|
Les Documents de travail Atelier 1 |
EVOLUTION
DE LA QUALITE DE L'EAU DANS LES SYSTEMES D'ALIMENTATION EN EAU
POTABLE
ETUDE DE CAS DU RESEAU DE BOUZNIKA - MAROC
Enabdallah
. S *, El Mghari. T. M *, Echihabi. L *
Office National de lEau Potable *
ONEP
6 bis, Rue Patrice Lumunba. Rabat . BP. Rabat-Chellah (MAROC)
I - INTRODUCTION
De nombreux travaux de recherche sont actuellement consacrés à létude de lévolution de la qualité physico-chimique et biologique de leau potable lors de son transit dans les réseaux de distribution.
Cette évolution est due essentiellement à la prolifération bactérienne au dépend de la matière organique dissoute qui, en fonction des conditions prévalants dans le réseau de distribution, conduisent inévitablement à des modifications dans les caractéristiques physico-chimiques et biologiques de leau notamment par la corrosion des conduites et lapparition de goûts et odeurs. (1), (2), (3).
La prolifération de micro-organismes très variés qui sopère dans le réseau principalement au niveau des parois des conduites est à lorigine de ces modifications. La formation de cette biomasse fixée appelée biofilm est contrôlé par trois facteurs : le flux de cellules bactériennes en sortie de station de traitement, le flux de matières organiques biodégradables et la concentration en oxydant résiduel.
Dans ce contexte et afin daméliorer ces connaissances sur la qualité des eaux, dont il assure la gestion et de couvrir un nouveau champ dexpérimentation sur le biofilm lOffice National de lEau Potable (ONEP) a réalisé au Maroc en collaboration avec le Centre International de lEau de Nancy (NAN.C.I.E - France ) une étude sur lévolution de la qualité de leau dans les réseaux de distribution dont les objectifs principaux sont de :
Suivre le devenir du chlore
Estimer lefficacité de la filière de traitement
Suivre lévolution de la qualité de leau potable depuis sa sortie de station jusque chez le consommateur.
Mettre en évidence la formation du biofilm
Évaluer la quantité de bactéries fixées (biofilm)
Essayer détablir la relation chlore - biofilm.
II - MATÉRIELS ET MÉTHODES
II - 1 MATÉRIELS
Le site choisi pour cette étude, comprend 3 parties principales :
- La ressource en eau brute
La ressource en eau brute est constituée par la retenue Sidi Mohammed Benabdellah située à une vingtaine de kilomètres de Rabat.
Cette retenue présente une stratification thermique intense pendant les mois chauds, accompagnée dune prolifération dalgues dans les couches superficielles et de la désoxygénation des eaux des couches profondes pendant plusieurs mois de lannée.
- Station de traitement du Bou Regreg
Cette station est constituée de 3 unités S1,S2 et S3 de capacités de traitement respectives de 1, 3 , et 5m3 /s .Ces unités de traitement sont de type classique à savoir une préchloration, une coagulation, floculation, décantation, filtration rapide sur sable et post chloration.
- Adduction et réseau de distribution
Leau produite par les 3 unités (S1,S2,S3) passe par un réservoir dit ouvrage de départ de 1500 m3 de capacité. A partir de ce réservoir, leau est transportée dans une canalisation appelée BR1 en béton précontraint de diamètre 1400 mm reliant Rabat à Casablanca. Lécoulement est de type gravitaire , la vitesse de transit est de lordre de 1.1 m/s.
Un piquage sur cette canalisation au point BC2 permet lalimentation dun réservoir de 2000 m3 qui permet lalimentation de la ville de Bouznika.
La ville de Bouznika qui compte plus de 21 000 habitants en 1994 est dotée dun réseau de distribution maillé long d environ 32 Km.
Ce réseau comprend 2 parties principales: le secteur ville qui comprend 5 lotissements appelé : Amal, Nbichette,Othmane,Habitat et Communal et le secteur plage. (Cf. Figure 1).
Les prélèvements deau ont été effectués à différents niveaux de transit de leau (cf. Figure 1) depuis la sortie de la station de traitement jusquau niveau du consommateur à la ville de Bouznika, les prélèvements de biofilm au niveau du réseau de distribution uniquement.
Les périodes de travail ont été programmées en fonction de la qualité de leau brute de la retenue qui change avec les saisons. Deux campagnes danalyses dune durée de 1 mois chacune ont été effectuées respectivement du 05/04/93 au 05/05/93 et du 01/11/93 au 12/12/93.
II - 2 MÉTHODES
Les méthodes déchantillonnage et danalyses utilisées sont les méthodes normalisées en usage au Laboratoire Central de lONEP.
