à l'effet de faciliter la distribution de l'eau.
3.3. Phase de réalisation
33.1. Date de démarrage
En 1989, la citerne collective d'Étama construite dans la phase expérimentale, est fonctionnelle. Beaucoup de citernes individuelles construites dans les villages à Étama, Bandial, et Batinghère dans cette phase expérimentale, ont fonctionné. L'ancienne citerne de Bandial a reçu un enduit intérieur.
L'action s'est poursuivie par la construction des citernes collectives de :
- Éloubalir en 1990,
- Bandial en 1992,
- Batinghère I en 1992,
- Niomoune Essangholou en 1994.
Cinq citernes prévues ont été réalisées.
33.2. Date de conclusion
Au cours de la réalisation du programme plusieurs expériences acquises ont permis d'améliorer l'étanchéité des citernes et la couverture de l'impluvium. C'est d'ailleurs pour cette raison que la première citerne, celle d'Étama a été réparée en 1996.
La tôle ondulée a été jugée inadapté à ce milieu parce qu'elle est parfois vite atteinte de rouille. L'impluvium de la citerne de Niomoune Essangholou fut couvert en tôles galvanisées en 1994. Mais l'utilisation de cette tôle galvanisée fut arrêtée à cette seule citerne à cause de son coût très élevé. Le système d'adduction d'eau fut amélioré (robinet en laiton).
On peut conclure qu'après six années d'expériences (Projet initial 1989 à 1994) Enda-Acas a réussi à mettre au point une citerne collective très performante mais que les qualités chimique et bactériologique de l'eau de pluies stockée pendant plusieurs mois, ne sont pas pour autant assurées.
33.3. Poursuite de l'action (le projet eau et santé)
Un projet eau et santé a constitué la deuxième phase du programme "approvisionnement en eau potable à partir du deuxième semestre de 1994. Celui-ci avait pour objectifs d'assurer l'hygiène et la qualité de l'eau des citernes déjà construites, de promouvoir l'éducation en soins de santé primaires des populations concernées par le programme, et de poursuivre l'action construction de citernes.
Pour la réalisation des objectifs du projet, Enda a sollicité et obtenu la collaboration du service régional de l'hygiène (SRH), du laboratoire de l'hôpital régional (LHR) et du service de l'éducation pour la santé (SES). Elle a aussi engagé un infirmier pour le suivi sur le terrain des actions entreprises dans le domaine de la santé et de l'hygiène.
Ce projet a cessé ses activités en Décembre 1996.
3.4. Responsabilités de chaque acteur aux différentes étapes de l'action
* La participation des populations à la construction d'une citerne peut se résumer comme suit:
- la fourniture de matériaux locaux (sable, eau)
- le transport de matériel et matériau fournis par Enda, à partir du débarcadère du
village
- la main-d'uvre non qualifiée
- l'hébergement de l'équipe d'ouvriers
A la fin des travaux de construction, un comité mis en place par les populations se charge de la gestion de l'infrastructure (distribution de l'eau: 5 à 10 F CFA la bassine de 30 litres et entretien de la citerne etc.). Aussi, pour ce qui concerne la santé et l'hygiène, un comité gère toutes les actions menées dans ce domaine.
* Enda s'occupe pour sa part, des études et du suivi technique de toute l'action, de la fourniture de matériel et matériau : fer, tôle, bois, moule, LANKO, ciment, gravier ou coquillage et la main-d'uvre. En collaboration avec le SRH, le LHR, et le SES, Enda se charge de la sensibilisation-animation des populations sur les mesures préventives contre les maladies épidemiques, de la formation des agents de santé communautaire (ASC), de la dotation en médicaments et équipements des cases de santé.
IV - Résultats obtenus
Cinq citernes prévues dans le programme initial "approvisionnement en eau potable des populations des îles du Bandial" sont totalement réalisées dans les villages insulaires d'Étama, d'Éloubalir, de Batinghère et de Niomoune. Le projet eau et santé qui constitue la deuxième phase du programme initial, a obtenu les résultats suivants:
* Construction de citernes et de bassins de récupération
L'expérience acquise dans la réalisation du programme initial, a permis de prévoir et de réaliser quatre autres citernes dont une seconde à Bandial, une à Djilapao et deux à Niomoune.
Deux bassins de récupération de 25 m3 sont construits pour recueillir le trop-plein des citernes (Étama et Éloubalir). A Bandial et Djilapao un raccordement en PVC effectué, permet de recueillir le trop-plein de la nouvelle citerne dans l'ancienne.
En tout 9 citernes collectives sont réalisées dans l'ancien royaume du Bandial.
* Formation des agents de santé communautaire (ASC)
Cette formation a concerné 10 agents, soit 4 matrones et 6 secouristes. Leur suivi est assuré par un infirmier de Enda.
* Construction de case de santé et dotation en médicaments et équipements
Trois cases de santé sont construites (Bandial, Éloubalir, Batinghère) et une déjà existante (Niomoune) a été réhabilitée. Ces cases ont été dotées de médicaments et d'équipements sanitaires. Le renouvellement du stock de médicaments est assuré par un comité de gestion mis en place par les villageois
* Éducation pour la santé et le programme élargi de vaccination (PEV)
Plusieurs séries de causeries sur la santé notamment le PEV, les soins de santé primaires (SSP) et les maladies sexuellement transmissibles (MST) ont régulièrement été menées dans tous les villages concernés par ce projet.
