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Les Documents de travail Atelier 1 |
CONNAISSANCE DES RESSOURCES DANS LES VILLES DES PAYS EN DEVELOPPEMENT
Emile Tanawa*, Henri B. Djeuda*, Emmanuel Ngnikam* et Jean Siakeu*
(*)Laboratoire
Environnement et Sciences de lEau (LESEAU).
Ecole Nationale Supérieure polytechnique
B.P. 8390 Yaoundé - Cameroun Tel : (237) 22 45 47 Fax (237) 23
18 41 ou 31 56 61
Courriel : etanawa@camnet.cm ou etanawa@polytech.uninet.cm
Cette communication présente la situation particulière des zones périurbaines et des petits centres où les nappes deau superficielles sont sévèrement sollicitées par les populations qui nont pas accès au réseau deau potables et par les plus pauvres.
I/ Une situation bien particulière
La situation des villes des pays en développement est tout a fait particulière par rapport à celles des pays de l'Europe. Ce sont des villes qui n'ont pas de modèle. On y passe invariablement d'un habitat haut standing à un habitat semi rural. Ces villes ont un taux de croissance démographique très élevé (5 % en moyenne), avec pour corollaire, le développement spatial rapide de la ville (3 %).
En matière d'approvisionnement en eau potable on est obligé aujourd'hui de faire la différence entre le centre de la ville et le périurbain. La différence entre les deux réside entre autres dans ce que les concessionnaires des réseaux estiment que leurs investissements ne sont pas rentables en zone périurbaine. Il en découle une insuffisance de la couverture de la ville par le réseau d'adduction d'eau. Le concessionnaire des réseaux d'eau potable travaille surtout pour les plus grandes villes alors qu'il détient le monopole de la " vente " d'eau par réseau. C'est l'Etat qui concède des ressources en eau potable et dans nos pays, pour l'instant, il y a une seule société parapublique par pays qui bénéficie de ce privilège : il n'y pas de concurrence dans le secteur de l'eau.
Dans le cas du Cameroun sur 320 villes et autres agglomérations aujourd'hui la Société nationale des Eaux du Cameroun ne dessert que 99 d'entre elles, elle produit au total 56 millions de m3 d'eau dont les ¾ sont consommés dans trois des plus grandes villes du pays à savoir 41% pour Douala (environ 1,5 millions dhabitants), 29% pour Yaoundé (environ 1 million dhabitants) et 8,5% pour Garoua (environ 200 000 habitants), sachant que le pays compte environ 12 millions d'habitants dont 40% d'urbains.
En conséquence, dans les petits centres urbains et les zones périurbaines des grandes villes, les populations font recours à des méthodes d'hydraulique villageoise : elles exploitent des sources et des puits, ce qui veut dire qu'elles sollicitent les nappes d'eau superficielles, lesquelles sont les plus vulnérables face aux sources de pollution potentielles. Les puits et les sources pratiquées ici en zone humide sont très peu profonds (10-15 mètres maximum).
Le mode d'occupation des parcelles est tel que sur chacune d'entre elles, on trouve au moins une latrine et dans certains petits centres urbains on a jusqu'à un puits pour deux parcelles sans que aucune disposition ne soit prise pour évacuer proprement les autres eaux usées. Ceci montre que la pollution d'origine anthropique est bien présente. Dans une zone périurbaine de Yaoundé au Cameroun qui représente environ 235 hectares (zones inondables comprises), nous avons dénombré 167 puits et 95 sources de niveaux d'aménagement différents. Doù limportance de la place qu'occupe aujourd'hui les méthodes d'hydraulique villageoise en milieu urbain.
Compte tenu de lampleur du phénomène aujourdhui, les pouvoirs publics ne devraient plus se contenter de tolérer simplement ces pratiques. Il est temps pour les décideurs aux niveaux central et local, dadopter une politique plus volontariste face à cette situation pour que les ouvrages qui permettent davoir une eau de bonne qualité soient préservés. Plusieurs facteurs militent en faveur de cette option :
lidée préconçue suivant laquelle les eaux de puits et de sources en milieu urbain sont forcément mauvaises est fausse, même sil est indéniable que cest ici que nous avons le plus de risques de contamination dorigine fécale.