280 échantillons deau et 108 échantillons de biofilm ont été analysées au cours de 2 campagnes danalyses. Pour chaque prélèvement d eau il a été procédé à la mesure de la température, pH, Chlore résiduel libre, turbidité, matière organique dissoute et biodégradable (COD et CODB) et densité bactérienne (flore totale dénombrées par épifluorescence et bactéries hétérotrophes revivifiables). Pour quelques échantillons ponctuels lanalyse des sous produits de chloration (les trihalométhanes :THM) et des métaux (Fe, Mn, Al) a été réalisée. Seules les méthodes danalyses concernant les principaux paramètres spécifiques utilisées dans le cadre de létude sont développées.
II - 2 - 1 Dénombrement des bactéries aérobies cultivables
dans leau
Après homogénéisation de léchantillon, une prise dessai de 1 mL de léchantillon pur et sa dilution (10-1) sont incorporées dans environ 15 mL de gélose nutritive, maintenue en surfusion à environ 44 °C (+ 2°C). Les 2 boites ensemencées (échantillon pur et dilué à 10-1 ) sont mises à incuber à 22 °C + 1 °C.
Les résultats sont exprimés en nombre moyen dunités formant colonies par mL déchantillon (UFC/mL) à 3 et 10 jours.
dans le biofilm
Les pastilles de polyéthylènes retirées aseptiquement du réseau de distribution sont placées dans 25 mL deau distillée préfiltrée sur une membrane de 0,22µm de porosité . Les bactéries fixées sont récupérées après 2 minutes de traitement par les ultrasons (Sonicateur Vibra cell, équipé dune micro sonde ). Des dilutions de 10-1 à 10-4 sont effectuées et les bactéries cultivables sont dénombrées après ensemencement par la méthode d incorporation de 1 mL déchantillon dans la gélose nutritive comme précédemment décrite pour leau. Les résultats sont exprimés en nombre moyen dunités formant colonies /cm2
II - 2 - 2 Dénombrement des bactéries mortes et vivantes
dans leau
A une prise dessai de 9 mL déchantillon pur sont additionnées 1 mL de DAPI (0.5 µg/mL) et 1mL de triton X100 (0.1%) dans des tubes stériles, préalablement lavés avec de lEau Distillée Stérile Apyrogène (EDSA) puis séchés. Après homogénéisation au Vortex pendant 20 secondes et un contact de 10 minutes à température ambiante , le mélange est filtré sous vide au travers dune membrane en polycarbonate noire de 0.22 µm de porosité. Celle ci est ensuite rincée par filtration de 2x50 mL dEDSA, séchée sous courant dair chaud, puis montée entre lame et lamelle et réhydratée à laide dune goutte de glycérine tamponnée.
Pour chaque essai réalisé des témoins de stérilité des réactifs ont été traités en remplaçant le volume déchantillon par de lEDSA . Lobservation microscopique est effectuée à limmersion à lobjectif x100 au microscope à épifluorescence. Le DAPI émet une fluorescence bleue lorsque il est excité sous lumière ultra violette à 365 nm.
Le nombre de champs comptés par membrane est en fonction du nombre de bactéries présentes : pour un nombre de bactéries inférieur à 30 , nous comptons 30 champs sont comptés et pour un nombre de bactéries compris entre 30 et 70 seulement 20 champs sont comptés.
Les résultats sont exprimés en cellules par mL . Le calcul du nombre de bactéries seffectue à partir de la formule suivante :
N/V = N x13,85x105/7
N : Nombre de bactéries pour le volume filtré
N: Nombre de bactéries par champ (moyenne)
13,85 : surface de filtration
105/7 : Inverse de la surface dun champ (cm-2)
V : Volume filtré
dans le biofilm
Comme décrit précédemment les pastilles de polyéthylènes retirées aseptiquement du réseau de distribution sont placées dans 25 mL deau distillée préfiltrée sur une membrane de 0,22µm de porosité . Les bactéries fixées sont récupérées après 2 minutes de traitement par les ultrasons. 2 mL déchantillon dilué avec 7 mL dEDSA sont additionnées de 1 mL de DAPI (0.5 µg/mL) et 1mL de triton X100 (0.1%) dans des tubes stériles, préalablement lavés avec de EDSA puis séchés. La méthode de dénombrement est ensuite identique a celle décrite précédemment pour leau. Le calcul du nombre de bactéries est effectué à laide de la formule citée précédemment et les résultats sont exprimés en cellules par cm2
II - 2 - 3 Dosage de la matière organique
Le dosage du carbone organique dissous (COD) est réalisé à laide de lanalyseur de carbone total. La fraction biodégradable (CODB) est dosée selon la méthode de Joret et Levi 1986 (8) .