Par ailleurs, l'appui logistique apporté aux équipes régionales de vaccination leur a permis d'atteindre les îles et de vacciner tous les enfants.
* Sensibilisation à l'hygiène de l'eau
En collaboration avec le service d'hygiène et le service de l'éducation pour la santé, 7 séances de causeries et de démonstration sur les méfaits d'une eau non potable, la protection de l'eau de boisson, les techniques de javellisation, de filtrage de l'eau et de curage des citernes, le péril fécal (causes et préventions), ont été réalisées dans chacun des villages concernés.
* Analyses chimiques de l'eau
Des prélèvements et des analyses sur les niveaux de PH et de O2 (oxygène) sont régulièrement fait sur place par l'équipe Enda-Acas.
* Analyses bactériologiques de l'eau
Beaucoup d'analyses des eaux prélevées des citernes sur le danger d'ordre microbien, sont effectuées par un médecin du laboratoire de l'hôpital régional. Celles-ci ont montré que ces eaux ne présentaient aucun danger d'origine microbienne.
* Recherche médicale
Un échantillon d'enfants de 4 à 12 ans pour l'étude sentinelle effectuée par ce même médecin a donné les résultats suivants:
Pour la Bilharziose
- Niomoune, 20 cas sur un échantillon de 80 enfants,
- Étama, 1 cas sur 30,
- Bandial 2 cas sur 80.
Pour les parasitoses ordinaires
-Partout des ascaris, oxyures, ankylostomes et amibes ont été décelés.
Les traitements indiqués par le docteur ont été appliqués par les ASC sous la supervision de l'infirmier de Enda.
* Information-sensibilisation sur les MST/SIDA
Vingt-huit (28) relais appartenant à 12 villages ont été formés sur les techniques de communication et d'éducation sur les MST/SIDA.
4.1. Points forts de l'expérience
L'importance du problème de l'eau vécu par les populations des îles, n'a pas laissé indifférentes les diverses couches sociales. Une volonté populaire s'est manifesté dans l'entreprise des travaux au niveau des différentes étapes de la réalisation du programme.
Il s'agit: - du choix de l'emplacement de la citerne,
- du transport du sable, de l'eau, du matériel et matériau de construction,
- de la pose de la première brique,
- du coulage de la citerne où toutes les couches sociales du village se confondent
aux ouvriers qualifiés et veillent la nuit autour du chantier,
- de la remise de diplômes aux ASC et leur installation,
- etc.
En effet, une dynamique réelle s'est toujours manifestée au niveau des populations des villages.
4.2. Problèmes rencontrés
Atteindre les îles est la première difficulté rencontrée par l'équipe d'Enda-Acas. Après se posent les problèmes d'ordre organisationnel.
Dans ces îles, l'exode des jeunes vers les grands centres urbains est très fréquent pendant la saison sèche. L'équipe n'arrivait pas à trouver dans certains villages la main-d'uvre non qualifiée bien que la demande pour la réalisation d'une citerne émana d'eux. La mise en uvre se trouvait parfois reporté à l'année suivante le temps que la jeunesse soit retenue au village.
Les autres problèmes comme le transport du matériel et matériau, et où trouver l'eau douce et le sable pour le mélange du béton, se posent aux îles qui disposent moins de pirogue ou qui sont très éloignées de la zone continentale. Parfois le village continental interdit l'exploitation de sa carrière de sable et l'eau douce aux insulaires.
La location de pirogue pour le transport de matériel et matériau, et l'achat de chargements de camion de sable sont des solutions adoptées par Enda pour aider à la mise en place du chantier.
V - Perspectives et impacts
5.1. Impacts
Ils se résument comme suit:
+ le gain de temps pour les femmes, qui pour le fait que l'eau de boisson soit
disponible, peuvent s'occuper d'autres tâches génératrices de revenus;
+ une dynamique créée autour de la citerne fait de celle-ci un nud de relation entre
les villageois eux mêmes et avec les partenaires extérieurs;
+ l'amélioration de l'état sanitaire de la population
+ la réduction de l'exode par l'amélioration des conditions de vie au village (les filles
qui ne voulaient plus se marier dans les îles, acceptent aujourd'hui de le faire à cause
de la disponibilité de l'eau douce )
5.2. Perspectives
Ces acquis, ont permis aux populations de nourrir d'autres ambitions: réalisation de projets de pisciculture et d'un programme de développement durable déjà élaboré et en recherche de financement. Programme qui s'intéresse beaucoup plus à la gestion des ressources naturelles en mettant l'accent sur la construction de digues antisel et de retenue d'eau douce. Cela pourrait aider à recharger la nappe phréatique envahie par les eaux marines dans les îles et sur le continent.
Sigles utilisés
AFVP Association Française des Volontaires du Progrès
Enda tm Environnement et développement du tiers monde
Enda-Acas Enda-Action en Casamance
GE.TM Genève Tiers Monde
LHR Laboratoire de l'hôpital régional
SES Service de l'éducation pour la santé
SRH Service régional de l'hygiène
ASC Association sportive et culturelle
PEV Programme élargi de vaccination
MST Maladies sexuellement transmissibles
SSP Soins de santé primaires