La pauvreté gagne du terrain dans les villes des pays en développement. L'eau coûte encore cher pour les ménages pauvres. Il s'agit aussi bien des coûts de branchement qui sont prohibitifs que des factures des consommations. Par ailleurs les bornes fontaines publiques gratuites ont été abandonnées dans tous les pays et l'expérience des bornes fontaines communautaires n'a pas non plus connu de grands succès.
Tout ceci fait que dans les zones périurbaines et les petits centres, l'eau demeure une denrée rare même en zone humide, et comme toute denrée rare elle se consomme avec parcimonie. C'est ainsi que souvent on n'utilisera l'eau du réseau que pour la boisson et la cuisson des aliments. Les eaux de puits servent pour les autres usages domestiques (lessive, bains, etc.). On boit systématiquement les eaux de source sans aucune forme de traitement. On a vu des cas ou des ménages ayant de l'eau courante dans leur habitation entretiennent encore des puits dans leurs parcelles pour faire face aux nombreuses coupures d'eau et diminuer leur facture de consommation d'eau, et celle-ci est d'autant plus élevée que la famille est nombreuse.
En somme, dans les pays de la zone humide en particulier, pendant que les concessionnaires sollicitent les eaux de surface pour alimenter les réseaux, les ménages sollicitent les nappes d'eau superficielles pour pallier leurs défaillances. D'où la nécessité d'une meilleure connaissance et d'une meilleure surveillance des ressources en eau pour mieux répondre à la demande des populations.
II/ Connaissance des ressources
Lattitude des pouvoirs publics que nous dénonçons aujourdhui est en partie due à une mauvaise connaissance des ressources sollicitées par les ménages pauvres dans les zones périurbaines et les petits centres. Ici leau est à la fois rare et abondante. En plus des études hydrogéologiques à mener pour connaître la nature des sols en présence, les types de nappes d'eau qui sont ou qui peuvent être sollicitées, il faudrait engager le suivi systématique de la qualité des eaux. Si on accorde en général une certaine importance aux travaux de génie civil lors de l'aménagement d'un point d'eau, il n'en est pas de même du suivi des qualités bactériologiques ou chimiques. On passe à côté de lobjectif final des aménagements à savoir servir de l'eau potable. Il y a la aussi une combinaison à créer pour rendre opérationnel le personnel des services départementaux de leau de manière à ce qu'ils prennent une part efficace aux travaux de terrain en association avec les populations à la base.
Au Cameroun les zones cristallines fracturées occupent 85% de la superficie totale du territoire. Ces formations font partie du vaste ensemble africain appelé zone mobile d'Afrique centrale (540 Ma) par opposition à la zone archéenne du Congo (3200 Ma). Ce vaste ensemble constitué de para et d'orthogneiss et de granites est imperméable à l'état sain. Il ne le devient que grâce aux multiples réseaux de fractures mis en place par les tectoniques successives qui ont morcelé les roches sur lesquels, à la faveur de l'altération, de puissantes couches de sols se sont développées. De façon générale, la coupe lithologique classique obtenue pendant les forages est classique et permet de distinguer de la base vers le sommet les ensembles suivants : la roche saine (gneiss ou granite), la roche broyée et fracturée (4 à 5 mètres) la roche altérée épaisse (30 à 40 mètres) et la cuirasse compacte (4 à 5 mètres). En fonction des porosités et des perméabilités observées (10-4 à 10-6 m/s), la nappe superficielle est importante et a une extension régionale. Elle est située entre 10 et 15 mètres de profondeur et c'est elle qui est sollicitée par les puits que l'on rencontre en ville. C'est également elle qui est à l'origine des sources. En raison du caractère vallonné du relief, cette nappe rejaillit souvent en donnant des sources émergeant à la faveur de la topographie. A quelques exceptions près, les débits sont faibles (1 à 5 m3/h) et n'autorisent pas d'envisager des exploitations à grande échelle. Toutefois, dans certains cas, des aménagements adéquats permettent de capter et de distribuer ces eaux dans les mini-réseaux. La nappe profonde représente la ressource en eau la plus importante, la moins vulnérable mais c'est celle dont l'exploitation coûte le plus cher. Le complexe acquifère de base est constitué par des fractures à réseau complexe mis en place pendant les phases tectoniques successives.