Le mélange composé de 300 ml déchantillon et 100 g de sable issu des filières de la station de traitement est mis en incubation dans des erlenmeyers aérés et à lobscurité. Le dosage du COD est effectué après 3 et 6 jours dincubation. La teneur en CODB est évaluée par la différence entre le COD initial et le COD minimal obtenu après incubation.
III - RÉSULTATS
III - 1 Efficacité de la filière de traitement
La filière de traitement a permis pour les 2 périodes détude (Cf. Tableau 1) un abattement moyen nettement supérieur à 90 % aussi bien pour la turbidité que pour les bactéries hétérotrophes revivifiables.
Concernant les teneurs en COD et CODB, la filière de traitement a permis des abattements moyens respectifs de 20% et 32% au mois de novembre alors quau mois davril aucun changement de la teneur en COD na été enregistrée après traitement.
III - 2 Qualité de leau traitée en sortie de station de traitement
Leau traitée en sortie de station de traitement à une température de 15,6 °C et 21,5 °C respectivement au mois de avril et novembre, contient un grand nombre de bactéries mortes, vivantes, stressées, actives.... On compte un nombre de 44000 à 110 000 cellules dont une petite fraction est vivante et active malgré des teneurs en chlore résiduel non négligeables. (0,70 à 0,90 mg/L).
Concernant le carbone organique dissous biodégradable, principale source de nutriments des micro-organismes, des teneurs non négligeables de lordre de 0,44 à 0,46 mg/L sont observés dès la sortie de la station. Ces 0,40 mg/L sont largement suffisantes pour permettre une prolifération bactérienne en sortie de station et au cours du transit de leau dans les réseaux.
En conclusion, leau en sortie de station de traitement même si elle répond aux normes de potabilité contient tous les éléments nutritifs qui permettent la prolifération bactérienne et ce malgré la présence de teneur en chlore résiduel libre non négligeable.
Au cours du transit de leau on note une évolution de tous les paramètres contrôlés. le pH pour sa part subit une très légère modification pouvant sexpliquer par le pouvoir tampon de leau.
III - 3 Evolution de la qualité physico-chimique et biologique de leau au cours du transit (Cf. Tableau 1)
AVRIL 1993 |
NOVEMBRE 1993 |
||||||
SST |
BC5 |
FIN DE RESEAU |
SST |
BC5 |
FIN DE RESEAU |
||
TEMPÉRATURE en °C |
15,6 |
16,3 |
17,3 |
21,5 |
21,0 |
20,1 |
|
PH |
7,30 |
7,40 |
7,46 |
7,44 |
7,35 |
7,37 |
|
TURBIDITÉ en NTU |
0,30 |
0,50 |
0,77 |
0,29 |
0,25 |
0,33 |
|
CHLORE RÉSIDUEL LIBRE en mgCl2/L |
0,68 |
0,54 |
0,13 |
0,89 |
0,65 |
0,32 |
|
FLORE BACTERIENNE TOTALE en cell/mL |
110000 |
220000 |
150000 |
44000 |
41400 |
74500 |
|
BHR 22°C /3JOURS en UFC/mL |
126 |
412 |
1890 |
7 |
134 |
51 |
|
B.H.R 22 °C/10 JOURS en UFC/mL |
469 |
3650 |
2660 |
30 |
135 |
126 |
|
C.O.D en mg/L |
2,83 |
2,75 |
2,64 |
2,57 |
2,56 |
2,51 |
|
C.O.D.B en mg/L |
0,44 |
0,67 |
0,62 |
0,46 |
0,64 |
0,49 |
|
Tableau 1 : évolution moyenne de la qualité physico-chimique et biologique de leau
SST : Sortie de Station de Traitement
B.H.R : bactéries hétérotrophes revivifiables
COD : carbone organique dissous et CODB : carbone organique dissous biodégradable
Devenir du chlore :
Dès les premières heures de transit, la concentration du chlore résiduel libre diminue rapidement. Les vitesses de consommation sont respectivement de 0,035 et 0,06 mg Cl2/L/H pour la première et la seconde campagne danalyse et ce au niveau de ladduction.
Turbidité :
Au mois davril, sur lensemble du réseau étudié la turbidité est généralement plus importante quen sortie de station de traitement. Au mois de novembre, la turbidité est pratiquement analogue à celle en sortie de station de traitement durant les premières heures de transit de leau alors quelle double au niveau du réseau maillé. Laugmentation de la turbidité peut être expliquée par un apport de bactéries viables et non viables, par la présence des particules en suspension, par arrachage du biofilm lors de la circulation de leau...
