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Les Documents de travail
Atelier 1

APPROVISIONNEMENT EN EAU DES PETITS CENTRES URBAINS AFRICAINS
EVALUATION MULTICRITERE DES SYSTEMES EXISTANTS ET PROPOSITION D'UNE NOUVELLE APPROCHE ET D'UNE NOUVELLE ALTERNATIVE

Par Dr Ing. Amadou Hama MAIGA
Directeur de la Recherche et de l'ingénierie de l'EIER
BP 7023 Ouagadougou

 

Abréviations

AEP: approvisionnement en eau potable;
BF: borne fontaine;
BP: branchement privé;
PDC: postes de distribution collective;
PCU: petit centre urbain

La politique africaine de l'approvisionnement en eau

Les réalités socio-économiques de l'Afrique ont conduit à la réalisation de deux systèmes différents d'approvisionnement en eau potable (AEP) des populations:

La plupart des pays d'Afrique ont établi à l'occasion de divers ateliers nationaux et internationaux sur le secteur de 1'AEP, la liste des localités à équiper en système d'AEP urbain et celles qu'il faut équiper en système d'hydraulique villageoise.

C'est ainsi que des systèmes d'AEP de type urbain sont réalisés dans plusieurs petits centres urbains (PCU) alors que la population et les structures économiques sont insuffisantes dans ces petits centres urbains pour assurer une économie d'échelle dans les coûts d'investissement et b prix de revient de l'eau distribuée. Il se pose alors des problèmes d'accessibilité des ménages au service de l'eau et de recouvrement des coûts engagés.

Par ailleurs à cause du manque de ressources financières, beaucoup de PCU africains restent encore à équiper en système d'AEP.

Nous présentons dans cette communication quelques éléments d'évaluation des systèmes d'AEP déjà réalisés dans les PCU africains, puis nous proposons une nouvelle technique et une nouvelle approche pour les petits centres urbains africains afin que les systèmes d'AEP soient plus faciles à financer, accessibles à toute la population dans une même localité et viables.

Evaluation multicritère des systèmes d'AEP des petits centres urbains africains

L' étude est basée sur la monographie du système d'AEP de 10 petits centres urbains (PCU) dans 6 pays d'Afrique de l'ouest francophone: Bénin (Klouekamé), Côte d'ivoire (Boundiali, Katiola, Odjenné), Mali (Bougouni), Niger (Dosso, Kollo), Sénégal (Bambey, Fatick, M'Backé).

L'évaluation est basée sur une analyse technique, socio-économique et d'exploitation-gestion des systèmes d'AEP. L'analyse est faite sur la base d'indicateurs traduisant les préoccupations supposées de quatre acteurs identifiés comme les principaux décideurs: l'État, la population bénéficiaire, la société chargée de l'exploitation-gestion, le bailleur de fonds. Les résultats de l'étude correspondent à la situation qui prévalait entre 1992 et 1994. Nous présentons ici les indicateurs les plus pertinents.

Le niveau de desserte du périmètre urbain Id

Pour les 10 PCU étudiés, le réseau de conduites ne couvre qu'entre la moitié les 3/4 du périmètre urbain. Ce qui constitue pour les populations des quartiers non couverts un facteur limitant à l'accès au service de l'eau.

Par ailleurs, dans beaucoup de cas, la densité d'équipement dans les quartiers couverts par le réseau de conduites est faible. Ce qui est également un facteur limitant l'acquisition par les ménages d'un branchement privé car le prix correspondant est proportionnel à la distance par rapport à la conduite de distribution.

Le prix relatif de l'abonnement privé au réseau Ia

Le prix à payer pour obtenir un abonnement privé (branchement au réseau de conduites) représente le plus souvent pour les ménages dans les petits centres urbains africains une contrainte majeure à l'accès au service de l'eau, d'autant plus que les frais correspondants sont le plus souvent à payer intégralement et par avance.

L'indicateur Ia est le prix minimal relatif de l'abonnement. C'est le rapport entre le prix minimal à payer pour l'abonnement privé en Fcfa et le salaire minimal interprofessionnel garanti annuel (SMIG) retenu ici comme revenu d'un ménage moyen.

Un seuil de 0,04 (4% des revenus annuels du ménage, soit la moitié du revenu mensuel) est retenu comme supportable pour le ménage. Un seuil de 0,16 (16% des revenus annuels du ménage soit deux mois de revenus) est retenu comme limite insupportable pour le ménage.