Dans la région de Yaoundé, la disponibilité des ressources en eau souterraine est décalée par rapport au climat de la région. En effet, les épaisses altérites, de par leur porosité élevées assurent une régulation des stocks hydriques. Du mois dAvril à Novembre, les nappes deau souterraines sont alimentées en continu. 22.9 % de la lame deau tombée sinfiltrent et participent à la recharge de la nappe(soit un total de 350.1 mm). De Décembre à Mars, les réserves du sol se vidangent progressivement sous la double influence de lévapotranspiration (68.2% des précipitations) mais aussi et surtout du déficit pluviométrique. Les besoins en évaporation réelle sont donc entièrement satisfaits mais avec une sollicitation progressive des réserves du sol. Le mois de Février est le seul de lannée pendant lequel un déficit est observé. En fait, pour la période considérée, le bilan hydrologique séquilibre. Sur le terrain ceci se traduit par une baisse généralisée des niveaux piézométriques dans les puits mais cette baisse naboutit pas au tarissement.
Les valeurs obtenues pour la densité de drainage et du réseau montrent que dans la région de Yaoundé, la ressource en eau superficielle existe et est abondante. Avec près de trois cours deau au Km2, et un bilan excédentaire pendant 11 mois par an, il est logique que lessentiel des ouvrages dadduction deau réalisé à ce jour sollicite exclusivement cette ressource.
On a des ouvrages (puits et sources) qui présentent une forte pollution bactériologique (concentration en coliformes et streptocoques fécaux (> 1000 u/100 ml)), liée à des origines anthropiques. Ces ouvrages côtoient des latrines à fond perdu, situées à des distances variant de 5 à 20 mètres. Ces latrines sont utilisées simultanément comme W-C et cabine de toilette, donc elles contiennent de leau en permanence, ce qui accélère la vitesse de transfert de polluants vers les puits et les sources. Il est certain que la nature de la pollution bactériologique dans le contexte qui nous intéresse ici est plus liée à lenvironnement de louvrage quau type ou au niveau daménagement. Par contre, la non protection des parois du puits et la précarité de la structure de la margelle peut entraîner des chutes dobjets dans leau.
Il ressort de différents travaux que suivant que les points d'eau sont plus ou moins protégés par rapport aux sources potentielles de pollution, la qualité des eaux est plus ou moins bonnes. Il y a des ouvrages dont il faut interdire l'utilisation en eau de boisson, d'autres qui requièrent une simple protection, d'autres pour lesquels il faudrait un traitement impératif, d'autres pour lesquels les traitements sont facultatifs. Certes il faut prendre en compte les usages de l'eau mais, l'utilisateur lui-même est au centre de tous les mécanismes que l'on serait amené à déclencher en milieu urbain pour une meilleure gestion de l'eau. C'est lui qui est à l'origine des pollutions anthropiques (aménagement des latrines, puisards, etc.).
Toutefois il peut y avoir des dérapages qui seraient constatés si :
Ces dérapages auraient à n'en point douter des conséquences néfastes sur la santé publique : les maladies hydriques feraient plus de ravages que ceux que l'on constate aujourd'hui.
Les ouvrages plus éloignés des sources de pollution présentent des concentrations moyennes en coliformes et streptocoques fécaux (entre 200 et 1000 u/100 ml).
Aujourd'hui il urgent de surveiller les pratiques de l'assainissement individuel, de les coupler avec les modes d'approvisionnement en eau pour dégager les mesures de protection de la ressource. Pour y parvenir, l'utilisation des outils modernes tels que les systèmes d'information géographique (SIG), permettent d'avancer à grands pas.
Dans le contexte présenté ci-dessus, la connaissance des ressources sollicitées en milieu urbain tiendra compte de l'habitat et de la manière dont les gens s'installent et exploitent leurs parcelles.
Dans tous les cas, il y a trois aspects importants à souligner :