Carbone Organique Dissous :
Dune façon générale, lévolution de la matière organique est irrégulière dans le temps et dans lespace, on note toutefois une tendance à la consommation du Carbone Organique Dissous pour les 2 périodes alors que le Carbone Organique Biodégradable (CODB) saccroîtrait au mois davril et ne suit pas une tendance particulière au mois de novembre. Cette augmentation de CODB peut être due à la production par les bactéries du biofilm de métabolites.
Fer, manganèse et aluminium :
Les valeurs moyennes de ces paramètres sont pratiquement identiques à celles en sortie de station de traitement.
Trihalométhanes (THM) :
Au cours du transit de leau dans les canalisations, la concentration en THM est très variable dans le temps et dans lespace. Les concentrations restent en général supérieures à celles en sortie de station de traitement.
Dénombrement bactérien :
De façon général, dès les premières heures de transit de leau, la flore totale et les bactéries hétérotrophes revivifiables (BHR) sont plus importantes quen sortie de station de traitement. (Cf. Histogramme 1 et 2).
Histogramme 1 : Evolution des bactéries hétérotrophes revivifiables au cours du transit de leau.
Histogramme 2 : Evolution des bactéries totales au cours du transit de leau.
SST : Sortie de station de traitement
Une prolifération des bactéries est observée au niveau de tous les quartiers de la ville de Bouznika par rapport à la sortie de station de traitement. On note des teneurs de 150 000 cellules/mL dont une fraction est vivante. La multiplication des bactéries dans leau est appréciable malgré la présence de loxydant. Selon Block et coll (6), la présence de BHR lorsquon séloigne de la sortie de station de traitement est le signe dune contamination récente du réseau ou dun arrachage du biofilm proche du point de prélèvement.
Concernant létude du biofilm, (Cf. histogrammes 3 et 4) les résultats obtenus indiquent que toutes les pastilles récupérées présentent une biomasse fixée et ce quelque soit la concentration en chlore résiduel libre. La technique de dénombrement par épifluorecence donne une quantité de bactéries par unité de surface pouvant atteindre des valeurs de 1. 107 cellules /cm2 dont environ 0,10 % sont revivifiables après 10 jours dincubation à 22°C. La biomasse fixée aux parois des tubes de distribution est répartie dune manière hétérogène en fonction des quartiers étudiés. Cette hétérogénéité provient probablement des forces de cisaillements qui sexercent sur les parois et qui sont différentes suivant la vitesse de circulation de leau dans les canalisations (7).
Histogramme 3 : Biofilm en UFC/cm2

Histogramme 4 : Biofilm en cellules /cm2
IV - CONCLUSIONS
En conclusion, en comparaison avec des études réalisées dans le même cadre sur des réseaux pilotes (NANCIE, Compagnie Générale des Eaux - CGE) cette expérience réalisée sur un réseau réel de distribution a permis de confirmer linstabilité de la qualité de leau dans le réseau de distribution. Les principaux paramètres impliqués dans ce phénomène sont les concentrations de chlore résiduel libre, la densité bactérienne, la charge en matière organique et la turbidité.
La prolifération des bactéries hétérotrophes revivifiables à 22 ° C est observée dune manière significative au cours du transit de leau, aux dépends de la matière organique dissoute et ce en présence dune concentration non négligeable en chlore résiduel libre.
Cette étude a permis de montrer lexistence dun biofilm irrégulier et hétérogène sur les parois des canalisations dun réseau réel maillé. On note que la présence de chlore résiduel libre à des teneurs parfois supérieures à 0,50 mg/L nempêche pas la formation du biofilm. Paquin et coll ont montré que la diffusion de loxydant au sein de la biomasse fixée est faible.
BIBLIOGRAPHIE :
Coallier .J et al . La recroissance bactérienne dans les réseaux de distribution deau potable . Sciences et Techniques de lEau . 22, 63-72 (1989).
Dollard M.A et al. Diversités des populations bactérienne dun réseau de distribution publique. Jounal Français dHydrogéologie 16, 287-299 (1985).
Bourbigot .M.M et al. La flore bactérienne dans un réseau de distribution . Water Res 18, 585-591 (1984).
Mathieu et al. Paramètres gouvernant la prolifération bactérienne dans les réseaux de distribution. Revue des Sciences de lEau 5, 91-112 (1992).
Mathieu et al. Control of biofilm accumulation in drinking water distribution system. Water Supply 11, 365-376.
Block et al. Indigenous Bacterial Inocula for measuring the biodegradable dissolved organic carbon (BDOC) in Water. Water Res. 26, 481-486. (1992).
Paquin et al. Effet du chlore sur la colonisation bacterienne dun réseau expérimental de distribution deau. Revue des Sciences de lEau (1992).
Joret J.C et Levi . Y. Méthode dévaluation du carbone éliminable des eaux par voie biologique Trib. Cebedeau, 510 : 39-3.