Sur cette bas l'étude montre que le prix de l'abonnement privé est tout juste supportable pour un ménage gagnant le SMIG dans les pays où l'on pratique une politique de branchement social (ou branchement subventionné) comme la Côte d'ivoire (Ia=0,05) et le Sénégal (Ia=0,04). Il est à peine supportable au Bénin (Ia=0,16) où malgré la politique de subvention du branchement privé, le prix à payer vaut 2 mois de SMIG. Quant aux pays qui ne pratiquent pas de politique de branchement social, le prix à payer pour l'abonnement est totalement inaccessible pour un ménage gagnant le SMIG (Ia compris entre 0,3 et 0,9).

Le prix minimum relatif de l'eau Ie

Le prix de vente de l'eau peut être de nature à défavoriser la consommation d'eau potable. L'indicateur Ie représente le poids financier de l'achat de l'eau potable dans le budget du ménage.

Pour un ménage se ravitaillant en eau par BP, Ie est le rapport entre le prix à payer pour un volume d'eau mensuel de 10 m3 considéré comme le minimum nécessaire (ceci correspond le plus souvent au volume auquel les sociétés d'eau appliquent un tarif social) et le SMIG mensuel. Pour un ménage se ravitaillant aux bornes fontaines, Ie est calculé avec le prix à payer pour un volume de 6 m3 d'eau par mois.

Un seuil de 5 % des revenus mensuels du ménage est retenu comme supportable comme le suggèrent différentes publications de 1'OMS. Un seuil de 11% des revenus du ménage est retenu comme étant la limite qu'il convient de ne pas dépasser pour les seuls besoins d'eau de consommation.

Sur la base des hypothèses ci-dessus, le prix de l'eau parait supportable pour les ménages se ravitaillant par BP en Côte d'ivoire (Ie=0,05), au Niger (Ie=0,05) et au Sénégal (Ie=0,04), mais il représente une charge considérable et dissuasive pour les ménages dans les autres pays enquêtes (Ie compris entre 0,06 et 0,07).

Les structures tarifaires et les modes de gestion des bornes fontaines sont de nature à faire payer plus cher l'eau aux ménages à très faibles revenus utilisant ces bornes fontaines que les ménages à moyens et à hauts revenus dont la plupart ont bénéficié de BP subventionné et restent en consommation dans la tranche de volume à laquelle s'applique le tarif social.

En effet l'accès de l'eau à la borne fontaine impliquant l'achat auprès d'un gérant de borne fontaine, le prix à payer par le consommateur comprend également la rémunération de ce gérant.

En se ravitaillant aux bornes fontaines, le prix à payer pour 6 m3 d'eau par mois considérés comme le minimum vital pour un ménage ne parait supportable qu'au Sénégal. Il atteint même 10% du SMIG au Bénin et jusqu'à 14 % du SMIG au Mali.

Le niveau de recouvrement des coûts If

Le niveau de facturation de l'eau vendue ne suffit pas à couvrir les coûts engagés dans les systèmes d'AEP des petits centres urbains africains.

If est l'indice de facturation de l'eau distribuée. n correspond au rapport entre le tarif moyen appliqué au m3 d'eau et le prix de revient du m3.

Un seuil de 0,5 (50% du prix de revient) est pris comme égal aux frais courants (personnel, énergie, réactifs de traitement, administration, dépenses de fonctionnement diverses). Le seuil de 1 correspond aux charges totales (prix de revient) c'est-à-dire les frais courants et les amortissements des investissements.

Sur cette base l'étude montre que l'indice If est inférieur à l'unité pour l'ensemble des systèmes d'AEP enquêtés. If est inférieur à 0,5 pour la moitié des systèmes d'AEP; c'est-à-dire que pour ces derniers les prix moyens facturés ne permettent méme pas de couvrir les frais courants d'entretien et d'exploitation.

Mais la sous facturation n'est pas la seule cause du non recouvrement des coûts engagés. On sait aussi que tandis que l'encaissement des consommations privées avoisine les 95 %, celui des consommations dans les services publics est souvent nul alors que celles-ci représentent environ 1/3 du volume d'eau consommée dans les villes d'Afrique.

Conclusions

Le système d'AEP comportant un réseau de conduites de distribution représente des investissements trop élevés rapport à la capacité financière des pays d'Afrique si l'on veut que l'ensemble des localités classés centres urbains puisse en être équipé dans les délais souhaitables. Ce type d'installation et les politiques d'exploitation-gestion en vigueur dans les pays d'Afrique francophone correspondent à un niveau de service trop onéreux pour la capacité et la volonté de payer des ménages dans les petits centres urbains. C'est pourquoi, prés de 1 ménage sur 3 continue encore d'utiliser exclusivement les sources d'eau traditionnelles insalubres lorsqu'elles existent à proximité (puits, mares, rivières)

La subvention du BP dans certains pays ainsi que l'application d'un tarif social (inférieur au prix de revient) à la vente de l'eau sur un volume dit social procèdent de l'encouragement des populations à abandonner les sources d'eau traditionnelles. Mais cette politique aggrave le nonrecouvrement des coûts engagés, car dans les petits centres urbains la quasitotalité des ménages consomme moins que le volume auquel s'applique le tarif social et il n'y a quasiment pas d'industries grandes consommatrices d'eau.

En outre, comme les tarifs appliqués bien que inférieurs aux coûts réels apparaissent toujours trop élevés pour les revenus des ménages, on en active à conclure que les installations d'AEP réalisées dans les petits centres urbains ne pourront continuer de fonctionner sans les importantes subventions dont ils bénéficient actuellement par les systèmes de péréquation au niveau national.

Il faudrait donc trouver de nouvelles alternatives aux systèmes d'AEP actuels ainsi que de nouvelles approches pour conduire les projets.

Une nouvelle alternative: les postes de distribution collective (PDC)

Il s'agit d'un réseau de conduites de distribution faiblement densifié pour lequel le ravitaillement en eau des ménages se fait au niveau de postes de distribution collective (PDC).

Les PDC sont des espaces aménagés dans des places publiques en lieu et place des bornes fontaines classiques, où sont installés les robinets de prise d'eau pour les ménages environnants. A chaque ménage est affecté un robinet de prise qu'il fermera au cadenas à sa guise.

Les PDC constituent ainsi un compromis entre le service par BP à domicile qui demande un réseau de conduites fortement densifié et le service par BF. Parmi les autres avantages attendus d'un système d'AEP avec PDC on peut citer:

Les PDC constituent une alternative aussi bien pour les petits centres urbains que pour les quartiers périurbains des grandes villes africaines où l'extension et la densification du réseau d'eau sont difficiles à réaliser.

Une nouvelle approche dans les projets d'AEP : le modèle itératif

Nous proposons pour les futurs projets d'AEP dans les petits centres urbains une approche itérative et participative. Cette approche consiste à identifier avec tous les acteurs concernés, en particulier les futurs bénéficiaires la problématique de 1'AEP et les différentes alternatives ou variantes possibles, puis à effectuer avec eux une analyse multicritére de comparaison de ces alternatives en vue d'effectuer le meilleur choix. Aucune alternative n'est dans cette approche exclue à priori et les critères comme les alternatives sont définis avec tous les acteurs en particulier avec les futurs bénéficiaires. L'alternative qui se présente comme le meilleur choix peut être rejetée et l'analyse reprise par la redéfinition des critères et leur réévaluation jusqu'à ce qu'un consensus soit trouvé.

Le choix peut se porter entre les alternatives suivantes: puits ou forages, puits ou forages équipés de pompes manuelles, réseau de conduites avec service par BF, réseau de conduites avec PDC, réseau de conduites avec service par BP et des réseaux de conduites permettant une combinaison des 3 modes de service précédents.

On pourrait utiliser en bureau d'études les outils d'aide à la décision multicritére comme les méthodes de surclassement pour départager les alternatives identifiées.

Références bibliographiques

AIDE [1991] Rapports techniques du 18 ème Congrès International et Exposition des distributeurs d'eau, Copenhague, Mai 1991

IMBODEN N [1978], L'appréciation et l'évaluation des projets de développement: une approche en terme de gestion, OCDE, Paris 1978

MAIGA A.H. [1996], Evaluation des aspects institutionnels, techniques, d'exploitation et de gestion des systèmes an approvisionnement en eau potable des petits centres urbains d'Afrique francophone, Thèse de doctorat ès sciences techniques de l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), Lausanne 1996

 

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